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Pour ce que ça
vaut, nos condoléances
À vous tous qui êtes en responsabilité dans
l'Église catholique romaine et vous trouvez aussi
être homosexuels, nous disons notre commisération
et notre chagrin de ce que, une fois de plus, vous
avez été forcés d'entendre que votre sexualité,
élément de votre humanité, est qualifiée de
désordre objectif.
Cette fois, la phrase apparaît dans le document
portant un titre ridiculement peu maniable:
Instruction relative aux critères de discernement
concernant la vocation des personnes ayant des
tendances homosexuelles, considérant leur
admission dans les séminaires et dans les Saints
Ordres. En bref : homos et séminaires.
Cette présentation est évidemment répugnante pour
tous ceux qui dans l'Église, homosexuels et
droits, comprennent que l'homosexualité est, dans
l'écrasante majorité des cas, non une orientation
choisie mais une partie essentielle de leur nature
au même titre que l'hétérosexualité, pour
d'autres.
Ce document étant destiné particulièrement au
clergé ordonné, nos pensées vont spécialement à
tous les diacres et prêtres, religieux,
supérieurs, évêques et cardinaux qui pourraient
avoir une orientation homosexuelle tandis qu'ils
consacrent une vie d'intégrité au service de
l'Évangile et de l'Église. Une aussi hideuse
caractérisation de la part de l'Église qu'ils
servent ne s'impose nullement.
Déjà le document ne résiste pas à l'épreuve de
l'analyse mais sans grand effet. Sans vouloir trop
décrier le travail des canonistes et des autres
autorités ecclésiastiques, il restera une
instruction confuse car fondamentalement
désordonnée. Il utilise des mots dépourvus de sens
et des définitions vides. Il pose des absolus hors
de propos et demande aux conseillers spirituels de
sonder l'âme d'autrui, ce que Dieu seul peut
faire.
Le discours, naturellement, est le produit de
l'ignorance et de la peur plus que d'une volonté
d'éclairer. A quelques-uns il fournira des
réponses faciles à des problèmes complexes. Mais
un tel discours, dans sa méfiance pleine de
suffisance à l'égard des apports des sciences
bibliques et sociales n'est au bout du compte
qu'une non-réponse.
Le document insiste à juste titre sur le besoin de
passer au crible la maturité émotionnelle des
candidats à la prêtrise. Malheureusement, le seul
critère de disqualification énoncé, en long et en
large, est l'orientation sexuelle.
La maturité émotionnelle comprend un large spectre
de questions. Notre expérience dans les rangs des
fidèles, suggère que l'homosexualité est loin sur
la liste des indicateurs de l'immaturité. Nous
autres, à la base, voyons les plus grands signes
d'immaturité, par exemple, chez les prêtres qui
semblent ne pas aimer les relations avec leurs
paroissiens, qui ont une fascination indue pour le
port de vêtements distinctifs comme symbole de
leur charge; qui sont incapables de s'impliquer
dans des démarches collectives; qui croient que le
gouvernement et l'autorité comportent l'émission
de diktats; qui ont la conviction que le
christianisme est une religion de règles et de
rubriques et non une communauté de relations
droites.
Il nous est dit que le document est né de la
préoccupation de la crise des abus sexuels. Mais
laisser entendre que l'homosexualité a été pour
une part à l'origine de l'abus sexuel de garçons
et de filles vulnérables ou de la complicité dans
l'activité criminelle, de la part de quelques
titulaires de hautes fonctions d'autorité, n'est
pas seulement insultant pour les personnes
homosexuelles mais à côté de la plaque.
Ce document affirme simplement de vieux préjugés
et des opinions fausses et il n'apporte aucune
solution. Il y a des raisons, et nous en avons
rendu compte, d'être préoccupé des homosexuels
agissant de façon déplacée dans les séminaires et
comme prêtres. Il y a au moins autant de raison de
s'inquiéter de l'activité hétérosexuelle
persistante et des prêtres ayant avec des femmes,
dont ils ont des enfants, des relations vécues
sans en assumer les responsabilités. Honorer ses
vœux et ses promesses est une chose (que, « dans
les rangs », les gens mariés connaissent
d'expérience). L'orientation homosexuelle en est
une tout autre.
Nous savons que des homosexuels ont exercé dans la
fidélité des ministères de première importance
dans l'Église et ont apporté des contributions
majeures comme écrivains et musiciens, artistes et
liturgistes, prédicateurs et militants.
Les homosexuels dans l'Église comprennent, dans le
tréfonds de leur humanité, que ce document est une
tentative inspirée par la confusion et la peur,
pour dégager une rationalité et une discipline là
où il n'en existe aucune.
Nous sommes reconnaissants à ces catholiques
homosexuels qui ont trouvé le courage de rester –
de ceux qui dans les arrière-cours de l'Église
s'efforcent de tenir bon dans un environnement
hostile jusqu'aux ordonnés qui occupent des
positions de pouvoir et font appliquer les règles,
de ceux qui tiennent secrète leur orientation
jusqu'à ceux qui la déclarent ouvertement. Traduction :
Hubert Tournès [
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