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Faire
un film à partir des matériaux évangéliques
est une entreprise risquée.
L’histoire du cinéma en témoigne éloquemment.
Et s’il était besoin d’une preuve
supplémentaire, La passion du Christ, du réalisateur
états-unien Mel Gibson, s’offre spontanément
pour l’illustrer.
N’étant pas critique de cinéma, je
n’insisterai pas ici sur ce qui me semble à
première vue d’immenses défauts du film.
L’intrigue est à peu près inexistante.
Les enjeux socio-politiques sont à peine
esquissés.
Le profil psychologique des personnages est
réduit au minimum.
Le seul qui ait un peu de consistance –
malheureusement – est Pilate.
Pour les autres, ils ne font que se détacher
d’une foule ou de soldats inconnus.
Nous restons dans l’ignorance, par
exemple, des motivations de Judas; les disciples
ne sont qu’images sans personnalités; Marie est
silencieuse, d’un stoïcisme incroyable, les
yeux grand ouverts sur un spectacle d’une cruauté
inouïe.
Et Jésus ne fait que saigner, sans trop
qu’on sache pourquoi.
Sans doute faut-il croire que plus il
souffrira plus le salut de l’humanité sera
assuré.
Avec
le recul de quelques jours, il ne reste au
spectateur que j’étais que de vagues
impressions : une belle scène – la seule
que j’aie aimée – d’une Marie et d’un Jésus
joyeux et rieurs dans son atelier – ; du sang,
une mer de sang, un acharnement inhumain à faire
saigner; des visages qui tourbillonnent à l’écran
et une question, sans réponse qui me
satisfasse: pourquoi?
Pourquoi faire un tel film?
Pourquoi aller le voir?
Pourquoi en parler?
N’étant
pas dans le secret des dieux, j’ignore les véritables
objectifs de Gibson en produisant ce film.
A visionner ce dernier, cependant, on voit
bien qu’il prétend à une fidélité exemplaire
par rapport et à l’histoire et à la lecture de
foi censée l’éclairer.
Les prétentions du réalisateur se fondent
manifestement sur le présupposé suivant :
comme il met en scène le contenu même des évangiles,
il respecte donc l’histoire et est au service de
la foi.
Son travail se veut donc très sérieux, à
preuve l’utilisation du latin et de l’araméen.
Or, son film est d’une faiblesse
affligeante tant sur le plan historique que sur
celui de la foi.
Je
vais essayer, dans les lignes qui suivent,
d’appuyer mes dires.
Mais, en toute honnêteté, je dois avertir
lecteurs et lectrices que je ne saurais vraiment
les fonder en ces quelques pages.
Le sujet est vaste, les questions compliquées
et les avis partagés.
Mon seul but est qu’on voie mieux les
enjeux que le film soulève.
Question
d’histoire
Pour
comprendre la fin de Jésus, il faut savoir ce qui
la précède.
Le Nazaréen est un homme du Nord, de la
Galilée.
Sa patrie faisait jadis partie du royaume
d’Israël, partie dissidente, qui, après la
mort de Salomon, exaspérée par le poids des
taxes et des corvées qui lui étaient imposées
de Jérusalem, s’est séparée du Sud pour faire
cavalier seul.
Le Nord a toujours été méprisé par le
Sud : « Que peut-il sortir de bon de
Nazareth? » (Jn 1,46).
Pendant près de sept siècles, il a vécu
sa vie coupé du Sud.
Il a développé ses propres façons de
vivre des traditions héritées des ancêtres.
Même après la conquête assyrienne de
-722, alors que toutes ses élites ont été déportées
aux alentours et qu’il a été à jamais privé
de scribes, d’archives et de leaders de toutes
sortes, il a obstinément cherché la fidélité
à Yhvh, suivant ses propres façons de faire.
Or,
dans la première moitié du 2e siècle
av. J.C., après l’invasion par l’empire issu
d’Alexandre, voilà que les armées maccabéennes,
dirigées par des prêtres du Sud, donc toutes
imprégnées de l’idéologie de Jérusalem,
envahissent son territoire, se prétendent –
elles déjà! – armées de libération,
l’accablent sous les taxes et les impôts et
cherchent par tous les moyens à lui imposer les
façons de faire du Sud.
