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Le congrès a débuté à 18 h le vendredi soir et
s’est terminé le dimanche à midi. Selon les
estimations officieuses, il comptait environ
2000 participants. Il s’est tenu en dépit de
l’opposition de l’ordinaire du lieu, Mgr. A.
Vigneron. Celui-ci a condamné le congrès
l’automne dernier et, à nouveau, la semaine
dernière, il a interdit à ses clercs de
participer à la messe qui clôturait le congrès (http://reform-network.net/?p=11065
et
http://www.aodonline.org/AODOnline/News+++Publications+2203/ACC.htm).
La grande majorité des participants avaient plus
de soixante ans et étaient donc nés avant le
Concile Vatican II. Il y avait quelques jeunes
et relativement peu de personnes d’âge moyen
(nés après le Concile Vatican II). La
participation des religieuses de tous les âges
était très significative. Une jeune religieuse
nous a dit, à ma femme et moi, que leur forte
représentation était due au fait que les ordres
religieux avaient embrassé Vatican II avec
enthousiasme et que les religieuses font partie
du laïcat. Par contre, il me semble que la
participation religieuse masculine était
inférieure à la participation féminine. Il y
avait au moins une femme prêtre. Les
participants venaient de tous les coins des
États-Unis. Dès l’aéroport, nous avons rencontré
un homme d’âge moyen de Salt Lake City, des
participants de Floride appartenant à une
communauté animée par une femme-prêtre
(conscients mais peu préoccupés de ce qu’une
excommunication leur pendait au nez) et des
participants de Washington, D.C.
Une délégation
européenne d’IMWAC (dont Isaac Wurst) était
présente et a annoncé la tenue d’un concile
laïque conjoint (IMWAC-ACC) à Rome dans trois
ans. Elle a aussi relayé le message de Hans Küng
de ne pas faire d’opposition systématique à la
hiérarchie mais plutôt de se concentrer sur
quatre questions :
1) Abolition du célibat des prêtres
2) Admission des femmes aux ministères
3) Service de communion commune entre
catholiques et protestants
4) Permission de communier aux divorcés remariés
(http://www.ncronline.org/news/faith-parish/hans-kung-urges-peaceful-revolution-against-roman-absolutism)
La participation canadienne au congrès était
minime. J’ai compté sept personnes dont six
venaient de l’Ontario parmi lesquelles quatre
étaient affiliées de loin ou de près au New
Catholic Times et la cinquième était mon
épouse. La sixième (Tom Umlauf) était un
anglophone de Montréal que j’ai rencontré
brièvement.
Mon impression est que le niveau d’engagement et
d’enthousiasme des personnes participantes était
très élevé et qu’il n’y avait guère d’excès.
L’Église américaine a une culture particulière
fort influencée par la Constitution américaine
et le mouvement des « Civil Rights » et les
contextes culturels qui les entourent, tous non
négociables. Certains théologiens américains (J.
Carroll par exemple) sont convaincus que
l’Américanisme, c'est-à-dire la version
américaine de l’Aufklärung, est leur
contribution à la mise à jour de l’Église dans
une perspective de droits de la personne. Les
États-Unis ont passé par l’expérience des droits
civils dans les années soixante, ce qui n’est
pas le cas au Canada (même pas au Québec durant
la Révolution tranquille). C’est pourquoi
l’adoption d’un code de droits des laïcs
catholiques (« Catholic Bill of rights and
responsibilities ») est au centre des efforts de
l’ACC. A-t-on jamais au Canada pensé à mettre en
parallèle la Charte des droits et libertés avec
la gouvernance de l’Église? Une autre différence
avec le Canada est que la Conférence canadienne
des évêques catholiques est bien moins
conservatrice me semble-t-il que son homologue
américain et les excès (financiers, couverture
d’abus sexuels, absolutisme) de nos évêques sont
moindres. J’ai demandé à un participant combien
d’évêques libéraux il existe aux États-Unis. Il
m’en a mentionné trois (l’évêque d’un diocèse en
Iowa, et les évêques d’Albany et de Rochester)
tous au seuil de la retraite.
