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Ambiance de schisme en Autriche 
Philippe Clanché

 

 

 

Les déclarations de prêtres en colère se multiplient depuis quelques mois dans le monde germanophone. En février, un groupe de théologiens allemands appelait à certaines réformes. Cette fois, le vent de rébellion qui souffle en Autriche commence à faire trembler la hiérarchie catholique.

Plus de 300 prêtres autrichiens (sur 4000) ont signé un « Appel à désobéissance » lancé par un groupe de curés. Ce texte court et direct demande la fin du célibat des prêtres, l'accession des femmes à la prêtrise, l'inter-communion avec les protestants et la possibilité de communier pour les divorcés remariés. Il propose également, afin de faire face au recul des vocations, de permettre aux laïcs de prononcer des homélie et de diriger des paroisses.

L'homme à la tête du mouvement n'est pas un obscur curé. Le P. Helmut Schüller fut vicaire général et droit bras droit de l'archevêque de Vienne, le cardinal Christoph Schönborn, et a dirigé la Caritas autrichienne. Il est actuellement curé de paroisse et aumônier d'étudiant. Pour lui, il est temps de faire cesser l'hypocrisie générale et la tenue de règles que nombres de prêtres, souvent sans se cacher de leurs évêques, ne respectent pas.

Un sondage indique que 76% des Autrichiens soutiennent les frondeurs, et 97% prédisent une vague de départ si jamais le P. Schüller était sanctionné. « Cela ne peut continuer, a répondu gêné le cardinal Schönborn dans un entretien au quotidien Der Standard. Toute entrée en dissidence pourrait porter à conséquence. »

Plusieurs personnalités catholique autrichiennes, le théologien Paul Zulehner ou Martin Felhofer, abbé de Schlägl, évoquent un schisme possible en l'absence de réponse à ces curés en colère. Tous les protagonistes sont conscients qu'une sanction hiérarchique aurait des conséquences catastrophiques dans une Église encore sous le choc des révélations de scandales sexuels de ces dernières années. Ils furent alors suivis de très nombreuses défections de fidèles.

Le cardinal, lequel par le passé avait évoqué des idées similaires avant de se rétracter, n'est pas dans une situation facile. Incapable de répondre sur le fond – seul Rome peut faire évoluer la doctrine – il se retranche derrière la sacro-sainte unité que met à mal tout abandon du principe d'obéissance.

L'hebdomadaire catholique anglais The Tablet consacre son éditorial du 3 septembre à la question, en titrant « Le moment de vérité pour l'Autriche ». Sanctionner les rebelles reviendrait à « défendre l'indéfendable », indique l'article qui invite également les initiateurs, le P. Schüller et ses amis, « à ne pas placer le cardinal dans un situation impossible ». Pour l'éditorialiste du Tablet, « il n'est pas juste de laisser la jeune génération sans autre choix que de quitter l'Eglise dans l'indifférence ou le désespoir, ou de choisir un traditionalisme excentrique et fastidieu ».

Même tonalité dramatisante dans un article du vaticaniste italien Paolo Rodari (Il Foglio, 3 septembre) : « À l'aide, le schisme de l'Eglise du disciple de Ratzinger est en train d'éclater ». Lequel Ratzinger arrive le 22 septembre chez les voisins allemands et il n'est pas impossible que la question autrichienne s'invite dans la visite papale. D'autant que Mgr Robert Zollitsch, président de la Conférence épiscopale allemande, vient de demander un changement de la discipline romaine concernant l'accès des divorcés-remariés à l'eucharistie.


Témoignage chrétien
, 6 septembre 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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