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Ordination des femmes : le père Roy Bourgeois refuse de se rétracter

 

 

 

Le 29 mars 2011, le père Roy Bourgeois a reçu des chefs de sa communauté, la Maryknoll Society (congrégation catholique américaine de pères et frères des missions étrangères), un avertissement canonique lui donnant quinze jours pour affirmer que, contrairement à ses déclarations antérieures, il ne croit pas que les femmes soient, au même titre que les hommes, appelées à exercer le ministère sacerdotal au sein de l’Église catholique romaine. À défaut d’obéir avant le mardi 12 avril, était-il précisé, il allait recevoir un second avertissement canonique de ses supérieurs le prévenant qu’ils s’adresseraient à la Congrégation pour la doctrine de la foi pour soumettre leurs raisons de l’expulser de la communauté et demander qu’il soit rendu à l’état laïque. Voici la réponse du père Bourgeois.

Rev. Edward Dougherty, M.M., Superior General
Maryknoll Fathers and Brothers
P.O. Box 303 Maryknoll, NY 10545

Le 8 avril 2011

Père Dougherty, Membres du Conseil général,

Maryknoll est ma communauté, ma famille, depuis 44 ans. C’est donc avec une grande tristesse que j’ai lu votre lettre du 18 mars, m’ordonnant de répudier mes convictions et déclarations favorables à l’ordination des femmes sous peine d’être expulsé de Maryknoll.

Jeune militaire, j’ai entendu l’appel de Dieu à la prêtrise. Je suis entré à Maryknoll et j’ai reçu l’ordination. Je suis reconnaissant d’avoir trouvé le bonheur, le sens de la vie et l’espérance que je cherchais.

Depuis vingt ans je milite, en paroles et en actes, contre l’injustice infligée à l’Amérique latine par l’École des Amériques et la politique étrangère des États-Unis. Mais au fil du temps j’ai découvert une injustice beaucoup plus proche de nous, une injustice au sein de mon Église.

Des femmes catholiques vouées à l’Évangile se croient appelées par Dieu au sacerdoce mais n’y ont pas accès parce que l’Église enseigne que seuls des hommes baptisés peuvent devenir prêtres. Prêtre depuis 38 ans, je crois que cet enseignement est contraire tant à la foi qu’à la raison et ne résiste pas à l’examen, pour les raisons suivantes:

1.    Nous, catholiques, croyons que les êtres humains ont été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu et qu’hommes et femmes sont égaux devant Lui. Refuser la prêtrise aux femmes, c’est inférer que les hommes leur sont supérieurs.

2.    Les prêtres catholiques affirment que l’appel au sacerdoce est un don qui vient de Dieu. Comment les hommes peuvent-ils dire aux femmes que leur appel à eux est vraiment de Dieu, et leur appel à elles inauthentique? Qui sommes-nous pour nier l’appel de Dieu aux femmes? Je crois que notre Créateur, la Source de la vie, qui a fait le soleil et les étoiles, est sans nul doute capable d’appeler des femmes à la prêtrise.

3.    On fait valoir que les femmes ne peuvent pas être prêtres parce que Jésus n’a pris que des hommes pour apôtres. À ce qu’on sache, Jésus n’a ordonné personne. En outre il a fait d’une femme, Marie de Magdala, le premier témoin de sa Résurrection, fondement de notre foi. On a dit de Marie Madeleine qu’elle était l’apôtre des apôtres.

4.    En 1976, un rapport de la Commission biblique pontificale, formée des meilleurs spécialistes du Vatican en Écriture sainte, conclut qu’aucun fondement scripturaire ne justifie le refus de l’ordination des femmes. Bien des Églises chrétiennes (épiscopale, méthodiste, luthérienne, presbytérienne; Église unie du Christ; et autres) affirment que Dieu appelle les femmes au sacerdoce et confèrent l’ordination à des femmes. Pourquoi pas l’Église catholique?

