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Mgr Fernando Saenz Lacalle, archevêque de San
Salvador, El Salvador, a présenté sa démission
en raison de son âge, selon les normes actuelles
du Droit Canon. Ancien aumônier militaire,
membre de l’Opus Dei connu pour ses positions
conservatrices, sa présence à la tête du diocèse
fut difficile pour beaucoup. Il ne faut pas
oublier que le siège épiscopal en question fut
celui de Mgr Oscar Romero. Dans une lettre
signée par 60% des 584 prêtres diocésains
travaillant dans les 18 diocèses de tout le
pays, une majorité de prêtres expriment leurs
souhaits concernant la nomination d’un nouvel
archevêque.
San Salvador, décembre 2007
Éminence Révérendissime
Cardinal Giambatista Re
Sacrée congrégation des évêques
Cité du Vatican
Italie
Éminence,
Les soussignés, prêtres diocésains et religieux
des divers diocèses de la Province
ecclésiastique d’El Salvador, nous nous
adressons à votre Éminence pour lui faire
connaître en toute sincérité et très sincèrement
notre opinion en ce qui concerne le profil du
futur archevêque de San Salvador, suite à la
démission récente de l’actuel archevêque
Monseigneur Fernando Saenz Lacalle qui a
atteint, le 16 novembre, l’âge de 65 ans et
conformément à la prescription du Canon 401 du
Droit Canonique actuellement en vigueur.
Nous considérons de la plus haute importance que
ceux à qui revient en dernier ressort le choix
d’un nouvel évêque ou archevêque, écoute avec
sérénité ce que ressent et ce que pense une
partie du peuple de Dieu, prêtres et laïques,
pour que le poste vacant soit pris en charge par
la personne la mieux à même d’exercer cette
charge. En effet les tâches qui, actuellement
incombent à un évêque ou un archevêque sont très
délicates et de leur bon accomplissement dépend,
dans une grande mesure, la vie d’une Église
particulière. Dans le cas qui est le nôtre,
l’archevêque assume non seulement des tâches
archidiocésaines, mais sa personnalité est
importante au niveau de l’ensemble du pays car
en tant qu’archevêque il préside à l’ensemble
des autres évêques et sa parole est diffusée
dans tout le pays par tous les médias. Cet
aspect particulier du rôle de notre archevêque
nous conduit à unir nos voix pour suggérer très
respectueusement à votre Éminence ce que nous
considérons important et qui devrait être pris
en compte au moment de prendre une décision
concernant la personne du prêtre ou de l’évêque
qui doit assumer une aussi importante fonction.
En premier lieu, nous souhaitons suggérer que le
nouvel archevêque soit un prêtre ou un évêque
salvadorien
comme cela s’est passé depuis le premier évêque
de San Salvador en 1843, exception faite de
Monseigneur Fernando Saenz Lacalle qui vient de
se retirer. Cette condition le rend beaucoup
plus proche des fidèles dont il doit être le
guide et lui permettra d’intégrer plus
facilement les processus nationaux qui
s’enchaînent quotidiennement et auxquels il faut
apporter une réponse rapide et appropriée ; ce
qui, en bien des cas, n’est pas seulement le
fruit d’une réflexion mais aussi d’une façon
d’être et de vivre en accord avec le tempérament
caractéristique de chaque peuple.
En second lieu, qu’il appartienne au clergé
diocésain
car le soin des âmes sur un territoire
particulier appartient à leur identité
sacerdotale et lorsque les prêtres diocésains
sont incardinés ou affectés à une église
particulière, ils sont les premiers à se
consacrer totalement au service de celle-ci afin
d’apporter sa nourriture à une partie du
troupeau du Seigneur. En outre, ils forment avec
leur ordinaire (évêque diocésain) un collège
presbytéral unique et une famille à la
responsabilité de laquelle reviendra le soin
d’assurer la construction du Royaume de Dieu
dans le diocèse.
En troisième lieu, qu’il ait une expérience
approfondie du travail pastoral paroissial et
dans d’autres activités toujours au service de
la pastorale de l’ensemble du diocèse ou au
service des pastorales nationales.
