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Lettre à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (Vatican)
Roy Bourgeois, prêtre missionnaire de Maryknoll

 

 


Roy Bourgeois, prêtre missionnaire de Maryknoll, est un militant de longue date: il est le fondateur de SOA Watch qui lutte depuis 19 ans pour la fermeture de l'École des Amériques de l'armée des États-Unis, école qui a "formé" les dictateurs et tortionnaires qui ont commis des atrocités dans tous les pays du sous-continent. Il est présentement menacé d'excommunion par le Vatican pour avoir pris publiquement position en faveur de l'ordination des femmes dans l'Église catholique.

 

J’ai été très attristé par votre lettre datée du 21 octobre 2008, me donnant trente jours pour renier ma conviction et mes positions publiques appuyant l’ordination des femmes dans notre Église, sous peine d’être excommunié.

Je suis prêtre catholique depuis 36 ans et j’ai un amour profond pour mon Église et mon ministère.

Quand j’étais jeune militaire, j’ai senti que Dieu m’appelait à la prêtrise. Je me suis joint à Maryknoll et j’ai été ordonné en 1972.

Durant ces années, j’ai rencontré un grand nombre de femmes dans notre Église qui, comme moi, se sentaient appelées par Dieu à la prêtrise. Vous, les leaders de l’Église au Vatican, vous nous dites que les femmes ne peuvent pas être ordonnées.

Avec tout le respect que je vous dois, je crois que l’enseignement de notre Église catholique a tort sur cette doctrine qui ne résiste pas à l’analyse. Un rapport de la Commission pontificale biblique de 1976 appuyait la recherche des spécialistes en Écriture sainte, des canonistes et de nombreux fidèles catholiques qui avaient étudié et soupesé les Écritures et avaient conclu qu’il n’y a pas de justification biblique pour exclure les femmes de la prêtrise.

Comme peuple croyant, nous professons que l’invitation au ministère de la prêtrise vient de Dieu. Nous professons que Dieu est la source de la vie et qu’il a créé l’homme et la femme dans une égalité de statut et de dignité. La doctrine en cours de l’Église catholique sur l’ordination des femmes implique que le Dieu tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre, est en sorte incapable d’habiliter une femme à être un prêtre.

Des femmes dans notre Église nous disent que Dieu les appelle au sacerdoce. Qui sommes-nous, les hommes, pour  dire aux femmes : « Notre appel est valide, mais pas le vôtre. » Qui sommes-nous pour trafiquer l’appel de Dieu?

Le sexisme autant que le racisme est un péché. Peu importe les grands efforts et le temps que nous mettons pour justifier la discrimination, à la fin, cela demeure toujours immoral.

Des centaines de temples dans l’Église catholique aux États-Unis se ferment à cause d’un manque de prêtres. Pourtant il y a des centaines de femmes engagées et prophétiques qui nous disent que Dieu les appelle à servir notre Église comme prêtres.

Si nous devons avoir une Église vigoureuse et en santé, enracinée dans les enseignements de notre Sauveur, nous avons besoin de la foi, de la sagesse, de l’expérience, de la compassion et du courage des femmes dans le sacerdoce.

La conscience est quelque chose de très sacrée. La conscience nous donne un sens de ce qui est bien et mal. C’est la conscience qui a poussé Franz Jagerstatter, un humble paysan autrichien, mari et père de quatre jeunes enfants, à refuser de se joindre à l’armée de Hitler, ce qui a mené à son exécution. C’est la conscience qui a poussé Rosa Parks a affirmer qu’elle ne pouvait plus continuer d’aller s’asseoir à l’arrière de l’autobus. C’est la conscience qui pousse les femmes dans notre Église à dire qu’elles ne peuvent plus demeurer silencieuses et désavouer leur appel de Dieu à la prêtrise. C’est la conscience qui a forcé ma chère mère et mon cher père, maintenant âgées de 95 ans, de toujours chercher la rectitude comme fidèles catholiques en élevant quatre enfants. C’est ma conscience qui m’oblige à faire la bonne chose. Je ne peux pas renier ma conviction ni mes positions publiques concernant l’ordination des femmes dans notre Église.

Travailler et lutter pour la paix et la justice font partie intégrale de notre foi. C’est pour cette raison que je parle contre la guerre en Irak. Et que durant les dix-huit dernières années, j’ai parlé ouvertement contre les atrocités et les souffrances causées par l’École des Amériques (SOA). Il y a huit ans, alors que j’étais à Rome pour une conférence sur la paix et la justice, j’ai été invité à parler de l’École des Amériques à la radio Vatican. Durant l’entrevue, j’ai affirmé que je ne pouvais pas parler de l’injustice par rapport à l’École des Amériques et demeurer silencieux sur l’injustice commise dans mon Église. J’ai terminé l’entrevue en disant : « Il n’y aura jamais de justice dans l’Église catholique tant que les femmes ne seront pas ordonnées. » Je demeure fidèle à cette conviction aujourd’hui.