Le congrès fut remarquablement organisé avec une
navette (nécessaire malgré la courte distance
pour handicapés et gens âgés) qui circulait
constamment entre un hôtel, bon marché (sauf
pour les repas) mais fort confortable (notre
chambre comme celles de nombreux autres avaient
vue sur la rivière Détroit et le lac Erié). Le
centre Cobo, où se tenaient les réunions,
comptait des restaurants également
Il y eut six plénières, deux le vendredi, trois
le samedi et une le dimanche. Chaque journée
était précédée d’une liturgie et, le dimanche,
le congrès se termina par la messe de la
Pentecôte à laquelle, malheureusement, nous
n’avons pu participer. Chaque fidèle a reçu une
étole, symbole de sa prêtrise. A l’offrande, les
signatures de ceux qui ont endossé la
déclaration des droits des catholiques ont été
remises à l’officiant.
Le vendredi, une
vidéo d’une entrevue avec Hans Küng par le
théologien A. Padovano (disponible à ACC; voir
aussi un résumé à
http://www.ncronline.org/news/faith-parish/hans-kung-urges-peaceful-revolution-against-roman-absolutism)
a été présentée, que nous n’avons pas trouvée
très novatrice. Hans Küng, âgé, n’était pas en
état de voyager nous a-t-on dit. La vidéo fut
suivie d’une excellente présentation par une
jeune théologienne, Jeanette Rodriguez de
Seattle University, immigrante pauvre d’origine
écuadorienne et métisse (Quichua), qui a grandi
dans les logements sociaux de New-York. Sa
communication illustrait la dimension
universelle de l’Église qui transcende les
cultures et montrait clairement que l’avenir de
l’Église américaine est dans les mains des
Latinos à cause de leur accroissement
démographique rapide et de leur dynamisme –
statistiques à l’appui – dans tous les secteurs
de l’économie américaine. L’option
préférentielle pour les pauvres, l’utilisation
de la religion populaire et la sémantique
différente des mêmes expressions dans des
langues différentes (par exemple « Word » et
« Verbe ») sont les principales caractéristiques
de ce courant théologique inspiré de l’Amérique
du Sud. Selon elle (et Padovano également),
Vatican II a fait d’une Église européenne une
Église universelle.
Le samedi, on a entendu A. Padovano qui, à mon
avis, a fait la présentation la plus profonde,
puis James Carroll, qui a donné une illustration
remarquable de la capacité de transformation de
la pensée de l’Église en matière d’œcuménisme à
partir d’un épisode familial du Cardinal Cushing
de Boston.
Padovano mentionne que Luc a décrit la
communauté chrétienne depuis sa conception à la
Pentecôte, communauté non limitée aux apôtres.
Vatican II traite le laïcat pour la première
fois comme une nouvelle structure. C’est le
baptême qui rend la communauté, catholique.
Citant Newman, il dit : « si elle ignorait le
laïcat, l’Église paraîtrait stupide ». L’Église
n’est pas morte avec le dernier apôtre. La loi
ecclésiastique évolue avec les circonstances. Si
certaines circonstances ne sont pas prises en
compte, la loi ecclésiastique ne s’applique pas
à ces circonstances. Une bonne loi doit apporter
la paix à une communauté. Refuser une loi est
commencer un dialogue. Si trois quarts des
catholiques ne fréquentent pas la messe du
dimanche, ce ne sont pas eux qui sont dans
l’erreur. Les catholiques ont le droit
d’association (canon 215) et par là ont le droit
de former des communautés intentionnelles.
L’autorité est la qualité du leadership qui
motive la volonté d’être guidé. « Semper ipse
sed non idem ». Toutes les initiatives dans
l’Église n’ont pas nécessairement été endossées
par Jésus. Le premier millénaire se centrait sur
le Christ. Le deuxième, sur l’institution
ecclésiale; le troisième appartient à l’Esprit.
La soumission à la loi fait de nous des serfs.
Pantovano fait l’analogie entre le mouvement
d’ACC et les droits civils. La hiérarchie
dispose les chariots en cercle. L’ACC dit la
vérité au pouvoir. La justice sociale doit être
au centre du message et l’Église-institution
devrait se départir de ses richesses. (http://ncronline.org/blogs/ncr-today/baptism-not-bishops-or-pope-unites-church)
J. Carroll demande que l’expérience triomphe du
dogme comme ce fut le cas avec Galilée. C’est
l’expérience éthique de l’holocauste qui a
modifié l’antisémitisme doctrinal de l’Église
catholique. Nostra Aetate a rejeté
l’antisémitisme de l’évangile de Jean. Les
fondamentalistes refusent les leçons de
l’expérience. C’est l’expérience qui a fait
passer l’Église du thomisme à l’existentialisme,
chez Rahner par exemple. Il en est de même pour
l’Église, peuple de Dieu et pour la séparation
de l’Église et de l’État. La liberté de
conscience ouvre la porte à la démocratie. En
changeant l’Église-institution, on peut changer
le monde parce que l’Église est la gardienne de
la tradition occidentale. J. Carroll, fils d’un
général, est connu pour avoir dénoncé la guerre
du Vietnam au cours d’une messe dans un parc
public peu après son ordination.