C’est essentiellement au niveau de la paroisse
que nous, prêtres diocésains, apprenons à
nourrir les brebis qui nous ont été confiées ;
c’est là où tout ce qui a été appris au
séminaire prendra toute sa valeur et se
consolidera, et où, auprès du troupeau, le
prêtre mûrira dans tous les domaines, afin de
pouvoir devenir le pasteur dévoué, sage, donné
et totalement consacré à veiller les fidèles qui
lui ont été confiés. Il est indispensable que
l’évêque ait dans sa vie sacerdotale fait
l’expérience de la vie paroissiale, ce qui le
rendra apte à devenir ensuite le timonier d’un
diocèse ou d’un archidiocèse.
En quatrième lieu, l’évêque ou l’archevêque doit
faire preuve d’une sensibilité toute
particulière à l’égard de ceux qui souffrent le
plus de pauvreté et d’exclusion dans nos
sociétés où la polarisation entre pauvres et
riches se fait de plus en plus sentir.
Il devra avoir mis cette sensibilité à l’épreuve
lors de ses années de ministère sacerdotal
paroissial pendant lesquelles l’opportunité lui
aura été donnée de constater et de vivre de près
l’expérience vécue de prés au milieu de ses
fidèles l’extrême pauvreté qui condamne à la
misère, à la maladie et à toutes les formes
d’absences des nécessités de base telles que le
logement, la santé, l’éducation. Et face à cela
il aura dû agir comme le bon pasteur qui prend
sur ses épaules les brebis les plus affaiblies
et les plus abandonnées, tout en proclamant
courageusement la mission que Jésus nous a
laissée à travers les commandements des saints
évangiles et en se laissant guider par les
lumières qui émanent à profusion de la doctrine
sociale de l’Église.
En cinquième lieu, l’évêque ou l’archevêque doit
être un exemple de sainteté
pour tous ceux qui l’entourent et pour lesquels
il a été choisi afin d’être leur pasteur et leur
guide. Il doit être saint parce qu’il doit
servir l’Église comme maître, sanctificateur et
guide. Cette sainteté le conduira à mettre
l’accent sur une spiritualité de communion, ce
qui devra l’aider à vivre en harmonie avec ses
prêtres et le peuple de Dieu tout entier qui lui
a été confié. Qu’il fasse preuve à tout moment
de la miséricorde qui lui fera accorder une
attention particulière aux collaborateurs qui se
verraient affrontés à quelque danger ou qui
auraient commis quelque erreur.
Éminence, nous plaçons dans le Seigneur notre
confiance afin que cette lettre approuvée par un
nombre conséquent de prêtres des différents
diocèses du pays soit une opportunité
providentielle de pouvoir exprimer nos
inquiétudes face au prochain choix d’un nouvel
archevêque pour l’archevêché de San Salvador. Ce
que nous recherchons sincèrement c’est le bien
de notre Église et l’attention pastorale la
meilleure pour nos fidèles car le rôle d’un
évêque et tout particulièrement d’un archevêque
a une importance vitale. La situation que
connaît notre patrie n’est pas facile. Par
conséquent le besoin est urgent d’évêques
pasteurs possédant une maturité chrétienne et
humaine suffisante pour promouvoir des processus
de réconciliation, de retrouvailles entre des
groupes encore en situation d’affrontement, de
réunification du clergé et des fidèles laïques
et par-dessus tout qui fassent évoluer nos
communautés urbaines et rurales vers un travail
pastoral unifié et bien structuré qui nous donne
la possibilité de répondre aux gigantesques
défis que la réalité nous lance en ce moment.
Éminence, nous vous remercions de tout cœur de
l’attention que vous voudrez bien porter à
l’expression de ce sens de l’Église que nous
avons voulu manifester dans cette lettre que
nous avons l’audace de vous adresser, mais nous
réitérons que la seule chose que nous cherchons
c’est de créer les conditions les plus
favorables à construire le Royaume de Dieu parmi
nous, en lien avec nos pasteurs légitimes.
Que Dieu, Père tout puissant, présent parmi nous
dans l’enfant de la crèche de Bethléem, vous
accorde santé, sagesse et une immense espérance
afin d’orienter le travail de la Sacrée
congrégation des évêques qui est sous votre
responsabilité.
Vos frères dans le Christ, prêtre suprême et
éternel.
Dial –
Diffusion d’information sur l’Amérique latine –
D 2990.
Traduction d’Annie Damidot pour Dial.
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