Culture et Foi > Nouvelles d'Église > Droits humains et théologie
Droits humains et théologie 
Juan A. Estrada


« Pour moi, il est évident que Rome a cherché et ne recherche jamais qu'une chose seule : l'affirmation de son autorité. Le reste ne l’intéresse pas si ce n’est comme lieu d'exercice de cette autorité. Mis à part quelques cas, représentés par les hommes de sainteté et d'initiatives, toute l'histoire de Rome est revendication, assise de son autorité et destruction de tout ce qui n’est pas soumission. » Ces mots durs ne proviennent ni d'un pamphlétaire, ni d'une personne marginale de l'Église, mais du Cardinal Congar, dominicain, à propos des interventions du Saint Office de l’Inquisition contre sa théologie. 

Le XXe siècle a abondé en théologiens qui ont protesté contre les procédures du Saint Office, aujourd'hui rebaptisé Congrégation pour la doctrine de la foi. Le grand théologien Bernhard Häring, probablement le moraliste catholique le plus important du siècle, disait peu avant sa mort qu’il aurait préféré se trouver de nouveau devant les tribunaux de la Gestapo plutôt que de passer devant ceux de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Et le célèbre Karl Rahner se plaignait avant sa mort, d'avoir été trop condescendant avec l'autorité de l'Église, en plus d'avoir durement critiqué les procédures de jugement des théologiens.  

Au XXIe siècle il semble que les choses n'aient pas trop changé. Toute la presse fait des remarques sur la note sévère de la Commission Épiscopale de la doctrine de la foi, qui condamne un livre de Juan José Tamayo, un des théologiens les plus connus d'Espagne, en son nom propre et en celui de la Congrégation romaine. Il est accusé d'hérésie, d'arianisme, c'est-à-dire de nier la divinité de Christ, de nier la résurrection ; il est accusé d'avoir une activité théologique incompatible avec celle d'un théologien catholique et d'être président d’une association de théologiens qui n'a pas l'approbation canonique et « qui n’est donc pas une association de l'église catholique ».

 On condamne un livre écrit il y a trois ans, sans qu’il y ait eu entre temps aucun dialogue avec l'auteur sur ses écrits, sans que celui-ci sache qui sont les théologiens qui ont conseillé la Commission, ni sur quels arguments ils s’appuient. De nouveau le secret maximum au service d'une Commission dans laquelle les mêmes autorités jouent le rôle de représentant du ministère public, de juge et d’exécuteur du jugement. Exactement la plainte formulée par Rahner il y a 25 ans. Il s'avère incroyable que cela arrive au XXIe siècle, mais il ne faut pas oublier que le Secrétaire de la Commission de la Foi d'il y a quinze ans affirmait que les prêtres et religieux auto-limitaient volontairement les droits de l’homme « en joyeux hommage aux valeurs du Royaume ». Cela s'applique maintenant à Tamayo, prêtre réduit à l’état laïc, démontrant que les personnes ont changé à la tête de l'Institution, mais que celle-ci reste comme auparavant, à la marge de la doctrine des droits de l'homme.

Mais le problème dépasse celui du théologien concerné, quand on affirme que l'association des théologiens sans approbation canonique n'est pas une association de l'Église catholique. La doctrine entière du concile Vatican II est basé sur l’affirmation que l'Église n'est pas la hiérarchie, mais la communauté et que l'identification de la voix hiérarchique à celle de l'Église est ni plus ni moins, une erreur théologique. Ici on en revient à la hiérarchologie critiquée par Congar : seul est catholique ce qui a l'approbation hiérarchique. Comme les interventions de Tamayo sont critiques vis-à-vis de la hiérarchie, reflétant le malaise de beaucoup, catholiques comme incroyants, devant les déclarations et les attitudes des évêques, on l’accuse de s’écarter de la communion ecclésiale, qui s’identifie avec la hiérarchie.

12 janvier 2003

(Juan A. Estrada est théologien et professeur de l’Université de Grenade)

(Traduction Élisabeth Denby Wilkes)

 

 

© 2000-2001 - Le réseau Culture et Foi - culture_et_foi@videotron.ca