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C’est la première fois que Marie fait l’objet d’un
document international officiel de dialogue entre
Églises. Le rapport « Marie, grâce et espérance
dans le Christ » rendu public par la Commission
internationale anglicane-catholique romaine (ARCIC),
le lundi 16 mai 2005 à Seattle (États-Unis), et le
jeudi 19 mai à Londres, est la conclusion d’un
travail de cinq ans d'un groupe mixte de 20
théologiens. Il n’a pas valeur de « déclaration
d’autorité » des deux Églises, mais il a été
soumis à l’examen et à l’évaluation des deux
Églises, qui en ont
autorisé la publication, ce qui est une décision
importante en soi.
En 2003, à la suite de l’approbation par l’Église
épiscopalienne (anglicane) des États-Unis de la
consécration d’un évêque homosexuel, le Vatican
avait demandé la « mise en attente » de la
publication d’une « déclaration commune de foi »
entre les deux Églises, tout en « s’engageant à
continuer le dialogue ». La publication de ce
rapport prouve donc que les ponts ne sont pas
totalement coupés.
Pourtant, la promulgation des deux dogmes mariaux
par le pape, en 1854 (l’Immaculée Conception) et
en 1950 (l’Assomption),
constituent toujours un problème aux yeux des
anglicans, qui ont toujours critiqué la dévotion
mariale comme elle est pratiquée au sein de
l’Église catholique.
«L’Immaculée Conception n’est pas contraire à
l’Écriture»
C’est particulièrement sur ces dogmes que l’on
attendait le rapport de Seattle. De fait, « il
marque une avancée importante », déclarait au
journal « La Croix » le jésuite Bernard Sesboüé,
co-président du groupe des Dombes. Les deux
parties s’accordent en effet à reconnaître que
l’Assomption de Marie se trouve en « consonance
avec l’Écriture, et que l’Immaculée Conception
n’est pas contraire à l’Écriture ».
ARCIC est parvenue à ces conclusions en rappelant
que, pour les anglicans comme pour les
catholiques, « il ne peut y avoir qu’un seul
médiateur entre Dieu et les hommes,
Jésus-Christ », et donc qu’il faut rejeter « toute
interprétation du rôle de Marie qui obscurcit
cette affirmation ». Ensuite, la commission se
livre à une étude scripturaire : un regard croisé
anglican-catholique sur la manière dont les
Écritures, y compris l’Apocalypse, parlent de
Marie.
Après les Écritures, le rapport se penche sur la
Tradition commune aux deux Églises (Pères de
l’Église, Moyen-Âge). Grâce à ce passage en commun
par les Écritures et la Tradition, et après une
évocation de la position des réformateurs, les
membres de la commission anglicane-catholique
aboutissent à une proposition commune sur les deux
dogmes en question.
Grand progrès dans l’ouverture entre anglicans et
catholiques
Pour ce qui est de l’Immaculée Conception, le
rapport écrit : « Nous pouvons affirmer ensemble
que l’œuvre rédemptrice du Christ rejaillit « par
avance » sur Marie dans les profondeurs de son
être et à ses tout premiers débuts. » « Ce n’est
pas contraire à l’Écriture », affirme le texte. En
conclusion, « les catholiques romains peuvent
reconnaître en cela ce qui est affirmé par le
dogme, à savoir que Marie fut préservée de toute
souillure du péché originel » et ce « au premier
instant de sa conception ».
Le rapport affirme, à propos de l’Assomption :
« Étant donné la compréhension à laquelle nous
sommes parvenus pour ce qui concerne la place de
Marie dans l’économie de l’espérance et de la
grâce, nous pouvons affirmer ensemble que
l’enseignement disant que Dieu a pris la
bienheureuse Vierge Marie, dans la plénitude de sa
personne, dans la gloire, est un enseignement en
consonance avec l’Écriture. »
Quelle autorité donnera-t-on à ces deux
formulations dogmatiques? Les anglicans se
demandent si on leur imposera les définitions de
1865 et de 1950 comme condition d’une future
restauration de la pleine communion.
Le P. Sesboüé, dans sa déclaration au journal « La
Croix », affirme que le document innove en
proposant dans une note en bas de page que
« l’acceptation explicite de la formulation
précise des définitions de 1854 et de 1950
pourrait ne pas être requise des croyants qui
n’étaient pas en communion avec Rome quand elles
furent définies. Inversement, les anglicans
devraient accepter que ces définitions sont une
expression légitime de la foi catholique ».
Anglicans et catholiques, dans ce document, vont
donc très loin dans l’ouverture mutuelle. Ils
rejoignent d’ailleurs les propositions du Groupe
des Dombes* dans son travail sur Marie.
On ne sait pas encore quelle sera la réponse des
Églises. Les derniers travaux d’ARCIC, dits ARCIC
II, publiés il y a plus de dix ans, n’ont
toujours pas fait l’objet d’une réception
officielle par l’Église catholique.
v
Groupe des Dombes :
Ce groupe de dialogue œcuménique réunit une
quarantaine de théologiens protestants et
catholiques dans un esprit d’échange et d’écoute
mutuelle remarquable. Depuis les années 70, il a
produit d’importants documents sur divers thèmes
qui font partie du contentieux entre les Églises.
En 1997et 1998, ils publiaient
Marie dans le dessein de Dieu et la communion des
saints (2 vol. : Dans l’histoire et
l’Écriture; Controverse et conversion). Vient
de paraître leur dernier document : sous le titre
Un seul Maître, il traite de l’autorité
dans l’Église.
Notons que, dans les années 90, des femmes se sont
ajoutées au groupe… Notons aussi que l’accord
anglicans/catholiques intervient au moment où le
dialogue interreligieux réactualise et complexifie
la problématique du Christ médiateur universel,
où les interrogations théologiques sur le péché
originel dans le contexte scientifique qui est le
nôtre rejaillissent sur le dogme de l’Immaculée
Conception…
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