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MANIFESTE (2ème partie) 
Redes cristianas

 


 

Sans autre prétention que d’être d’humbles porte-voix de l’Esprit, comme le fut en son temps l’auteur de l’Apocalypse face aux églises naissantes d’Éphèse jusque Laodicée, voici ce que l’Esprit pourrait dire aujourd’hui à l’Église et à la société :

1.  À l’Église de Dieu que se trouve chez les évêques des diocèses espagnols :

J’admire le zèle que tu déploies pour maintenir les traditions millénaires du passé, parmi lesquelles se trouve la mémoire de Jésus.

Mais j’ai contre toi que tu as cessé de le suivre dans sa vie de service et que tu t’es lancé à la conquête du pouvoir à n’importe quel prix. Tu as pris possession de la pensée dans tes rangs, réprimant durement toute critique et tout désaccord avec ce que tu appelles « la doctrine de l’Église ». Tu as oublié le statut d’égalité que mon serviteur Paul avait courageusement précisé : « Désormais, il n’y a plus de juif ni de grec, d’esclave ni d’homme libre, d’homme ou de femme, vu que toutes et tous ne formez plus qu’un dans le Christ Jésus » (Gal 3,28). Tu es en train d’ignorer le peuple chrétien et tu déprécies la femme. Contre ce qui devrait être ton rôle, tu es en train de rompre la communion dans mon Église. Tu défends au sein de la société un statut de privilège au nom d’Accords, quasi clandestins, (le Concordat de 1979) dont tu sais très bien qu’ils furent extorqués dans un moment de grande fragilité de la société civile, en marge de la Constitution Espagnole. A voir tes dignitaires déguisés en rouge et présents dans des manifestations antipopulaires, j’en rougis moi-même de honte pour vous. En cela je ne puis te louer.

Mesure où tu es tombée et reviens au bon sens et à cette attitude de service gratuit et miséricordieux que tu gardes au plus profond de ta meilleure tradition. Reconnais sans exclusions les statuts d’égalité, de liberté et de solidarité qui doivent régner dans mon Église et respecte ce pluralisme qui enrichit, car je vous ai toutes et tous faits à mon image et à ma ressemblance. C’est là que je veux te rencontrer; c’est là que je t’attends.

2.  À l’Église de Dieu qui est dans la légalité et dans les règles :

Je connais très bien tes façons de faire et je sais que tu es sérieuse et respectes les formes. Tu te trouves toujours du côté de la légalité qui a été fixée, que ce soit dans la société dans laquelle tu vis ou dans l’Église dont tu te vantes. Ce qui compte pour toi est la sécurité, l’ordre, la discipline. Tu accomplis le rite et tu gardes les lois.

Mais je connais très bien tes limites : tu ne penses pas plus loin que  toi-même, tu n’es pas universelle, même si tu l’affirmes dans le credo. Ton légalisme frise souvent l’injustice. Par exemple, quand dans l’enseignement, du défends cette troisième voie, la « concertée », qui se finance avec des fonds publics mais qui, justement, n’est pas ouverte à tous ; ou quand tu déprécies les différents types de famille qui ne sont pas la traditionnelle ; ou quand tu défends en public une philosophie et une éthique du début et de la fin de la vie, des pratiques sexuelles et du contrôle des naissances que, en privé, même pas toi ne pratiques ; ou quand tu fais de l’équilibrisme pour marier ce dont mon fils Jésus, qui en savait quelque chose – car il fut tenté sur ce point – disait que c’était impossible : marier Dieu avec l’argent.

Convertis-toi à la justice, même si tu dois dépasser ta propre légalité. La  proximité et la chaleur des gens  t’aideront généreusement à récupérer ton retard et ton déphasage avec le temps dans lequel tu vis. Mon salut, comme toujours, te viendra à partir d’en bas, à partir des pauvres et de la terre, victime de l’égoïsme qui l’exploite. Ici, en dessous, à la base, dans les racines de toute vie, c’est là que je t’attends.

3.  À l’Église de Dieu qui est à la base :

Tu es petite et parfois quasi insignifiante, comme le « reste » de l’ancien Israël. Mais en toi se vit la fidélité à l’utopie, à mon projet de Royaume que Jésus annonça avec toute sa vie. Tu utilises de grandes et belles paroles, comme égalité, fraternité, justice, miséricorde, liberté. Tu as beaucoup de témoins qui ont irrigué la planète de leur sang et ont engagé leur vie pour faire une société et une terre plus conforme à la dignité humaine.

Mais tu n’es pas non plus exempte de péché. Tu dois reconnaître avec humilité ton échec historique : tu n’as pas été capable de donner une autre orientation ni une autre logique au monde ni, non plus, à l’Église, alors que tu continues à dire que tout cela est possible. Tu t’es laissé contaminer par la logique du système dominant. Ton péché réside dans ta façon de t’accommoder par peur de l’insécurité et du futur. Mon Fils Jésus « n’avait pas où poser la tête » et toi, tu t’es entourée de tout un tas de choses. Si ne me surprennent pas les équilibrismes que fait la droite pour marier Dieu avec le pouvoir et l’argent, je me demande à ton sujet si tu serais disposée à faire pour l’humanité ce que la bourgeoisie a toujours fait à son profit pour maintenir ses injustes privilèges. Tu as trop de peur et te manque la confiance dans le fait que je suis toujours avec toi, travaillant à rendre possible cet autre monde et cette autre Église dont tu rêves.