Par après, ce seront les Romains, qui lui
imposeront les dirigeants qu’ils auront eux-mêmes
choisis (pensez à l’Iraq et comprenez pourquoi
Gibson fait l’impasse sur tout ceci…) :
taxes, surtaxes.
C’est le contexte dans lequel naquit le
Galiléen.
Il
avait quelques années à peine quand surviendra
une révolte à Séphoris, ville située à
quelque 5 km de Nazareth. La répression fut
terrible, nous dit Flavius Josèphe, l’historien
juif du 1er siècle de notre ère,
particulièrement dans les villages environnants.
Jésus a connu l’oppression romaine.
Est-ce un hasard si jamais les évangiles
ne le montrent entrant dans unes des villes que
les Romains contrôlaient en Galilée?
Le
Nazaréen est un Galiléen, un homme du Nord.
Il s’oppose à la centralisation du
pouvoir au Sud.
Il ne veut plus de leader unique pour son
peuple, le poids à porter est trop lourd.
Il annonce donc un changement radical de
gouvernement, un retour aux sources : ils
seront Douze, désormais, pour gouverner les
tribus d’Israël.
Plus de roi (même pas lui : ce rôle
lui répugne absolument), plus de messie, un
gouvernement collectif, près du peuple.
Des gens qui, contrairement aux grands prêtres
actuels, sauront nourrir leur peuple (les
multiplications des pains : une fois les gens
nourris, il reste des corbeilles pleines, la tâche
sera à recommencer le lendemain).
Il s’oppose farouchement à ces scribes
et théologiens descendus de Jérusalem, qui
parcourent son pays pour le mettre aux pas, lui
imposer leurs propres façons de faire, éradiquer
les traditions qu’il avait élaborées et chèrement
défendues au fil des siècles.
Un
jour, il en a assez de toute cette misère, de la
faim qui tenaille son peuple, de ces scribes qui
l’humilient en voulant lui faire croire qu’il
n’est pas fidèle à Moïse ou Abraham (il faut
vous laver les mains comme ceci, vous n’avez pas
le droit de manger des épis le sabbat,
connaissez-vous bien l’Écriture…), et surtout
de ce Temple qui prétend être le seul endroit
sur terre où on peut rencontrer le Dieu vivant
(six siècles auparavant, un des rois du sud,
Josias, de sainte renommée, avait détruit les
temples du Nord et les avait rendus impurs à
jamais, pour être bien sûr qu’il ne resterait
plus que son temple comme vrai lieu de
culte).
Il
en a assez de ces taxes sacerdotales qu’on vient
chercher de force chez lui pour faire vivre le
sanctuaire du Sud, de ces autres taxes pour faire
vivre Hérode Antipas qui règne chez lui, et de
ce troisième niveau de taxation imposé par les
Romains avec lesquels le grand prêtre est acoquiné.
Il décide donc de monter à Jérusalem, il
fera comme Jérémie, Michée de Moréchet et
Ouriyyahou (Jér 26) : il annoncera la
destruction du Temple et le départ de Yhvh (Mt
23,38) de ce repaire de voleurs.
Il
y laissera sa vie.
Le Temple, c’est le cœur de la vie juive
du Sud : centre politique, social, économique,
militaire, religieux.
C’est le seul endroit au monde,
pensait-on, où résidait le Roi de l’univers.
S’attaquer au Temple, c’est
s’attaquer à tout ce qui compte au monde pour
des instances dirigeantes.
La fin du Temple, c’est l’économie à
l’envers (le Temple était la banque centrale du
Sud), la religion décapitée, la stabilité menacée.
La situation politique était déjà
instable, les Romains toujours nerveux.
La moindre étincelle pouvait tout faire
sauter.
Le grand prêtre en exercice ne pouvait
laisser faire ce prophète venu de nulle part.
Il fallait intervenir.
Il fallait qu’il meure.