5.    «Il n'importe donc plus que l'on soit […] homme ou femme; en effet, vous êtes tous un dans la communion avec Jésus Christ» écrit saint Paul (Ga 3,28). Et le concile Vatican II, dans la constitution pastorale Gaudium et Spes sur l’Église dans le monde de ce temps, affirme que «toute forme de discrimination […] fondée sur le sexe […] doit être dépassée et éliminée, comme contraire au dessein de Dieu» (paragr. 29).

Après mûre réflexion, et de nombreux échanges avec d’autres prêtres et avec des femmes, je pense que c’est le sexisme qui explique l’exclusion des femmes de la prêtrise. Le sexisme est un péché, comme le racisme. Quels que soient nos efforts pour justifier la discrimination à l’égard des femmes, au bout du compte, elle demeure contraire au dessein de Dieu. Le sexisme est de l’ordre du pouvoir. Influencés par la culture cléricale, bien des prêtres catholiques envisagent l’ordination des femmes comme une menace à leur pouvoir.

Notre Église est aujourd’hui en crise, à cause des scandales sexuels et de la fermeture de centaines d’églises occasionnée par le manque de prêtres. Quand je suis entré à Maryknoll, nous étions plus de 300 séminaristes. Aujourd’hui la communauté en compte dix. Depuis des années nous prions pour les vocations. Dieu exauce nos prières: il nous envoie des femmes prêtres. Les femmes forment la moitié de la population. Pour que l’Église soit vivante et en bonne santé, nous avons besoin de la sagesse, de l’expérience et de la parole de femmes engagées dans le sacerdoce.

Les catholiques croient à la primauté de la conscience et à son caractère sacré. La conscience est sacrée parce que c’est elle qui nous donne le sens du bien et du mal et nous incite au bien. C’est elle qui a poussé un humble fermier autrichien du nom de Franz Jagerstatter, marié et père de quatre enfants, à refuser de combattre dans l’armée hitlérienne, au prix de sa vie. Elle qui a poussé Rosa Parks à dire qu’elle ne pouvait plus s’asseoir à l’arrière de l’autobus [dans la partie réservée aux noirs]. Elle qui pousse des femmes de notre Église à rompre le silence et à reconnaître l’appel à la prêtrise que Dieu leur adresse. Elle qui me fait dire publiquement que l’exclusion des femmes de la prêtrise inflige un tort grave aux femmes, à l’Église et à Dieu, qui appelle également les hommes et les femmes à la prêtrise.

Dans son commentaire de 1968 sur la constitution Gaudium et Spes, l’archevêque Joseph Ratzinger, aujourd’hui devenu le pape Benoît XVI, donne à la conscience préséance sur le pape, disant que la personne doit obéir avant tout à sa conscience, dût-elle même pour cela désobéir à l’autorité ecclésiastique.

Ce que vous exigez de moi, je ne peux le faire sans trahir ma conscience. Vous me demandez en somme de mentir, en disant que je ne crois pas que Dieu appelle, également, hommes et femmes à la prêtrise. Cela, je ne peux pas le faire, c’est pourquoi je ne me rétracterai pas.

Comme l’abolition de l’esclavage, les droits civiques et le vote des femmes, l’ordination des femmes est inéluctable, car c’est une question de justice. Là où il y a injustice, le silence est complice. Je demande respectueusement à mes frères prêtres, aux évêques, aux chefs de l’Église qui sont au Vatican et aux fidèles d’affirmer bien haut que Dieu appelle les femmes à la prêtrise.

Votre frère en Christ,

Roy Bourgeois, M.M.
P.O. Box 3330
Columbus, GA 31903
Tel Fax 706-682-5369

Le père Roy Bourgeois a fondé, il y a une vingtaine d’années, le SOA Watch Movement, un mouvement qui conteste l’US Army School of Americas (SOA), une institution qui a entraîné des militaires sud-américains pour des interventions de répression en Amérique latine. Les protestations pacifiques du père Bourgeois et de son groupe lui ont valu d’être emprisonné à quelques reprises.

Pour se renseigner sur son combat en faveur de l’ordination des femmes, voir le site de la Women’s Ordination Conference.

À propos de l'ordination des femmes, on peut  lire deux autres lettres du père Bourgeois sur notre site :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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