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Beaucoup de sang pour rien
La Passion du Christ selon Mel Gibson

André Myre, bibliste


Faire un film à partir des matériaux évangéliques est une entreprise risquée.  L’histoire du cinéma en témoigne éloquemment.  Et s’il était besoin d’une preuve supplémentaire, La passion du Christ, du réalisateur états-unien Mel Gibson, s’offre spontanément pour l’illustrer.  N’étant pas critique de cinéma, je n’insisterai pas ici sur ce qui me semble à première vue d’immenses défauts du film.  L’intrigue est à peu près inexistante.  Les enjeux socio-politiques sont à peine esquissés.  Le profil psychologique des personnages est réduit au minimum.  Le seul qui ait un peu de consistance – malheureusement – est Pilate.  Pour les autres, ils ne font que se détacher d’une foule ou de soldats inconnus.  Nous restons dans l’ignorance, par exemple, des motivations de Judas; les disciples ne sont qu’images sans personnalités; Marie est silencieuse, d’un stoïcisme incroyable, les yeux grand ouverts sur un spectacle d’une cruauté inouïe.  Et Jésus ne fait que saigner, sans trop qu’on sache pourquoi.  Sans doute faut-il croire que plus il souffrira plus le salut de l’humanité sera assuré. 

Avec le recul de quelques jours, il ne reste au spectateur que j’étais que de vagues impressions : une belle scène – la seule que j’aie aimée – d’une Marie et d’un Jésus joyeux et rieurs dans son atelier – ; du sang, une mer de sang, un acharnement inhumain à faire saigner; des visages qui tourbillonnent à l’écran et une question, sans réponse qui me satisfasse: pourquoi?  Pourquoi faire un tel film?  Pourquoi aller le voir?  Pourquoi en parler?

N’étant pas dans le secret des dieux, j’ignore les véritables objectifs de Gibson en produisant ce film.  A visionner ce dernier, cependant, on voit bien qu’il prétend à une fidélité exemplaire par rapport et à l’histoire et à la lecture de foi censée l’éclairer.  Les prétentions du réalisateur se fondent manifestement sur le présupposé suivant : comme il met en scène le contenu même des évangiles, il respecte donc l’histoire et est au service de la foi.  Son travail se veut donc très sérieux, à preuve l’utilisation du latin et de l’araméen.  Or, son film est d’une faiblesse affligeante tant sur le plan historique que sur celui de la foi. 

Je vais essayer, dans les lignes qui suivent, d’appuyer mes dires.  Mais, en toute honnêteté, je dois avertir lecteurs et lectrices que je ne saurais vraiment les fonder en ces quelques pages.  Le sujet est vaste, les questions compliquées et les avis partagés.  Mon seul but est qu’on voie mieux les enjeux que le film soulève.

Question d’histoire

Pour comprendre la fin de Jésus, il faut savoir ce qui la précède.  Le Nazaréen est un homme du Nord, de la Galilée.  Sa patrie faisait jadis partie du royaume d’Israël, partie dissidente, qui, après la mort de Salomon, exaspérée par le poids des taxes et des corvées qui lui étaient imposées de Jérusalem, s’est séparée du Sud pour faire cavalier seul.  Le Nord a toujours été méprisé par le Sud : « Que peut-il sortir de bon de Nazareth? » (Jn 1,46).  Pendant près de sept siècles, il a vécu sa vie coupé du Sud.  Il a développé ses propres façons de vivre des traditions héritées des ancêtres.  Même après la conquête assyrienne de -722, alors que toutes ses élites ont été déportées aux alentours et qu’il a été à jamais privé de scribes, d’archives et de leaders de toutes sortes, il a obstinément cherché la fidélité à Yhvh, suivant ses propres façons de faire. 

