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En
1995, un petit groupe de laïcs et de prêtres
autrichiens, réunis à Innsbruck, lançait une pétition
en cinq points pour le renouveau dans l’Église.
C’était le début d’un mouvement qui donna
naissance à Nous
sommes l’Église (Autriche) et plus tard à IMWAC
(International Movement We Are Church). Après
huit ans, après 500 000 signatures en Autriche et
des millions à travers le monde, Ingrid Thurner
fait le point. Elle s’adresse aux signataires
autrichiens, mais son analyse et ses paroles
d’espérance conviennent à beaucoup d’autres
pays. On peut lire la
version française de La
requête du Peuple de l’Église sur le
site de Nous sommes aussi l’Église
(France).
Vous
qui êtes les membres de notre association et les
abonnés de notre publication le savez bien :
votre signature n’a pas été donnée en vain et
dans les huit années qui ont suivi le succès
fulgurant de 1995, bien des choses ont été réalisées.
Des fractions importantes de l’opinion publique
ont toutefois l’impression que nous nous sommes
endormis doucement ou que notre requête a échoué,
car en fait pas une seule des 6 exigences exprimées
dans la Requête du Peuple de l’Église
en faveur de réformes structurelles au sein de
l’Église catholique romaine n’a été
satisfaite. Au contraire :
§
On
ne peut dire qu’une valeur égale soit reconnue
à tous les croyants, que le fossé qui sépare le clergé
des laïcs ait été comblé ou même qu’une
participation aux délibérations et aux décisions
ait été accordée pour les nominations d’évêques.
§
L’ouverture
au diaconat permanent pour les femmes a été une
fois de plus rayée de l’ordre du jour, l’accès
des femmes au ministère du prêtre semble être
encore moins possible que jamais, seule la
participation aux délibérations et aux décisions
des femmes dans toutes les instances de l’Église
progresse lentement mais sûrement – mais il est
vraisemblable qu’on n’aurait pas eu besoin
pour cela de la Requête du Peuple de l’Église.
Notre Église renonce néanmoins de gaieté de cœur
à la richesse qu’offrent les femmes en matière
de compétences et d’expériences de la vie –
spécialement aussi dans les ministères et les
fonctions de gouvernement. .
§
On
ne cesse d’apporter de nouveaux éléments pour
consolider le lien entre le ministère du prêtre
et l’état de célibat (dernièrement dans l’Encyclique
Ecclesia de Eucharistia) bien que le célibat
ne soit pas une condition absolue imposée par la
Bible et le dogme, mais ait mûri dans
l’histoire et soit donc modifiable. Il est une
des causes essentielles de la situation
regrettable et même hautement inquiétante de la
pastorale – non seulement chez nous, mais aussi
dans le monde entier.
§
Nous
sommes toujours tout aussi éloignés de la
reconnaissance accordée aux décisions prises par
une conscience responsable dans les questions de
morale sexuelle (par exemple à propos de la régulation
des naissances) que d’une attitude humaine à la
place de condamnations globales (concernant par
exemple les relations prénuptiales ou dans la
question de l’homosexualité), avec pour conséquence
que la majeure partie des catholiques, hommes et
femmes, ne prenne pratiquement plus les
prescriptions de l’Église dans le domaine
sexuel pour repères et les refuse comme étant
irréalistes et utopistes.
§
Et
ne l’oublions pas : « une
proclamation de bonheur, et non un message de
menaces » retentit bien peu dans les
documents ou les déclarations des instances
officielles aux oreilles des personnes qui
connaissent dans leur vie des situations
difficiles (par exemple les divorcés remariés ou
les prêtres mariés privés de ministère) –
mais, Dieu merci, elle leur est bel et bien adressée
localement par de nombreux pasteurs et par
d’autres chrétiens qui cherchent et qui
trouvent des solutions en faisant preuve de
beaucoup de compréhension et de psychologie, se
situant ainsi dans une mesure suffisante à la
frange du Droit Canon quand ils ne vont pas
jusqu’à en franchir les limites – suivant en
cela leur conscience, pour l’amour des hommes.
Les
nombreuses signatures (plus de 500.000) collectées
en Autriche en faveur de la Requête du Peuple
de l’Église l’ont-elles donc été en
vain ?
Non,
elles n’ont pas été inutiles. Elles ont eu de
nombreux effets qui auraient été impensables il
y a 8 ans. Elles en ont eu plus qu’on ne le
croit communément. Et leur influence se poursuit,
même si elle n’est pas aussi spectaculaire et
si elle n’a pas une incidence aussi médiatique
qu’au printemps de l’année 1995. La réforme
de l’Église a besoin de beaucoup de souffle (même
si celui-ci menace parfois de me manquer), d’une
confiance profonde dans la force de l’Esprit de
Dieu, sans oublier les innombrables catholiques,
hommes et femmes, qui, sans baisser les bras et en
dépit de toutes les résistances, vivent les
convictions de leur foi et de leur conscience –
que ce soit à temps ou à contre temps.
Dans
son document post-synodal intitulé Christi
Fideles Laici daté de décembre 1988 et
portant sur la vocation et la mission des fidèles
dans l’Église et dans le monde, le Pape confie
sous le titre « Pourquoi restez-vous là
toute la journée à ne rien faire ? »
la consigne suivante au cœur des laïcs :
« Les réalités nouvelles dans l’Église,
la société, l’économie, la politique et la
culture requièrent aujourd’hui avec une
insistance particulière l’engagement des laïcs.
