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Une canonisation qui est une provocation ?
Nous sommes Église (Autriche)


 

« Nous sommes Église » déclare : la canonisation du fondateur de l’Opus Dei semble être une provocation adressée délibérément au Concile de Vatican II qui a commencé il y a 40 ans.

La « Plate-forme ‘Nous sommes Église’ » regrette profondément la canonisation imminente de Josemaria Escrivà de Balaguer y Albas, fondateur de l’Opus Dei (Œuvre de Dieu), qui aura lieu le 6 octobre 2002 et voit dans cet acte un nouveau coup porté aux efforts déployés en vue de réformes dans l’Église Catholique romaine. Cette démarche est un signe hautement regrettable de la politique de l’Église et accroît en son sein le conflit entre les courants apparus lors du Concile de Vatican II et ceux qui provoquent une restauration pré-conciliaire.

Il semble évident qu’aux yeux du gouvernement de l’Église romaine, la voie d’un militantisme animé par la piété du nouveau saint comme de l’œuvre qu’il a fondée est propice à la réévangélisation d’un monde dont on dit qu’il a perdu la foi. Mais en réévaluant de la sorte l’Opus Dei on ne parviendra qu’au contraire. Certes la décision de toute personne humaine concernant la forme de piété qu’il adoptera doit être respectée, mais cette « unité d’élite » à l’organisation rigide, dont le réseau s’étend jusqu’au Vatican apparaît à la majorité écrasante des catholiques, hommes et femmes, comme la quintessence d’un christianisme mal compris. Dans l’écrit principal d’Escriva, qui prescrit à ses adeptes la « voie » (Camino) à suivre, c’est une attitude d’esprit effroyable qui se révèle à nos yeux : c’est l’hostilité à la femme, à la famille et au corps, c’est la glorification de la lutte et de la douleur et l’exigence d’une soumission qui renonce à l’identité personnelle. Tout cela est diamétralement opposé aux élans de libération que suscite le message chrétien et se trouve en contradiction avec des valeurs chrétiennes telles que la liberté, la maturité du jugement et l’égalité des droits.

La canonisation d’Escriva, telle qu’elle a été imposée, réalisée à toute vitesse contre les mises en garde de nombreuses voix raisonnables et en dérogation aux règles coutumières de procédure, est pour  beaucoup de chrétiennes et de chrétiens une provocation. Lorsque l’on canonise le fondateur d’un organisme qui, dans le secret le plus complet et par son attitude fondamentalement ultra-conservatrice, exerce son influence sur les structures de pouvoir dans l’Église, la société et l’économie et les pénètre intimement, c’est un signal d’alarme pour tous les hommes qui à juste titre attendent de leurs vœux – et spécialement pour le quarantième anniversaire du début du Concile de Vatican II – une Église dont les fenêtres et les portes sont grandes ouvertes. Malheureusement ce sont une fois de plus les manœuvres du pouvoir et l’intoxication idéologique qui prévalent contre le message de l’Évangile et contre ce que la majorité des catholiques, hommes et femmes, reconnaissent et vivent comme leur chemin sur les traces du Christ.

La situation est devenue presque insupportable. Elle provoque la colère impuissante de bien des gens – et spécialement aussi celle de femmes et d’hommes qui sont disposés à s’engager au  dialogue et dont l’Église a un besoin urgent pour ne pas être réduite comme une peau de chagrin aux dimensions d’une minorité ridicule constituée de rêveurs désincarnés et exaltés. 

 


Ingrid Thurner
, Plattform "Wir sind Kirche"
A-6111 Volders, Hochschwarzweg 28
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i.thurner@tirol.com
Communiqué de presse du 03.10.02

(traduit de l’allemand par Jean Courtois.- F-69005 Lyon).

 

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