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Lettre à Mgr Jacques Berthelet,
évêque de Saint-Jean-Longueuil

Micheline Trépanier


 

Longueuil, samedi le 4 mars  2006   

 

Monseigneur,

Demain, jour du Seigneur, je penserai particulièrement à vous dans ma prière. J’imagine que vous vivez douloureusement les nombreuses remises en question des positions officielles de l’Église actuellement. Je devine aussi que la prise de position publique des dix-neuf prêtres dans La Presse dernièrement n’est pas de tout repos pour vous… sachez cependant que les motifs de la lassitude d’un bon nombre de chrétiens et chrétiennes dont je suis trouvent là un écho qui ravive leur espérance. Pas l’espérance béate de pouvoir ainsi tout changer mais celle qui permet de croire que la parole est toujours vivante et peut circuler librement dans notre Église : le Verbe s’est fait chair ! …et que chacun peut contribuer, de bonne foi,  à faire plus de vérité en Église dans la foulée de l’Évangile.

Monseigneur, je rêve du jour où les évêques avant de se rendre à Rome dans le cadre de la visite ad liminina sauront demander à leurs ouailles :  « Qu’est-ce que vous souhaitez que je dise de votre part au Saint-Père concernant la vie de notre Église ici? » Est-ce impensable ? Je sais que votre charge de travail ne vous permet pas de rencontrer tout le monde de votre diocèse mais vous avez des collaborateurs et collaboratrices qui pourraient dans le cadre de la tâche pastorale pour laquelle ils et elles sont mandatés  organiser des rencontres à ce sujet  et vous en faire part… non ? Cela ne vous empêcherait pas d’avoir vos propres options et le Pape pourrait, il me semble, entendre les deux. S’il y a actuellement des lieux pour exprimer cela, je vous dirai que de  simples chrétiens et chrétiennes comme moi n’y ont pas accès.

Avant que vous partiez pour cette visite à Rome, je  tiens à vous dire bien humblement que je partage grandement un point de vue exprimé par la Conférence religieuse Canadienne : « La critique abondante que subit notre Église ne provient pas que d’esprits malins, mauvais, dévastateurs. Les prises de parole de chrétiens et chrétiennes qui ouvertement disent leur incompréhension et leur refus des positions officielles catholiques ne peuvent être classées d’un revers de la main au rang de ce que pensent et disent les gens marqués par « l’esprit du monde » selon Saint-Paul. Il ne s’agit pas de tout bénir, d’accepter béatement les consensus communs comme étant la nouvelle vérité, mais de prêter oreille au gros bon sens des gens ordinaires qui tiennent eux aussi l’Évangile en main. N’est-ce pas ce pilier de foi qu’on appelle le sensus fidelium? » Voilà Monseigneur, je compte sur vous pour prêter une oreille compatissante et bienveillante par les temps qui courent.

Recevez, Monseigneur Berthelet, l’expression de mes sentiments distingués et de ma solidarité.

 

 

Micheline Trépanier
Une chrétienne de votre diocèse

 

Micheline Trépanier est membre et secrétaire du Service de promotion humaine du diocèse de Saint-Jean-Longueuil. Le 15 mars 2006, 24 membres du Service se réunissaient en ateliers de 8 pour répondre à la question suivante: Qu'est-ce que la lecture de la lettre des dix-neuf prêtres a suscité en moi? Dans un deuxième temps, une discussion plus ouverte  permettait l'interaction entre les membres de l'atelier. En fin de rencontre, très majoritairement, les participants et participantes ont souhaité qu'un écho des échanges arrive à l'oreille du premier pasteur de leur diocèse. Ce qui fut fait avec des comptes-rendus détaillés...

 

 

 

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