Or, dans la première moitié du 2e siècle av. J.C., après l’invasion par l’empire issu d’Alexandre, voilà que les armées maccabéennes, dirigées par des prêtres du Sud, donc toutes imprégnées de l’idéologie de Jérusalem, envahissent son territoire, se prétendent –  elles déjà! – armées de libération, l’accablent sous les taxes et les impôts et cherchent par tous les moyens à lui imposer les façons de faire du Sud.  Par après, ce seront les Romains, qui lui imposeront les dirigeants qu’ils auront eux-mêmes choisis (pensez à l’Iraq et comprenez pourquoi Gibson fait l’impasse sur tout ceci…) : taxes, surtaxes.  C’est le contexte dans lequel naquit le Galiléen.

Il avait quelques années à peine quand surviendra une révolte à Séphoris, ville située à quelque 5 km de Nazareth. La répression fut terrible, nous dit Flavius Josèphe, l’historien juif du 1er siècle de notre ère, particulièrement dans les villages environnants.  Jésus a connu l’oppression romaine.  Est-ce un hasard si jamais les évangiles ne le montrent entrant dans unes des villes que les Romains contrôlaient en Galilée? 

Le Nazaréen est un Galiléen, un homme du Nord.  Il s’oppose à la centralisation du pouvoir au Sud.  Il ne veut plus de leader unique pour son peuple, le poids à porter est trop lourd.  Il annonce donc un changement radical de gouvernement, un retour aux sources : ils seront Douze, désormais, pour gouverner les tribus d’Israël.  Plus de roi (même pas lui : ce rôle lui répugne absolument), plus de messie, un gouvernement collectif, près du peuple.  Des gens qui, contrairement aux grands prêtres actuels, sauront nourrir leur peuple (les multiplications des pains : une fois les gens nourris, il reste des corbeilles pleines, la tâche sera à recommencer le lendemain).  Il s’oppose farouchement à ces scribes et théologiens descendus de Jérusalem, qui parcourent son pays pour le mettre aux pas, lui imposer leurs propres façons de faire, éradiquer les traditions qu’il avait élaborées et chèrement défendues au fil des siècles. 

Un jour, il en a assez de toute cette misère, de la faim qui tenaille son peuple, de ces scribes qui l’humilient en voulant lui faire croire qu’il n’est pas fidèle à Moïse ou Abraham (il faut vous laver les mains comme ceci, vous n’avez pas le droit de manger des épis le sabbat, connaissez-vous bien l’Écriture…), et surtout de ce Temple qui prétend être le seul endroit sur terre où on peut rencontrer le Dieu vivant (six siècles auparavant, un des rois du sud, Josias, de sainte renommée, avait détruit les temples du Nord et les avait rendus impurs à jamais, pour être bien sûr qu’il ne resterait plus que son temple comme vrai lieu de culte). 

Il en a assez de ces taxes sacerdotales qu’on vient chercher de force chez lui pour faire vivre le sanctuaire du Sud, de ces autres taxes pour faire vivre Hérode Antipas qui règne chez lui, et de ce troisième niveau de taxation imposé par les Romains avec lesquels le grand prêtre est acoquiné.  Il décide donc de monter à Jérusalem, il fera comme Jérémie, Michée de Moréchet et Ouriyyahou (Jér 26) : il annoncera la destruction du Temple et le départ de Yhvh (Mt 23,38) de ce repaire de voleurs.

Il y laissera sa vie.  Le Temple, c’est le cœur de la vie juive du Sud : centre politique, social, économique, militaire, religieux.  C’est le seul endroit au monde, pensait-on, où résidait le Roi de l’univers.  S’attaquer au Temple, c’est s’attaquer à tout ce qui compte au monde pour des instances dirigeantes.  La fin du Temple, c’est l’économie à l’envers (le Temple était la banque centrale du Sud), la religion décapitée, la stabilité menacée.  La situation politique était déjà instable, les Romains toujours nerveux.  La moindre étincelle pouvait tout faire sauter.  Le grand prêtre en exercice ne pouvait laisser faire ce prophète venu de nulle part.  Il fallait intervenir.  Il fallait qu’il meure.  Mais, comme un pays conquis n’a pas le droit de mettre à mort les gens (les conquérants se réservent ce droit pour protéger leurs collaborateurs), il était nécessaire de traduire l’accusation en des termes que les Romains pouvaient comprendre : « terroriste » est un mot bien connu de tous les empires.  Terroriste ou séditieux, il avait été.  Terroriste, il mourra.