Mais, comme un pays conquis n’a pas le
droit de mettre à mort les gens (les conquérants
se réservent ce droit pour protéger leurs
collaborateurs), il était nécessaire de traduire
l’accusation en des termes que les Romains
pouvaient comprendre : « terroriste »
est un mot bien connu de tous les empires.
Terroriste ou séditieux, il avait été.
Terroriste, il mourra.
Et
il mourra seul.
L’évangéliste Marc, reproduisant une
vieille tradition, dit bien que, dès son
arrestation, « le laissant, ils
s’enfuirent tous » (Mc 14,50).
Les disciples savaient ce qui était arrivé
à Jean Baptiste, ils avaient été les proches de
Jésus, ils craignaient de subir le même sort.
Ils partirent donc pour la Galilée.
Est-il pensable que les hommes aient laissé
les femmes derrière?
Lui fut condamné, flagellé, crucifié,
enseveli à la hâte par des délégués des
autorités, pour ne pas que son cadavre souille la
terre de Dieu (Dt 21,22-23).
Les
disciples étant de petites gens, ils ont sans
doute toujours ignoré comment les choses se sont
passées (essayez de savoir ce que vivent les
morts vivants de Guantanamo Bay…). Et, même si
les hommes étaient restés à Jérusalem, on peut
être sûr que jamais les Romains n’auraient
laissé approcher l’un ou l’autre “ terroriste ”
du condamné en chemin vers le Calvaire, encore
moins du crucifié.
La sécurité obligeait, sinon de les arrêter,
au moins de les tenir loin.
Quant aux femmes, il est absolument exclu
qu’elles aient pu s’approcher d’un homme
exposé nu sur le bois.
Il n’y avait certainement pas de
spectatrices, sympathisantes ou pas, autour de la
croix.
Historiquement parlant, ce qu’on sait de
la fin de Jésus, tient en ces quelques mots :
arrêté, jugé, condamné, crucifié.
Tous les détails sur ces événements nous
échappent.
Si on prétend à l’historicité stricte,
il n’y a pas de quoi faire un long film.
Question
de foi
L’esquisse qui précède, si elle a
quelque justesse, devrait contribuer à faire
comprendre jusqu’à
quel point les récits évangéliques dont nous
disposons sont des écrits chrétiens, rédigés
à partir des perspectives de la foi chrétienne.
J’invite lecteurs et lectrices à
lire ce qui suit en ayant leur bible ouverte aux
chapitres 26 et 27 de l’évangile de Matthieu.
En 26,57-68, on nous présente un Jésus
face à la partie juive.
On y fait bien mention du geste contre le
Temple, mais ce n’est pas lui qui entraîne la
condamnation.
Le conflit est strictement d’ordre
christologique.
En effet, trois titres sont mis en cause :
messie, fils de Dieu, fils de l’homme.
Ici, il serait bon d’aller consulter deux
textes : Ac 2,32-36 et Rm 1,4. Il y est clairement énoncé une donnée fondamentale du
Nouveau Testament, à savoir que c’est après
sa mort que Jésus a été fait messie et fils de
Dieu.
Ces titres, il va sans dire, sont à
comprendre au sens qu’ils ont dans le Nouveau
Testament, et non à celui qu’ils prendront dans
la réflexion théologique postérieure.
Ils veulent dire ceci : après sa
mort, Jésus a été élevé à une situation
d’influence et de pouvoir, fonction à laquelle
on a donné des titres couramment accolés au
pouvoir politique du temps, à savoir ceux de
messie et de fils de Dieu.
L’enjeu du débat est donc le suivant :
est-il vrai ou non qu’après sa mort, le Nazaréen
a été ressuscité, a été doté du pouvoir
d’intervention de Dieu dans l’histoire,
c’est-à-dire l’Esprit saint (Ac 2,33), et
qu’il sera actif au jugement final comme fils de
l’homme (Mt 27,64).
Vrai ou faux ?
Cette question, évidemment (s’il est
vrai que Jésus a été fait messie et fils de
Dieu après sa mort), ne pouvait se poser
de son vivant.
La conclusion s’impose donc : le débat
entre le grand prêtre et Jésus, tel que les évangiles
le relatent, n’a pu se tenir du vivant de Jésus.
