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Nous, membres de Développement et Paix, sommes
peinés par la crise qui secoue notre organisme,
crise d'abord provoquée par les attaques
intempestives de groupes catholiques qui se
prétendent les « real catholics » mais qui nous
apparaissent plutôt quelque peu sectaires.
Nous regrettons – nous ne sommes pas seuls –
qu'un certain nombre d'évêques prêtent une
oreille trop attentive à ces groupes, tout en
demeurant trop sourds aux appels à la solidarité
lancés par les groupes partenaires de DP,
engagés de toutes leurs forces dans la lutte
contre les structures d'injustice et
d'oppression affligeant plusieurs peuples du
Sud.
Nous voulons rappeler aux évêques d'ici, ainsi
qu'aux autorités politiques et administratives
de DP, l'existence des « structures de péché »
selon la belle expression de Jean-Paul II. Pour
ce pape, en effet, les gestes individuels ne
peuvent pas être évalués isolément, en faisant
abstraction du contexte social, local et
mondial, dans lequel nous vivons.
Nous désirons que le comité épiscopal permanent,
tout récemment institué, chargé des relations
avec DP, joue à plein son rôle de conseiller,
mais s'abstienne de toute intrusion dans la
gestion interne de ce dernier qui doit pouvoir
jouir d'une autonomie entière et retrouver son
fonctionnement démocratique, mis à mal ces
derniers temps.
Nous souhaitons rappeler que, dans les textes
fondateurs de DP en 1967, les évêques invitaient
les catholiques d'ici à partager avec les
peuples du Sud en appuyant les groupes engagés à
contrer l'injustice et à favoriser la prise en
charge des populations opprimées, quelle que
soit leur appartenance religieuse. DP n'a jamais
été conçue comme entreprise missionnaire.
Nous craignons fort pour les peuples du Sud. En
effet, quand on décide d'obliger chaque
partenaire à obtenir une lettre d'appui de
l'évêque local pour pouvoir recevoir l'aide
financière de DP, on risque de priver de cet
argent qui leur est nécessaire certains
partenaires faisant un travail exemplaire en
faveur de ces mêmes peuples chez qui, très
souvent encore, les droits humains sont bafoués,
les femmes sont victimes de violences et
d'injustice, les citoyens et les citoyennes ne
peuvent s'exprimer librement. D'autre part, sans
compter que plusieurs de ces partenaires œuvrent
dans des pays où l'Église catholique est fort
minoritaire, ou encore sont des mouvements
populaires laïcs sans lien structurel avec cette
même Église.
Nous rappelons que, depuis Vatican II, la
collaboration de catholiques avec des personnes
ou groupes ne partageant pas toutes ses valeurs
est possible et souhaitable dans le cadre de
cette ouverture de l'Église en fidélité au texte
fondamental où il est affirmé : « Les joies et
les espoirs, les tristesses et les angoisses des
hommes de ce temps, des pauvres surtout et de
tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et
les espoirs, les tristesses et les angoisses des
disciples du Christ, et il n'est rien de
vraiment humain qui ne trouve écho dans leur
cœur ».
Montréal, 17 mai 2011
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