Et il mourra seul.  L’évangéliste Marc, reproduisant une vieille tradition, dit bien que, dès son arrestation, « le laissant, ils s’enfuirent tous » (Mc 14,50).  Les disciples savaient ce qui était arrivé à Jean Baptiste, ils avaient été les proches de Jésus, ils craignaient de subir le même sort.  Ils partirent donc pour la Galilée.  Est-il pensable que les hommes aient laissé les femmes derrière?  Lui fut condamné, flagellé, crucifié, enseveli à la hâte par des délégués des autorités, pour ne pas que son cadavre souille la terre de Dieu (Dt 21,22-23). 

Les disciples étant de petites gens, ils ont sans doute toujours ignoré comment les choses se sont passées (essayez de savoir ce que vivent les morts vivants de Guantanamo Bay…). Et, même si les hommes étaient restés à Jérusalem, on peut être sûr que jamais les Romains n’auraient laissé approcher l’un ou l’autre “ terroriste ” du condamné en chemin vers le Calvaire, encore moins du crucifié.  La sécurité obligeait, sinon de les arrêter, au moins de les tenir loin.  Quant aux femmes, il est absolument exclu qu’elles aient pu s’approcher d’un homme exposé nu sur le bois.  Il n’y avait certainement pas de spectatrices, sympathisantes ou pas, autour de la croix.  Historiquement parlant, ce qu’on sait de la fin de Jésus, tient en ces quelques mots : arrêté, jugé, condamné, crucifié.  Tous les détails sur ces événements nous échappent.  Si on prétend à l’historicité stricte, il n’y a pas de quoi faire un long film.

Question de foi

L’esquisse qui précède, si elle a quelque justesse, devrait contribuer à faire comprendre  jusqu’à quel point les récits évangéliques dont nous disposons sont des écrits chrétiens, rédigés à partir des perspectives de la foi chrétienne. 

J’invite lecteurs et lectrices à lire ce qui suit en ayant leur bible ouverte aux chapitres 26 et 27 de l’évangile de Matthieu.  En 26,57-68, on nous présente un Jésus face à la partie juive.  On y fait bien mention du geste contre le Temple, mais ce n’est pas lui qui entraîne la condamnation.  Le conflit est strictement d’ordre christologique.  En effet, trois titres sont mis en cause : messie, fils de Dieu, fils de l’homme.  Ici, il serait bon d’aller consulter deux textes : Ac 2,32-36 et Rm 1,4.  Il y est clairement énoncé une donnée fondamentale du Nouveau Testament, à savoir que c’est après sa mort que Jésus a été fait messie et fils de Dieu. 

Ces titres, il va sans dire, sont à comprendre au sens qu’ils ont dans le Nouveau Testament, et non à celui qu’ils prendront dans la réflexion théologique postérieure.  Ils veulent dire ceci : après sa mort, Jésus a été élevé à une situation d’influence et de pouvoir, fonction à laquelle on a donné des titres couramment accolés au pouvoir politique du temps, à savoir ceux de messie et de fils de Dieu. 

L’enjeu du débat est donc le suivant : est-il vrai ou non qu’après sa mort, le Nazaréen a été ressuscité, a été doté du pouvoir d’intervention de Dieu dans l’histoire, c’est-à-dire l’Esprit saint (Ac 2,33), et qu’il sera actif au jugement final comme fils de l’homme (Mt 27,64).  Vrai ou faux ?  Cette question, évidemment (s’il est vrai que Jésus a été fait messie et fils de Dieu après sa mort), ne pouvait se poser de son vivant.  La conclusion s’impose donc : le débat entre le grand prêtre et Jésus, tel que les évangiles le relatent, n’a pu se tenir du vivant de Jésus. 