Historiquement parlant, c’est pour
son geste et sa parole contre le Temple que le
Nazaréen a été condamné.
Dans le cadre de la comparution telle que
les évangiles la présentent, ce sont les débats
âpres et soutenus entre judaïsme et
christianisme naissant qui sont présentés.
Les évangélistes ne parlent pas d’une
conversation, tenue jadis, dont ils ne savaient
rien, mais de celles qu’eux et leurs
contemporains avaient avec la partie juive, au
moment où ils écrivaient.
S’il est légitime de faire un film sur
les récits évangéliques de la Passion, il ne
l’est pas de prétendre qu’on rejoint ici
l’historicité des dernières heures du Nazaréen.
Autre chose, les autorités juives du
temps de Jésus ont réagi comme auraient réagi
toutes les autorités, politiques, financières ou
religieuses, de tous les temps et de toutes les
cultures, face à une menace similaire.
Cela, le film de Gibson ne le montre pas.
S’il l’avait fait, il aurait
manifestement condamné le gouvernement de son
pays, ce que son idéologie de droite l’empêche
manifestement de faire.
Historiquement parlant, il est vrai que la
condamnation à mort de Jésus a été prononcée
par les autorités juives légitimes, aussi dans
leur bon droit et leur bonne foi que les autorités
de nos pays qui envoient à la mort, dans leur
pays, les réfugiés politiques sur qui pèse le
moindre soupçon d’accointances avec le « terrorisme »
international.
Si les évangiles condamnent le système en
place qui a fait exécuter Jésus, ce n’est pas
qu’il était pire que les autres, mais qu’il
leur était pareil.
L’antisémitisme n’est à sa place
nulle part, surtout pas quand on parle des évangiles.
Le seul personnage du film, qui ait
quelque consistance psychologique (j’exclus Jésus,
présenté comme un surhomme capable d’endurer
n’importe quoi, Marie, qui ne semble pas trop
s’émouvoir, les disciples, à la personnalité
floue, etc.), c’est Pilate (et sa femme).
Le portrait qu’on en trace rejoint celui
que Luc fait des autorité romaines dans ses Actes :
toujours sympathiques au christianisme.
Ici aussi, les évangélistes sont de
leur temps. Eux
et leurs communautés vivent dans l’Empire :
tout autour d’eux, ils ont les Romains sur le
dos. Les
proconsuls, préfets et autres dirigeants
disposent de tout le pouvoir des légions
romaines. Ils contrôlent le commerce international (un amiral états-unien
a déjà dit que la Ve flotte servait à ce que
McDonald puisse s’établir à Moscou !).
Ils sont appuyés par toute une armée de
collaborateurs qui défendent et propagent la
propagande impérial dans l’Empire.
Les corporations professionnelles sont
aussi là pour contrôler les emplois et voir à
ce que soient exclues les mauvaises têtes et récompensés
les autres. La
vie est difficile pour les chrétiens, surtout
qu’il n’est pas aisé de rendre compte de
l’innocuité du mouvement quand il faut avouer
que le fondateur a été exécuté comme
terroriste. Les
évangélistes sont donc sur la corde raide.
Oui ! le pouvoir romain légitime a
bien exécuté Jésus.
Mais à son corps défendant.
On lui a forcé la main.
Tout cela fait bien dans un film, mais
n’a rien à voir avec l’histoire de la
condamnation de Jésus par Pilate, être dur et
brutal. On
peut se faire une idée du personnage à partir du
libellé de l’écriteau selon Jn 19,19 :
« Jésus le Nazôréen, le roi des Judéens ».
S’y manifestent toute la hargne et le mépris
du Romain pour la population arriérée du pays
conquis. Voilà
ce que nous faisons de votre prétendant royal !
Rien du gentil garçon ouvert au
multiculturalisme.
En ce qui concerne la fin de Jésus
racontée en Mt 27,31-50, on remarque, et c’est
frappant, l’activité d’un scribe chrétien
qui comble son manque d’informations par des élaborations
rédigées à partir du Ps 22(21).