Reconnais que je marche avec toi, à tes côtés, respectant ton initiative et t’encourageant à donner, contre vents et marées, raison de ton espérance.

4.  A la société civile qui s’accommode facilement avec le capitalisme néolibéral :

Je connais très bien ton engagement envers l’efficacité, le développement et la compétitivité ; je connais aussi les normes que tu te donnes pour protéger l’économie et le marché. En cela tu te montres la légitime héritière de cette phrase que l’on m’attribue à moi dans la Genèse (et dont je doute de l’avoir dit de cette manière) : « Soumettez la terre ; dominez-la » (Gn 1,28). C’est la folie à laquelle te poussent tes mauvais économistes et les politiciens médiocres qui te flattent. À ceux qui ont de fait le pouvoir, eux qui manipulent comme toujours de derrière la scène, n’importe guère l’autre société qu’ils excluent du monde et qui est actuellement majoritaire.

Mais j’ai contre toi que tu ne sais pas distribuer ce que tu produis, et que tu ne sais pas non plus produire ce dont tu as besoin. Tu es toujours en train de conspirer et de crisper l’ambiance générale, abîmant la terre et globalisant la misère, alors que tu es en train d’accumuler ce qui appartient à tous et dont tu n’as même pas besoin. Mais tu oublies qu’à toi aussi, comme au riche qui ne voyait pas le pauvre Lazare, au soir de ta vie, je vais te demander ton âme.

Corrige-toi et reconnais à quelles extrémités te conduit cette rêverie individualiste dans laquelle tu vis. Profite des nombreux talents que tu possèdes pour t’occuper plus et mieux des personnes et de la planète qui est le lieu que la vie habite. Dans l’effort pour dépasser ton propre égocentrisme et l’accumulation dont tu n’as pas besoin, dans la répartition équitable et juste tu me trouveras toujours à côté de toi.

5.  À la société qui est à la recherche d’alternatives :

Tu m’es toujours apparue comme sympathique, j’ai toujours eu un faible pour toi. Et ce n’est pas que tu aies été très croyante envers Dieu, c'est-à-dire envers moi – car tu ne l’es pas – mais parce que tu as maintenu l’espérance en l’avenir et que tu t’es occupée de répondre à cette question que moi, ton Dieu, je te fis, il y a déjà tellement longtemps, dans la Genèse : « Où es ton frère ? » (Gn 4,9).

Mais je suis attristé de voir comment, pour le moment, tu deviens craintive et accommodante. Tu es en train de rester à mi-chemin. Il est évident que j’applaudis ton engagement pour la paix et le rejet de la guerre, les mesures en faveur des immigrants, des mariages homosexuels, du soutien des femmes, de ceux qui dépendent vu leur santé déficiente, de la mémoire historique et bien d’autres positions.

Mais tu as peur d’aller jusqu’au bout et tu es en train de te laisser contaminer par certains aspects d’un nationalisme que l’on ne peut suivre. Pour cela, je ne puis t’applaudir.

Ne te laisse pas tromper par ces chants de sirène qui prétendent seulement laver le visage par de petites réformes alors qu’ils refusent de vouloir arriver aux grandes transformations que nécessite ce monde, le mien et le vôtre,  pour qu’il soit de toutes et de tous. Ce  dont tu rêves et que tu cherches à atteindre, comme cela s’est passé pour mon Fils Jésus en son temps, te situe dans un ailleurs : un autre temps et un autre lieu, qui est le terrain de l’utopie. Dans cette recherche d’alternatives pour pouvoir rapprocher toute vie de mon projet du Royaume tu me trouveras toujours à côté de toi ; bien que tu ne le souhaites pas ni ne doives le reconnaître.

6.  Aux croyants qui êtes à la recherche de la rencontre entre les religions :

Vous êtes de braves gens et je vous vois décidés à lancer des ponts entre les confessions religieuses par tous les moyens. Vous êtes nombreux et très différents. J’ai voulu m’approcher de vous sans violenter votre âme, sans détruire vos cultures. Et vous avez voulu répondre à mes ardents désirs de rencontre avec les moyens que vous avez eus à votre portée. Pour cela vous avez créé tant de confessions religieuses si différentes, chacune avec son originalité propre et sa richesse. Je vous aime beaucoup et moi-même j’incite vos désirs de rencontre.

Mais je vois avec regret et tendresse que le dialogue ne progresse pas parce que chacun préfère dialoguer à partir de sa propre maison, à partir de l’immobilité de son propre credo. Tout un chacun attend que les autres renoncent à leur position, déplacent leurs pièces, sans jamais, de leur côté, rien changer à leur tableau d’ensemble. Quelle absurdité ! Ce n’est pas là que j’aime que vous vous rencontriez. Que chacun prie et confesse le credo qu’il croit le plus vrai, mais qu’il n’ignore jamais que le rendez-vous que je vous fais n’est pas à l’intérieur des églises, mais bien dans le monde, dans la rue, dans l’incroyance, dans l’humanité. Et j’ai dans l’idée  que les thèmes identitaires sont en train de vous empêcher de vous rencontrer dans la société et dans la vie ; la  religion, les credos, vous séparent des marginaux, des pauvres. Et, pendant ce temps, les fils des ténèbres, les guerriers sans conscience, profitent de vous toutes et tous pour mener la guerre qui les intéresse.

Que celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises et à la société entière (Ap 3,22).

Un abrazo (je vous serre affectueusement contre moi).


(Traduction : Edouard Mairlot)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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