Finalement Matthew Fox était relativement peu
intéressant sauf par ses extraits de vidéo
concernant son affichage de ses 90 thèses à
Wittenberg (à la suite de Luther) et à nouveau à
Santa Maria Maggiore à Rome, dont le titulaire
est le Cardinal Law de Boston (sauvé de justesse
par Rome des scandales pédophiles dans son
diocèse de Boston). Il faut des conciles laïques
et pas un Vatican III. C’est le pape qui est
schismatique. La solidarité est l’opposé de
l’obéissance. Le courage est le signe de
l’Esprit. Il faut redécouvrir la prêtrise des
laïcs. Le Vatican tombera comme le mur de
Berlin.
Le clou fut la présentation de sœur Chittister,
qui allie profondeur et talent rhétorique. Elle
fut très bien présentée en tant que prophétesse
par Sœur Schenk. Sœur Chittister développe le
thème que tout évènement, de même que l’histoire
du peuple de Dieu, peut être interprété comme
bon ou mauvais. L’aspect mauvais a à voir avec
le rejet de diverses personnes. Le clergé ne
représente que 3 % des catholiques et dépend des
97 % restants pour ses ressources. La fonction
des laïcs est plus que « payer, prier et
obéir ». L’Église a besoin de plus que les
ressources financières des laïcs. Vatican II est
le « schème » de l’avenir. Beaucoup d’ordres
religieux majeurs furent fondés par des laïcs.
Toutes ces présentations sont disponibles
chez ACC sous forme de CD-Audio ou de DVD-Video.
En plus des plénières, le vendredi fut consacré
à des ateliers (19 en tout). Nous en avons
choisi deux, l’un portant sur les communautés
alternatives, l’autre sur les jeunes. Le premier
fut consacré à deux communautés dans la région
de Washington, NOVA et PAX. La première fut
autorisée initialement par le pasteur pour
mettre en œuvre Vatican II mais, éventuellement,
la communauté a dû trouver un autre local que
l’église paroissiale après un changement de
pasteur. Les deux communautés utilisent
l’homélie dialogue basée sur une préparation de
la liturgie dominicale avec le prêtre – un
prêtre appartenant à un ordre religieux mais non
diocésain – qui utilise alors cette préparation
pour son homélie. Les messes durent facilement
deux heures à cause du dialogue. Les
représentants de ces communautés ne cachent pas
qu’elles sont relativement éduquées et vivent
dans un environnement rempli de ressources
(Arlington, Va). La communauté n’a pas eu de
difficultés à recruter ces prêtres. Ces
communautés demeurent prudentes vis-à-vis des
femmes prêtres. Une autre communauté au North
Central Texas est mentionnée au cours de la
discussion (Voices for Renewal.org).
L’atelier sur les jeunes était mené par de
jeunes parents avec la participation de plus
jeunes, en majorité des filles. Un jeune garçon
(20-25 ans), le seul que nous avons rencontré, a
fait une intervention dans laquelle il a dit que
les problèmes de notre génération ne
concernaient pas la sienne, qui n’a pas connu
Vatican II. Pour sa génération, la problématique
est l’approfondissement de la spiritualité. Tout
ce qui est réforme institutionnelle ne
l’intéresse pas. Quelques renseignements
pratiques furent donnés, tel la nécessité de
grouper les activités religieuses avec des
activités profanes pour les jeunes et de rappels
fréquents. Les jeunes sont intéressés dans des
idées et pas dans des institutions. Ils sont
aussi attirés par des organisations avec un
objectif précis. Généralement les jeunes ne sont
pas intéressés dans des structures. C’est pour
cela que les jeunes libéraux sont attirés par
les religions orientales. Ils sont fort
influencés par la façon dont le message est
communiqué. Ils sont intéressés à devenir témoin
pour le long-terme.
Le document « Sounding of the faithful », qui
rapporte les résultats d’une enquête extrêmement
intéressante menée auprès de catholiques, fut
distribué à tous les participants et ses données
furent communiquées au congrès. De même, chacun
reçut copie du « Catholic Bill of rights and
responsibilities » et la feuille de commande des
audios et videos.
Philippe Crabbé
Réseau Culture et Foi
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