Historiquement parlant, c’est pour son geste et sa parole contre le Temple que le Nazaréen a été condamné.  Dans le cadre de la comparution telle que les évangiles la présentent, ce sont les débats âpres et soutenus entre judaïsme et christianisme naissant qui sont présentés.  Les évangélistes ne parlent pas d’une conversation, tenue jadis, dont ils ne savaient rien, mais de celles qu’eux et leurs contemporains avaient avec la partie juive, au moment où ils écrivaient.  S’il est légitime de faire un film sur les récits évangéliques de la Passion, il ne l’est pas de prétendre qu’on rejoint ici l’historicité des dernières heures du Nazaréen.   

Autre chose, les autorités juives du temps de Jésus ont réagi comme auraient réagi toutes les autorités, politiques, financières ou religieuses, de tous les temps et de toutes les cultures, face à une menace similaire.  Cela, le film de Gibson ne le montre pas.  S’il l’avait fait, il aurait manifestement condamné le gouvernement de son pays, ce que son idéologie de droite l’empêche manifestement de faire.  Historiquement parlant, il est vrai que la condamnation à mort de Jésus a été prononcée par les autorités juives légitimes, aussi dans leur bon droit et leur bonne foi que les autorités de nos pays qui envoient à la mort, dans leur pays, les réfugiés politiques sur qui pèse le moindre soupçon d’accointances avec le « terrorisme » international.  Si les évangiles condamnent le système en place qui a fait exécuter Jésus, ce n’est pas qu’il était pire que les autres, mais qu’il leur était pareil.  L’antisémitisme n’est à sa place nulle part, surtout pas quand on parle des évangiles.

Le seul personnage du film, qui ait quelque consistance psychologique (j’exclus Jésus, présenté comme un surhomme capable d’endurer n’importe quoi, Marie, qui ne semble pas trop s’émouvoir, les disciples, à la personnalité floue, etc.), c’est Pilate (et sa femme).  Le portrait qu’on en trace rejoint celui que Luc fait des autorité romaines dans ses Actes : toujours sympathiques au christianisme.

Ici aussi, les évangélistes sont de leur temps.  Eux et leurs communautés vivent dans l’Empire : tout autour d’eux, ils ont les Romains sur le dos.  Les proconsuls, préfets et autres dirigeants disposent de tout le pouvoir des légions romaines.  Ils contrôlent le commerce international (un amiral états-unien a déjà dit que la Ve flotte servait à ce que McDonald puisse s’établir à Moscou !).  Ils sont appuyés par toute une armée de collaborateurs qui défendent et propagent la propagande impérial dans l’Empire.  Les corporations professionnelles sont aussi là pour contrôler les emplois et voir à ce que soient exclues les mauvaises têtes et récompensés les autres.  La vie est difficile pour les chrétiens, surtout qu’il n’est pas aisé de rendre compte de l’innocuité du mouvement quand il faut avouer que le fondateur a été exécuté comme terroriste.  Les évangélistes sont donc sur la corde raide.  Oui ! le pouvoir romain légitime a bien exécuté Jésus.  Mais à son corps défendant.  On lui a forcé la main. 

Tout cela fait bien dans un film, mais n’a rien à voir avec l’histoire de la condamnation de Jésus par Pilate, être dur et brutal.  On peut se faire une idée du personnage à partir du libellé de l’écriteau selon Jn 19,19 : « Jésus le Nazôréen, le roi des Judéens ».  S’y manifestent toute la hargne et le mépris du Romain pour la population arriérée du pays conquis.  Voilà ce que nous faisons de votre prétendant royal !  Rien du gentil garçon ouvert au multiculturalisme.

