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Rapport sur le congrès de l’American Catholic Council
(Détroit, Michigan, 10-12 juin 2011)
Philippe Crabbé

 

 

 

Le congrès a débuté à 18 h le vendredi soir et s’est terminé le dimanche à midi. Selon les estimations officieuses, il comptait environ 2000 participants. Il s’est tenu en dépit de l’opposition de l’ordinaire du lieu, Mgr. A. Vigneron. Celui-ci a condamné le congrès l’automne dernier et, à nouveau, la semaine dernière, il a interdit à ses clercs de participer à la messe qui clôturait le congrès (http://reform-network.net/?p=11065 et http://www.aodonline.org/AODOnline/News+++Publications+2203/ACC.htm).

La grande majorité des participants avaient plus de soixante ans et étaient donc nés avant le Concile Vatican II. Il y avait quelques jeunes et relativement peu de personnes d’âge moyen (nés après le Concile Vatican II). La participation des religieuses de tous les âges était très significative. Une jeune religieuse nous a dit, à ma femme et moi, que leur forte représentation était due au fait que les ordres religieux avaient embrassé Vatican II avec enthousiasme et que les religieuses font partie du laïcat. Par contre, il me semble que la participation religieuse masculine était inférieure à la participation féminine. Il y avait au moins une femme prêtre. Les participants venaient de tous les coins des États-Unis. Dès l’aéroport, nous avons rencontré un homme d’âge moyen de Salt Lake City, des participants de Floride appartenant à une communauté animée par une femme-prêtre (conscients mais peu préoccupés de ce qu’une excommunication leur pendait au nez) et des participants de Washington, D.C.

Une délégation européenne d’IMWAC (dont Isaac Wurst) était présente et a annoncé la tenue d’un concile laïque conjoint (IMWAC-ACC) à Rome dans trois ans. Elle a aussi relayé le message de Hans Küng de ne pas faire d’opposition systématique à la hiérarchie mais plutôt de se concentrer sur quatre questions :

1) Abolition du célibat des prêtres
2) Admission des femmes aux ministères
3) Service de communion commune entre catholiques et protestants
4) Permission de communier aux divorcés remariés

(http://www.ncronline.org/news/faith-parish/hans-kung-urges-peaceful-revolution-against-roman-absolutism)

La participation canadienne au congrès était minime. J’ai compté sept personnes dont six venaient de l’Ontario parmi lesquelles quatre étaient affiliées de loin ou de près au New Catholic Times et la cinquième était mon épouse. La sixième (Tom Umlauf) était un anglophone de Montréal que j’ai rencontré brièvement.

Mon impression est que le niveau d’engagement et d’enthousiasme des personnes participantes était très élevé et qu’il n’y avait guère d’excès. L’Église américaine a une culture particulière fort influencée par la Constitution américaine et le mouvement des « Civil Rights » et les contextes culturels qui les entourent, tous non négociables. Certains théologiens américains (J. Carroll par exemple) sont convaincus que l’Américanisme, c'est-à-dire la version américaine de l’Aufklärung, est leur contribution à la mise à jour de l’Église dans une perspective de droits de la personne. Les États-Unis ont passé par l’expérience des droits civils dans les années soixante, ce qui n’est pas le cas au Canada (même pas au Québec durant la Révolution tranquille). C’est pourquoi l’adoption d’un code de droits des laïcs catholiques (« Catholic Bill of rights and responsibilities ») est au centre des efforts de l’ACC. A-t-on jamais au Canada pensé à mettre en parallèle la Charte des droits et libertés avec la gouvernance de l’Église? Une autre différence avec le Canada est que la Conférence canadienne des évêques catholiques est bien moins conservatrice me semble-t-il que son homologue américain et les excès (financiers, couverture d’abus sexuels, absolutisme) de nos évêques sont moindres. J’ai demandé à un participant combien d’évêques libéraux il existe aux États-Unis. Il m’en a mentionné trois (l’évêque d’un diocèse en Iowa, et les évêques d’Albany et de Rochester) tous au seuil de la retraite.

