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Alors là,
c’est le bouquet ! Pendant que les caméras
s’installaient en Bavière pour le voyage de
l’enfant du pays devenu pape, le Vatican lançait
une petite bombe en direction de la fille aînée
de l’Église. Le 8 septembre, Dario Castrillon
Hoyos, responsable des relations avec les
intégristes, annonçait la création, à Bordeaux,
de l’Institut du Bon-Pasteur. Celui-ci,
dépendant directement de Rome, accueillera les
transfuges de la Fraternité Saint-Pie X – cinq
prêtres, pour l’instant – qui entendent mettre
en œuvre « une critique sérieuse et constructive
du concile Vatican II ».
Rappelons les épisodes précédents. Voici un an, Bernard
Fellay, supérieur général de la dite Fraternité,
était l’hôte de Benoît XVI, fraîchement élu. Ce
dernier entendait mettre fin à dix-sept années
de schisme, en comptant sur la bienveillance des
héritiers de feu Lefebvre vis-à-vis de la
tonalité antimoderniste du nouvel évêque de
Rome. La tâche s’est vite avérée impossible, les
intégristes hésitant à manger leur chapeau.
L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais le
Vatican, décidément motivé, n’a pas désarmé. Il
a pris langue avec quelques brebis égarées, et
follement ambitieuses, de la Fraternité pour les
intégrer par la petite porte.
S’agissait-il d’accompagner une conversion à l’esprit
conciliaire de ces religieux? Pas du tout, et
pour s’en convaincre, il suffit de les écouter.
« Il nous est possible désormais de poser la
question de la responsabilité propre de l’Église
dans la crise qu’elle traverse aujourd’hui et je
crois que les “coups de gueule” de Mgr Lefebvre
étaient justifiés. »
(1) Ainsi parle le futur supérieur de
l’Institut du Bon-Pasteur, Philippe Laguérie.
Celui-ci est connu pour ses provocations aussi
bien à l’église parisienne de
Saint-Nicolas-du-Chardonnet qu’à celle de
Saint-Éloi, à Bordeaux, que la municipalité
avait curieusement accordée aux intégristes.
Rome fait un cadeau empoisonné au diocèse de
Bordeaux en y implantant l’Institut du
Bon-Pasteur. Une présence fort encombrante pour
l’évêque du lieu, le cardinal Ricard. Le patron
des évêques français, qui se déclare d’un
« réalisme prudent », prévient : « Les nouveaux
venus doivent se rendre compte qu’ils ne sont
pas en pays conquis. »
(2) On a connu accueil plus chaleureux…
Par stratégie ou par inconscience, Rome installe le ver
intégriste dans le fruit. L’Église de France,
déjà aux prises avec des logiques
traditionalistes, n’avait pas besoin de cet
Institut qui pourrait faire des dégâts dans les
prochaines années. La demande d’identité
catholique, la tentation de repli d’une partie
des fidèles sur les sacristies et les
crispations sécuritaires de la société sont
autant de ferments pour que prenne le discours
nostalgique et proprement réactionnaire de
Laguérie et consorts.
Il ne s’agit pas là d’une simple question de rite – le latin
a bon dos dans cette affaire –, mais bien d’un
profond choix ecclésial. Veut-on continuer à
porter le témoignage du Christ aujourd’hui là où
la dignité de l’Homme est broyée? Veut-on
encourager les catholiques à s’engager au
service du dialogue avec les autres croyants et
les non-croyants? Préfère-t-on enfermer les
fidèles dans un ensemble de règles et
d’interdits, faire jouer les peurs ancestrales
et les détourner de la chose publique? Et puis,
sur un plan structurel, pourquoi accorder aux
fans de Lefebvre le droit de s’organiser de
façon autonome au sein de l’Église catholique?
Aurait-on laissé le même privilège à des
catholiques désireux d’expérimenter le sacerdoce
d’hommes mariés ou de femmes? Voilà bien un
choix désolant de la part de la Curie. Au fait,
qu’en aurait pensé Jean-Paul II ?
(1) et
(2) La Croix du 11 septembre.
Témoignage chrétien, no 3218, 14 septembre
2006, éditorial
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