En ce qui concerne la fin de Jésus racontée en Mt 27,31-50, on remarque, et c’est frappant, l’activité d’un scribe chrétien qui comble son manque d’informations par des élaborations rédigées à partir du Ps 22(21).  C’est lui qui met dans la bouche de Jésus ce fameux début du psaume : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »  Comme je l’ai dit plus haut, il n’y avait pas de disciple, homme ou femme, près de la croix, pour entendre une telle parole.  Elle convient pourtant à merveille pour l’occasion, elle nourrit la prière, elle fait faire du beau cinéma, mais un crucifié, tout occupé, pour respirer, à se soulever en prenant appui sur le clou qui lui transperce le pied, avec les souffrances qu’on imagine, n’aurait pas eu assez de souffle, sans parler de la nécessaire motivation, pour formuler pareille prière.  Même chose pour les autres paroles que les évangélistes mettent dans la bouche du crucifié.

Un mot, enfin, sur la mort pour les péchés.  Le film s’ouvre, si je ne m’abuse, sur une citation d’Isaïe 53,5  ou l’équivalent : « C’est à cause de nos forfaits qu’il était transpercé, à cause de nos fautes qu’il était écrasé. »  (Un détail : les récits des dernières heures de Jésus ne contiennent pas le mot « péché ».)  On sait toute la charge émotive que contient l’expression « mort pour nos péchés ».  Ceci dit, il n’est pas interdit d’en chercher le sens. 

Pour ce faire, il faut partir de Hébreux 9.  Une fois l’an, le Yôm kippour, le grand prêtre, apportant avec lui le sang d’un taureau,  officiait à un sacrifice.  Il entrait dans le Sanctuaire et lançait une partie du sang au-dessus du coffre sacré, précisément là ou résidait Yhvh.  Puis, il sortait du sanctuaire et aspergeait le peuple du reste du sang.  Le sang, pour les sémites, c’est la vie.  La vie diminuée du peuple, symbolisée par le sang du taureau, ressortait dynamisée de par sa rencontre avec Dieu, ce que voulait signifier l’expression « pardon des péchés ».  L’auteur de la lettre aux Hébreux applique ce symbolisme à Jésus : il voit en Jésus, après sa mort, le grand prêtre éternel, qui entre dans le sanctuaire du ciel, apportant son sang à Dieu pour que celui-ci fasse à l’humanité le don d’une vie nouvelle. 

C’est tout ce symbolisme qui est résumé dans l’expression « mort pour nos péchés ».  Ce n’est ni le sang, ni la mort, qui, au sens strict, sont causes de salut ou de pardon, mais l’ensemble de la trajectoire de Jésus : vie-mort-seigneurie.  La mort, située, on oserait dire, à mi-chemin entre vie et seigneurie, sert de code pour l’ensemble. 

Gibson s’est malheureusement concentré sur le sang nécessaire au sacrifice plutôt que de faire revivre l’événement dans son ensemble.  Plus il y a eu de sang jadis, plus nos péchés sont  aujourd’hui pardonnés.  Et pour qu’un tel pardon ait eu lieu, cela exigeait évidemment plus qu’un humain, donc un surhomme, capable d’éclabousser le monde de sang, de supporter un nombre incalculable de souffrances, de doucher les assistants de litres d’eau et de sang après sa mort, sur un coup de lance.

Dommage que tout cela se prétende film d’histoire et de foi.  Les enjeux historiques sont gommés ; la densité humaine, évacuée ; la charge percutante de la critique socio-politique au cœur de la foi chrétienne, évacuée.  Les yeux aveuglés par le sang, on ne voit pas, au sortir du film, que le péché, c’est l’Iraq, c’est Israël, c’est le néolibéralisme, c’est la religion, la politique, l’économie.  C’est le système humain qui m’entoure, dans lequel je baigne, dont je suis quotidiennement complice.  On me badigeonne de sang, pour me convaincre que le Christ m’a pardonné mes péchés par ses saignements, pour que je m’intègre au groupe des sauvés, en n’ayant pas à me préoccuper du sang de mes frères et sœurs qui continue à couler.  Pas important, ce n’est pas un sang sauveur. 

 

Beaucoup de sang pour rien.

 

(Montréal, le 18 mars 2003)

 

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