Le congrès fut remarquablement organisé avec une navette (nécessaire malgré la courte distance pour handicapés et gens âgés) qui circulait constamment entre un hôtel, bon marché (sauf pour les repas) mais fort confortable (notre chambre comme celles de nombreux autres avaient vue sur la rivière Détroit et le lac Erié). Le centre Cobo, où se tenaient les réunions, comptait des restaurants également

Il y eut six plénières, deux le vendredi, trois le samedi et une le dimanche. Chaque journée était précédée d’une liturgie et, le dimanche, le congrès se termina par la messe de la Pentecôte à laquelle, malheureusement, nous n’avons pu participer. Chaque fidèle a reçu une étole, symbole de sa prêtrise. A l’offrande, les signatures de ceux qui ont endossé la déclaration des droits des catholiques ont été remises à l’officiant.

Le vendredi, une vidéo d’une entrevue avec Hans Küng par le théologien A. Padovano (disponible à ACC; voir aussi un résumé à http://www.ncronline.org/news/faith-parish/hans-kung-urges-peaceful-revolution-against-roman-absolutism) a été présentée, que nous n’avons pas trouvée très novatrice. Hans Küng, âgé, n’était pas en état de voyager nous a-t-on dit. La vidéo fut suivie d’une excellente présentation par une jeune théologienne, Jeanette Rodriguez de Seattle University, immigrante pauvre d’origine écuadorienne et métisse (Quichua), qui a grandi dans les logements sociaux de New-York. Sa communication illustrait la dimension universelle de l’Église qui transcende les cultures et montrait clairement que l’avenir de l’Église américaine est dans les mains des Latinos à cause de leur accroissement démographique rapide et de leur dynamisme – statistiques à l’appui – dans tous les secteurs de l’économie américaine. L’option préférentielle pour les pauvres, l’utilisation de la religion populaire et la sémantique différente des mêmes expressions dans des langues différentes (par exemple « Word » et « Verbe ») sont les principales caractéristiques de ce courant théologique inspiré de l’Amérique du Sud. Selon elle (et Padovano également), Vatican II a fait d’une Église européenne une Église universelle.

Le samedi, on a entendu A. Padovano qui, à mon avis, a fait la présentation la plus profonde, puis James Carroll, qui a donné une illustration remarquable de la capacité de transformation de la pensée de l’Église en matière d’œcuménisme à partir d’un épisode familial du Cardinal Cushing de Boston.

Padovano mentionne que Luc a décrit la communauté chrétienne depuis sa conception à la Pentecôte, communauté non limitée aux apôtres. Vatican II traite le laïcat pour la première fois comme une nouvelle structure. C’est le baptême qui rend la communauté, catholique. Citant Newman, il dit : « si elle ignorait le laïcat, l’Église paraîtrait stupide ». L’Église n’est pas morte avec le dernier apôtre. La loi ecclésiastique évolue avec les circonstances. Si certaines circonstances ne sont pas prises en compte, la loi ecclésiastique ne s’applique pas à ces circonstances. Une bonne loi doit apporter la paix à une communauté. Refuser une loi est commencer un dialogue. Si trois quarts des catholiques ne fréquentent pas la messe du dimanche, ce ne sont pas eux qui sont dans l’erreur. Les catholiques ont le droit d’association (canon 215) et par là ont le droit de former des communautés intentionnelles. L’autorité est la qualité du leadership qui motive la volonté d’être guidé. « Semper ipse sed non idem ». Toutes les initiatives dans l’Église n’ont pas nécessairement été endossées par Jésus. Le premier millénaire se centrait sur le Christ. Le deuxième, sur l’institution ecclésiale; le troisième appartient à l’Esprit. La soumission à la loi fait de nous des serfs. Pantovano fait l’analogie entre le mouvement d’ACC et les droits civils. La hiérarchie dispose les chariots en cercle. L’ACC dit la vérité au pouvoir. La justice sociale doit être au centre du message et l’Église-institution devrait se départir de ses richesses. (http://ncronline.org/blogs/ncr-today/baptism-not-bishops-or-pope-unites-church)

J. Carroll demande que l’expérience triomphe du dogme comme ce fut le cas avec Galilée. C’est l’expérience éthique de l’holocauste qui a modifié l’antisémitisme doctrinal de l’Église catholique. Nostra Aetate a rejeté l’antisémitisme de l’évangile de Jean. Les fondamentalistes refusent les leçons de l’expérience. C’est l’expérience qui a fait passer l’Église du thomisme à l’existentialisme, chez Rahner par exemple. Il en est de même pour l’Église, peuple de Dieu et pour la séparation de l’Église et de l’État. La liberté de conscience ouvre la porte à la démocratie. En changeant l’Église-institution, on peut changer le monde parce que l’Église est la gardienne de la tradition occidentale. J. Carroll, fils d’un général, est connu pour avoir dénoncé la guerre du Vietnam au cours d’une messe dans un parc public peu après son ordination.