Avoir un clergé tout mâle implique que les hommes sont dignes d’être prêtres catholiques, et que les femmes ne le sont pas.

D’après USA TODAY, le 28 février 2008, seulement aux États-Unis, près de 5 000 prêtres catholiques ont abusé sexuellement plus de 12 000 enfants. De nombreux évêques, au courant des abus, sont demeurés silencieux. Ces prêtres et ces évêques n’ont pas été excommuniés. Mais les femmes appelées par Dieu et qui sont ordonnées pour servir le peuple de Dieu, ainsi que les prêtres et les évêques qui les appuient, sont excommuniés.

Le silence est la voix de la complicité. C’est pourquoi j’en appelle à tous les catholiques, aux confrères prêtres, aux évêques, au pape Benoît XVI et à tous les leaders de l’Église au Vatican, de parler haut et fort contre cette injustice grave d’exclure les femmes de la prêtrise.

L’archevêque Romero du Salvador a été assassiné à cause de sa défense des opprimés. Il a dit : « Que ceux qui ont une voix, parlent pour les sans-voix. »

Notre Dieu aimant nous a donné une voix. Parlons clairement et bravement et marchons en solidarité comme Jésus le ferait, avec les femmes de notre Église qui sont appelées à la prêtrise.

En paix et justice,


Rev. Roy Bourgeois, M.M.
PO Box 3330, Columbus, GA 31903

 


 

Roy Bourgeois, qui est prêtre depuis 36 ans, a assisté à l’ordination de Janice Sevre-Duszynska à Lexington, Kentucky, le 9 août 2008  et y a prêché l’homélie.

Si Bourgeois est excommunié au trentième jour, cela se produirait juste avant le grand rallye de protestation contre l’École des Amériques de l’armée étasunienne à Fort Benning en Géorgie, rallye que Bourgeois organise depuis 19 ans. Durant les dernières années, plus de 15 000 personnes, beaucoup d’entre elles étant des étudiants universitaires catholiques, ont joint ces trois journées de rallye et de manifestation.

Roy a été ordonné prêtre pour la congrégation étasunienne de Maryknoll en 1972 et a été envoyé en Bolivie. Après cinq ans de ministère auprès des pauvres, il a été déporté pour avoir pris position contre le dictateur Hugo Banzer, qui avait gradué à l’École des Amériques. En 1980, le Père Bourgeois est devenu un farouche opposant aux politiques du gouvernement de Washington en Amérique latine, lorsque quatre missionnaires étasuniennes, Jean Donovan, Sœur Maura Clarke, Sœur Ita Ford et Sœur Dorothy Kazel furent violées et tuées par un escadron de la mort composé de membres de la Garde nationale du Salvador. En 1990, il a fondé SOA Watch, une organisation de surveillance de l’École des Amériques dans le but de la faire fermer par des gestes non-violents. L’École fut rebaptisée en 2001 comme l’Institut de l’hémisphère occidental de coopération pour la sécurité (WHINSEC). En 1998, Bourgeois a été témoin devant le juge espagnol Garzon qui demandait l’extradition du Général Pinochet, dictateur du Chili.

 


 

TÉMOIGNAGE D’UN PRÊTRE QUÉBÉCOIS :


Je me sens personnellement touché par son courage et par l'urgence de nous solidariser pour bâtir une Église nouvelle où les hommes et les femmes seront en pleine égalité de statut et de dignité. Nous ne pouvons continuer à tolérer qu'au nom de Jésus de Nazareth, on continue à promouvoir la discrimination et l'exclusion dans notre Église.

Nous avons besoin de restaurer le dialogue, de permettre la dissidence, et d'éliminer tout vestige de dictature dogmatique, d'autoritarisme et de machisme, toutes choses profondément mauvaises et qui éteignent le Souffle divin dans le coeur des croyantes et des croyants. Cessons ces menaces et excommunications!

 Buvons enfin l'eau de la Samaritaine, cette fondatrice de l'Église de Samarie, dont la vocation a été confirmée par le Messie en personne. Du milieu de nos communautés, j'entends partout ce cri de Diane Dufresne: "Donnez-moi de l'oxygène!"

 Claude Lacaille, p.m.é.

 

 

 

 

 

 

 

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