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Mexico
— Le 24 janvier 2011, après une longue maladie,
est décédé Mgr Samuel Ruiz Garcia, 86 ans,
défenseur bien connu des pauvres et des
populations indigènes du sud du Mexique.
Mgr Ruiz a été évêque du diocèse de San Cristobal de Las
Casas de 1960 à sa retraite, en 2000;
parallèlement, de 1994 à 1998, il a siégé comme
arbitre au sein d’une commission chargée de
résoudre le conflit entre le gouvernement
mexicain et l’Armée zapatiste de libération
nationale basée au Chiapas.
Son dévouement envers les populations indigènes de cet État
lui a valu de nombreuses menaces de mort, tandis
que ses efforts pour «améliorer le sort des
communautés indigènes du Mexique» et «préserver
leurs diverses cultures» ont été récompensés, en
2002, par l’attribution du Prix Niwano pour la
paix.
«À l’exemple du prophète Jérémie, Don Samuel a vécu dans la
contradiction», a déclaré Mgr Raul Vera Lopez de
Saltillo, son coadjuteur de 1995 à 1999, qui
présidait la messe célébrée en son honneur le 24
janvier à Mexico. «Son action était condamnée
par une partie de la société, mais, pour les
pauvres de même que pour ses collaborateurs, il
était comme un phare et accomplissait la parole
de Dieu au prophète : “Tu vois, aujourd’hui je
te charge d’une mission, qui concerne les
nations et les royaumes; tu auras à déraciner et
à renverser, à détruire et à démolir, mais aussi
à reconstruire et à replanter” [Jr 1,10].»
Des personnalités politiques, des journalistes de renom et
même un groupe de campesinos
(cultivateurs) porteurs de machettes gravées au
nom de Mgr Ruiz assistaient à la célébration. Le
service funèbre, présidé par Mgr Christophe
Pierre, nonce apostolique au Mexique,
a eu lieu le
26 janvier à Tuxtla Gutierrez.
La nouvelle du décès de Mgr Ruiz a fait les manchettes dans
tout le pays car il était bien connu comme
défenseur des droits humains et médiateur au
Chiapas. Son ultime contribution aura été de
prendre part à la commission chargée des
négociations entre les rebelles de l’Armée
révolutionnaire populaire et le ministère de
l’Intérieur sur la question des disparitions
forcées.
Le président du Mexique, Felipe Calderon, a qualifié la mort
de Mgr Ruiz de «grande perte pour le pays».
«Samuel Ruiz a voulu faire du Mexique une
société plus juste, c’est-à-dire égalitaire,
respectueuse de la dignité de chacun et exempte
de discrimination, afin que les communautés
indigènes puissent se faire entendre et que
leurs droits et libertés soient reconnus de
tous», a-t-il déclaré.
De passage au Mexique le 24 janvier, la Secrétaire d’État
américaine Hillary Clinton a vanté les qualités
de Mgr Ruiz : «Mes collègues disent de lui que
c’était un médiateur infatigable, cherchant la
conciliation et la justice par le dialogue.
C’est le souvenir qui doit nous rester, et un
exemple à suivre».
Mgr Ruiz souffrait d’hypertension et de diabète depuis une
dizaine d’années; en avaient découlé des
blocages artériels, des atteintes cérébrales et
de la paralysie. Selon ce qu’a appris la chaîne
CNN d’un membre de son équipe soignante, la
gravité de son état a entraîné son transfert, le
12 janvier, d’un hôpital du Querétaro vers un
hôpital de Mexico.
Mgr Ruiz n’avait pas manqué une seule séance du concile
Vatican II. Cependant, note Tom Quigley, qui fut
conseiller politique sur l’Amérique latine
auprès de la Conférence des évêques catholiques
américains, sa renommée internationale lui est
venue surtout de sa participation active à la
deuxième Conférence générale des évêques
d’Amérique latine, à Medellin, en 1968. «Il
arrivait de nulle part, se remémore Quigley,
d’un coin perdu qu’il a mis sur la carte et qui
s’est retrouvé au cœur d’une bonne partie de ce
qui passait en Amérique latine.»
Durant les années 1960, Mgr Ruiz s’est mis à dénoncer les
règles non écrites auxquelles étaient astreints
les Indiens du Chiapas, telle l’interdiction de
se trouver dans les rues après la tombée de la
nuit, ou l’obligation — qui persistait au début
des années 1970 — de descendre du trottoir (et
de marcher dans la boue) à l’approche d’un
non-Indien. «À son arrivée, Don Samuel a
découvert un Chiapas traversé par l’injustice et
la violence à l’encontre des indigènes et des
pauvres, relate Mgr Vera. Ses yeux ont vu la
marque du fouet des planteurs sur le dos des
Indiens». Les ouvriers gagnaient «trois cents
par jour» et devaient faire leurs achats dans
les magasins des compagnies, où les prix étaient
gonflés. «Il a aussi connu des Indiennes que
leur patron s’arrogeait le droit de déflorer,
autrement dit soumises à un “droit de
cuissage”.»
Mgr Ruiz affirmait que c’est sa foi qui l’avait conduit à
chercher les causes profondes de l’injustice et
l’avait incité à écrire sur l’exploitation des
Indiens d’Amérique et à approfondir leur
cosmologie et leur théologie. Cependant, sa
critique de la puissante caste possédante a
parfois été associée, même au Vatican, à la
théorie marxiste de la lutte des classes plutôt
qu’à l’Évangile. Au cours de la visite au
Mexique de Jean-Paul II, en 1990, les grands
propriétaires fonciers ont publié une lettre
ouverte dans laquelle ils le traitaient de
communiste et l’accusaient de nourrir la haine
entre les classes.
Capable de parler quatre dialectes mayas, Mgr Ruiz parcourait
souvent son diocèse à dos de mulet. On
l’appelait affectueusement Don Samuel ou encore
«Tata», ce qui veut dire père dans une langue
maya.
Il était venu au monde le 3 novembre 1924 à Irapuato, au
Mexique. Ordonné prêtre en 1949, à la fin de ses
études à l’Université grégorienne, à Rome, il a
ensuite été recteur d’un séminaire à Leon, avant
d’être fait évêque, en 1960. À l’occasion de son
75e anniversaire, devant près de 2000 personnes
entassées dans la cathédrale, il a exprimé sa
reconnaissance envers Dieu pour lui avoir permis
de servir le diocèse pendant presque 40 ans,
ajoutant qu’il avait beaucoup appris des peuples
indigènes. «C’est le même homme qui parle, mais
je ne suis pas le même, a-t-il dit. L’évêque qui
est arrivé ici le premier jour est derrière moi,
il a évolué.»
Le 25 janvier 2011.
Traduction : Johanne Archambault
Texte original anglais de Catholic News Service ©2011
traduit et reproduit avec l’autorisation de
CNS
Sur
notre site, un excellent texte de Mgr Samuel
Ruiz Garcia:
La vertu d’espérance,
ce qu’elle
est, ce qu’elle
n’est
pas.
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