Finalement Matthew Fox était relativement peu intéressant sauf par ses extraits de vidéo concernant son affichage de ses 90 thèses à Wittenberg (à la suite de Luther) et à nouveau à Santa  Maria Maggiore à Rome, dont le titulaire est le Cardinal Law de Boston (sauvé de justesse par Rome des scandales pédophiles dans son diocèse de Boston). Il faut des conciles laïques et pas un Vatican III. C’est le pape qui est schismatique. La solidarité est l’opposé de l’obéissance. Le courage est le signe de l’Esprit. Il faut redécouvrir la prêtrise des laïcs. Le Vatican tombera comme le mur de Berlin.

Le clou fut la présentation de sœur Chittister, qui allie profondeur et talent rhétorique. Elle fut très bien présentée en tant que  prophétesse par Sœur Schenk. Sœur Chittister développe le thème que tout évènement, de même que l’histoire du peuple de Dieu, peut être interprété comme bon ou mauvais. L’aspect mauvais a à voir avec le rejet de diverses personnes. Le clergé ne représente que 3 % des catholiques et dépend des 97 % restants pour ses ressources. La fonction des laïcs est plus que « payer, prier et obéir ». L’Église a besoin de plus que les ressources financières des laïcs. Vatican II est le « schème » de l’avenir. Beaucoup d’ordres religieux majeurs furent fondés par des laïcs. Toutes ces présentations sont disponibles chez ACC sous forme de CD-Audio ou de DVD-Video.

En plus des plénières, le vendredi fut consacré à des ateliers (19 en tout). Nous en avons choisi deux, l’un portant sur les communautés alternatives, l’autre sur les jeunes. Le premier fut consacré à deux communautés dans la région de Washington, NOVA et PAX. La première fut autorisée initialement par le pasteur pour mettre en œuvre Vatican II mais, éventuellement, la communauté a dû trouver un autre local que l’église paroissiale après un changement de pasteur. Les deux communautés utilisent l’homélie dialogue basée sur une préparation de la liturgie dominicale avec le prêtre – un prêtre appartenant à un ordre religieux mais non diocésain – qui utilise alors cette préparation pour son homélie.  Les messes durent facilement deux heures à cause du dialogue.  Les représentants de ces communautés ne cachent pas qu’elles sont relativement éduquées et vivent dans un environnement rempli de ressources (Arlington, Va). La communauté n’a pas eu de difficultés à recruter ces prêtres. Ces communautés demeurent prudentes vis-à-vis des femmes prêtres. Une autre communauté au North Central Texas est mentionnée au cours de la discussion (Voices for Renewal.org).

L’atelier sur les jeunes était mené par de jeunes parents avec la participation de plus jeunes, en majorité des filles. Un jeune garçon (20-25 ans), le seul que nous avons rencontré, a fait une intervention dans laquelle il a dit que les problèmes de notre génération ne concernaient pas la sienne, qui n’a pas connu Vatican II. Pour sa génération, la problématique est l’approfondissement de la spiritualité. Tout ce qui est réforme institutionnelle ne l’intéresse pas. Quelques renseignements pratiques furent donnés, tel la nécessité de grouper les activités religieuses avec des activités profanes pour les jeunes et de rappels fréquents. Les jeunes sont intéressés dans des idées et pas dans des institutions. Ils sont aussi attirés par des organisations avec un objectif précis. Généralement les jeunes ne sont pas intéressés dans des structures. C’est pour cela que les jeunes libéraux sont attirés par les religions orientales. Ils sont fort influencés par  la façon dont le message est communiqué. Ils sont intéressés à devenir témoin pour le long-terme.

Le document « Sounding of the faithful », qui rapporte les résultats d’une enquête extrêmement intéressante menée auprès de catholiques, fut distribué à tous les participants et ses données furent communiquées au congrès. De même, chacun reçut copie du « Catholic Bill of rights and responsibilities » et la feuille de commande des audios et videos.

 
Philippe Crabbé
Réseau Culture et Foi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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