Se soustraire à cette responsabilité a été de
tous temps une erreur. Mais aujourd’hui cela
constitue une faute grave. Il n’est permis à
personne de rester inactif. »
Quand
nous jetons aujourd’hui un regard sur notre Église
qui véritablement donne souvent « des
signes de vieillesse », et l’impression
d’être endormie, sclérosée, lasse et « marquée
par des temps révolus », nous n’avons pas
le droit d’en rejeter la responsabilité
uniquement à son gouvernement. Tout est entre nos
mains. Nous sommes tous cette Église que nous
marquons de notre empreinte – elle est aussi
vivante, aussi confiante, tout aussi tournée vers
l’avenir, mais également tout aussi lasse , résignée
et figée que chacun et chacune d’entre nous.
La Requête
du Peuple de l’Église et les signatures
qu’elle a recueillies ont fourni une expression
de vie, de confiance et d’espoir dans
l’avenir. Et tout cela ne se dissipe pas tout
simplement dans l’atmosphère (même si bien des
gens en nourrissent l’espoir). J’aimerais
aussi vous rappeler que vous avez également
apporté votre signature à cette phrase :
« Les points mentionnés sont des objectifs
que l’Église devrait, au nom de sa mission, du
message apporté par le Christ et des exigences de
notre époque, atteindre le plus rapidement
possible. Nous nourrissons l’espoir que la réalisation
de ces buts pourra se faire progressivement. »
Personne
d’entre nous n’a eu la naïveté d’espérer
que cela pourrait arriver en l’espace de 5 ou 10
ans. Dans une Église dont la pensée se mesure en
siècles et qui met le cap plus sur un passé
qu’elle glorifie que sur un avenir incertain, on
ne pouvait s’attendre à une réforme dans un
laps de temps aussi court. Malgré cela cette réforme
est depuis longtemps en marche et à mon avis on
ne pourra plus l’arrêter.
En
nombre incalculable des chrétiens, hommes et
femmes, ont pris une conscience plus aiguë de
leur vocation et de leur mission. Ils ne
commencent plus par demander : « Mais
est-ce qu’on a bien le droit de faire ça ? »,
mais ils font, au nom de leur foi, ce qui est nécessaire.
Jamais
encore dans l’histoire de l’Église il n’y a
eu autant de femmes et d’hommes qui s’engagent
en elle et, en étant Église, en faveur des
hommes et qui accourent partout où, au sens
propre, « les ouvriers font défaut ».
Jamais encore il n’y a eu en une telle quantité
des hommes [et des femmes] formés à la théologie,
mûris dans leur foi et dans leur vie, qui ont été
prêts à mettre à la disposition des autres
leurs dons et leurs compétences. Et jamais encore
il n’y a eu autant de domaines de la pastorale
qui ont reçu les bénédictions qu’apporte
l’activité des laïcs. Tout cela n’est pas
seulement le mérite de la Requête du Peuple
de l’Église, mais elle a à coup sûr
contribué à cette prise de conscience.
Nous
sommes « des membres vivants de l’Église
et les acteurs de sa mission porteuse de salut »,
et cela correspond, d’après les propos de
Jean-Paul II dans Christi Fideles Laici, à
la nature la plus profonde de tout chrétien. Nous
prenons cet appel au sérieux et nous vivons en
conséquence, parce que nous savons que Dieu nous
a adressé cet appel et nous a donné ce pouvoir.
Jean-Paul
II ne cesse de nous y exhorter : « N’abandonnez
pas le dialogue ! » Et nous cherchons
toujours à maintenir ce dialogue avec les évêques
d’Autriche. Sans connaître malheureusement un
grand succès. On nous répond le plus souvent par
le silence, dans le meilleur des cas par un refus
aimable de propositions
diverses. Et les invitations que nous adressons à
nos manifestations suscitent un mépris de
principe ou une réponse du type « Nous
n’avons pas le temps » ou encore des
propos pleins de tristesse relatifs à nos
objectifs. Parmi les évêques diocésains d’Autriche
on constate néanmoins des exceptions dont il faut
pleinement faire l’éloge.
On
ne cesse de nous demander pourquoi, au nom du ciel
et malgré tout, nous prenons sur nous toute la
peine qu’entraîne
notre engagement. Si nous le faisons,
c’est par amour pour l’Église et parce que
cette Église est aussi importante à nos yeux et
non –
comme on nous en prête souvent l’intention –
parce que nous voudrions lui faire du tort ou la
diviser. Etant la mère de trois enfants adultes,
je sais tout ce que la famille entière a appris
à l’aide de différends et de conflits, et –
disons le en passant – ce que des pères peuvent
parfois aussi commettre comme erreur. « L’Église
qui est mère » et ceux qui en sont les Pères
apprendront-ils et accepteront-ils un jour que des
« enfants rebelles » n’apportent pas
seulement des ennuis, mais aussi des
enrichissements, c’est là ce que je ne puis
qu’espérer. Mon espoir est aujourd’hui que
vous reconnaissiez ce qui est advenu de votre
signature et je vous remercie de votre fidélité
à l’association Plate-forme « Nous
sommes Église », dont l’objectif
statutaire est entre autres « de renforcer
en Autriche la conscience que les membres de l’Église
catholique romaine ne sont pas seulement des éléments
de cette Église, mais qu’au sein de celle-ci
(et à l’extérieur) c’est une responsabilité
qui leur revient également à tous ».
Ou
bien, pour parler avec l’apôtre Paul :
L’heure
est venue
de
sortir de votre sommeil.
Car
aujourd’hui le salut est plus proche de nous
qu’à
l’époque à laquelle nous avons accédé à la
foi .
Extrait
du Bulletin de liaison de la Plate-forme
« Nous sommes Église » (Autriche)
Traduit
de l’allemand par Jean Courtois (Lyon)
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