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Au Brésil, une théologienne catholique congédiée
pour avoir fait connaître des violences sexuelles du clergé
contre des femmes


 

Regina Soares Jurkewicz, coordinatrice de Católicas pelo Direito de Decidir (CDD Brésil) et depuis huit ans professeur à l'Institut théologique du diocèse catholique de Saint-André (São Paulo), a publié il y a quelques jours, les résultats de ses recherches pour une thèse de doctorat sur la violence sexuelle faite aux femmes par des membres du clergé catholique au Brésil. À travers ses recherches, financées par UNIFEM, elle arrive à la conclusion que l'Église  catholique brésilienne se place au-dessus de la loi du Brésil en occultant les cas d'abus au sein de l'Église, réduisant les victimes au silence et protégeant les agresseurs dans le but de dissimuler les crimes. Suite à une couverture extensive par les médias et à la présentation de son rapport, le 28 juin dernier, à São Paulo, Regina Soares a reçu une lettre laconique de l'Institut la démettant de ses fonctions d'enseignante avec effet au 30 juin, pour cause de « divergences » d'opinions. Cette décision a été prise de manière unilatérale, sans aucun dialogue avec Regina Soares Jurkewicz et sans tenir compte des huit ans de services rendus comme enseignante, sans que se produise le moindre incident.

Notification de licenciement, datée du 21 juin 2005

Professeure Regina,

Par souci de préserver votre liberté de pensée, garantie dans la Constitution brésilienne, mais également de droit divin, nous voudrions vous notifier par la présente votre déliement du corps enseignant de notre Institut de théologie, à partir du 30 juin 2005.

Cette décision résulte du fait que cette institution, bien que désirant vous garantir votre liberté de pensée, n'accepte pas [votre pensée] ni ne concorde avec celle-ci, et l'on se trouve donc dans une impasse sans issue.

Vous souhaitant du bonheur, nous vous remercions de votre collaboration jusqu'à maintenant.

Signé:

Prof. P. Edmar Antonio de Jesus - Directeur du corps enseignant
Prof. P. Pedro Teixeira de Jesus - Directeur de l'Institut de Théologie

Protestation de CDD Brazil (Catolicas pel direito de decidir) :
De nouveau une politique du silence !

Le 20 juin 2005 le magazine Epoca a publié une interview très remarquée de REGINA SOARES JURKEWICZ, membre de CATÓLICAS PELO DIREITO DE DECIDIR - BRASIL. L'interview présentait les résultats partiels de sa recherche sur le comportement évasif de l'Église  catholique du Brésil face aux dénonciations d'abus et de violences sexuels commis ces dernières années. Les cas étudiés montrent que la hiérarchie catholique, par peur du scandale et préoccupée de sauvegarder l'image de l'institution, a couvert ces cas se contentant de transférer les prêtres impliqués à d'autres paroisses.

Le 30 juin, nous avons appris, pour notre grande indignation, la nouvelle du licenciement de notre camarade Regina par l'INSTITUTO DE TEOLOGIA DA DIOCESE DE SANTO ANDRÉ, dans lequel elle enseigne depuis huit ans. Durant toutes ces années, elle a donné des cours dans cet institut, sans que la direction ne réalise qu'elle « ne concordait pas [avec] ni n'acceptait » sa pensée. Ce n'est que suite à la divulgation de sa recherche dans le magazine Epoca (20 juin 2005) que cette « discordance » a été découverte.

Cette attitude de la direction de l'Institut ainsi que de l'évêque diocésain montrent l'incapacité de la hiérarchie catholique à s'ouvrir au dialogue. Il est bien plus facile de réduire au silence les personnes qui ont une pensée différente à celle du pouvoir institué et qui osent parler, que de faire face aux contradictions internes qui sont en train de saper la crédibilité de l'église.
Sans aucun doute, ce n'est pas cette Église  à laquelle Jésus Christ a rêvé et pour laquelle il a donné sa vie.

L'acte de licenciement de la professeur Regina Soares est illégitime, basé uniquement sur la peur du débat, qui débouche sur le recours par les autorités ecclésiastiques à la censure ainsi qu'à des pratiques autoritaires sans fondement plausible.

Nous déplorons cette décision arbitraire et nous en sommes indignées.

Une fois de plus, l'option retenue est celle de la politique du silence, essayant de priver de parole quiconque veut contribuer à ce que la justice et la vérité puissent vaincre sur l'obscurantisme et la peur!

Lettre du Réseau Culture et Foi aux autorités de l’Institut de théologie du diocèse de Saint-André

Aux professeurs
Pedro Teixeira de Jesus – Recteur
Edmar Antonio de Jesus – Directeur du Corps enseignant
Institut de théologie du Diocèse de Saint-André (São Paulo, Brésil)

itesa@pop.com.br

Le Réseau Culture et foi (Canada) apporte son soutien au mouvement d'indignation causé par la  récente mise à pied de Mme Regina Soarez Juskewicz.  Se peut-il que de nos jours encore l'Église veuille imposer le silence à ses théologiens et théologiennes qui tentent de faire un travail d'Église.  Qu'il y ait des abus sexuels parmi le clergé, plus personne n’en doute.  C'est un scandale dans le vrai sens du mot.  Mais pourquoi pénaliser la théologienne qui veut apporter un éclairage sur ce problème plutôt que de poursuivre les fauteurs. 

Nous prions les autorités locales de prendre position en faveur de Mme Jurkewicz et de la réinstaller à son poste, même si cela déplaît au Vatican. 

Jean Trudeau, pour le Réseau Culture et Foi 
Le 9 juillet 2005

 

 

 

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