C’est lui qui met dans la bouche de Jésus
ce fameux début du psaume : « Mon
Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Comme je l’ai dit plus haut, il n’y
avait pas de disciple, homme ou femme, près de la
croix, pour entendre une telle parole.
Elle convient pourtant à merveille pour
l’occasion, elle nourrit la prière, elle fait
faire du beau cinéma, mais un crucifié, tout
occupé, pour respirer, à se soulever en prenant
appui sur le clou qui lui transperce le pied, avec
les souffrances qu’on imagine, n’aurait pas eu
assez de souffle, sans parler de la nécessaire
motivation, pour formuler pareille prière.
Même chose pour les autres paroles que les
évangélistes mettent dans la bouche du crucifié.
Un mot, enfin, sur la mort pour les péchés.
Le film s’ouvre, si je ne m’abuse, sur
une citation d’Isaïe 53,5 ou l’équivalent :
« C’est à cause de nos forfaits qu’il
était transpercé, à cause de nos fautes qu’il
était écrasé. »
(Un détail : les récits des dernières
heures de Jésus ne contiennent pas le mot
« péché ».)
On sait toute la charge émotive que
contient l’expression « mort pour nos péchés ». Ceci dit, il n’est pas interdit d’en chercher le sens.
Pour ce faire, il faut partir de Hébreux
9. Une
fois l’an, le Yôm kippour, le grand prêtre,
apportant avec lui le sang d’un taureau, officiait à un sacrifice.
Il entrait dans le Sanctuaire et lançait
une partie du sang au-dessus du coffre sacré, précisément
là ou résidait Yhvh.
Puis, il sortait du sanctuaire et
aspergeait le peuple du reste du sang.
Le sang, pour les sémites, c’est la vie.
La vie diminuée du peuple, symbolisée par
le sang du taureau, ressortait dynamisée de par
sa rencontre avec Dieu, ce que voulait signifier
l’expression « pardon des péchés ».
L’auteur de la lettre aux Hébreux
applique ce symbolisme à Jésus : il voit en
Jésus, après sa mort, le grand prêtre éternel,
qui entre dans le sanctuaire du ciel, apportant
son sang à Dieu pour que celui-ci fasse à
l’humanité le don d’une vie nouvelle.
C’est tout ce symbolisme qui est résumé
dans l’expression « mort pour nos péchés ». Ce n’est ni le sang, ni la mort, qui, au sens strict, sont
causes de salut ou de pardon, mais l’ensemble de
la trajectoire de Jésus :
vie-mort-seigneurie.
La mort, située, on oserait dire, à
mi-chemin entre vie et seigneurie, sert de code
pour l’ensemble.
Gibson s’est malheureusement concentré
sur le sang nécessaire au sacrifice plutôt que
de faire revivre l’événement dans son
ensemble. Plus
il y a eu de sang jadis, plus nos péchés sont
aujourd’hui pardonnés.
Et pour qu’un tel pardon ait eu lieu,
cela exigeait évidemment plus qu’un humain,
donc un surhomme, capable d’éclabousser le
monde de sang, de supporter un nombre incalculable
de souffrances, de doucher les assistants de
litres d’eau et de sang après sa mort, sur un
coup de lance.
Dommage que tout cela se prétende film
d’histoire et de foi.
Les enjeux historiques sont gommés ;
la densité humaine, évacuée ; la charge
percutante de la critique socio-politique au cœur
de la foi chrétienne, évacuée.
Les yeux aveuglés par le sang, on ne voit
pas, au sortir du film, que le péché, c’est
l’Iraq, c’est Israël, c’est le néolibéralisme,
c’est la religion, la politique, l’économie.
C’est le système humain qui m’entoure,
dans lequel je baigne, dont je suis
quotidiennement complice.
On me badigeonne de sang, pour me
convaincre que le Christ m’a pardonné mes péchés
par ses saignements, pour que je m’intègre au
groupe des sauvés, en n’ayant pas à me préoccuper
du sang de mes frères et sœurs qui continue à
couler. Pas
important, ce n’est pas un sang sauveur.
Beaucoup de sang pour rien.
(Montréal, le 18 mars 2003)
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