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Le Sud perdra-t-il un allié au Nord?
Constance Vaudrin, Lucille Plourde, Gérard Laverdure, Normand Breault

 

 

 

Nous, membres de Développement et Paix, sommes peinés par la crise qui secoue notre organisme, crise d'abord provoquée par les attaques intempestives de groupes catholiques qui se prétendent les « real catholics » mais qui nous apparaissent plutôt quelque peu sectaires.

Nous regrettons – nous ne sommes pas seuls – qu'un certain nombre d'évêques prêtent une oreille trop attentive à ces groupes, tout en demeurant trop sourds aux appels à la solidarité lancés par les groupes partenaires de DP, engagés de toutes leurs forces dans la lutte contre les structures d'injustice et d'oppression affligeant plusieurs peuples du Sud.

Nous voulons rappeler aux évêques d'ici, ainsi qu'aux autorités politiques et administratives de DP, l'existence des « structures de péché » selon la belle expression de Jean-Paul II. Pour ce pape, en effet, les gestes individuels ne peuvent pas être évalués isolément, en faisant abstraction du contexte social, local et mondial, dans lequel nous vivons.

Nous désirons que le comité épiscopal permanent, tout récemment institué, chargé des relations avec DP, joue à plein son rôle de conseiller, mais s'abstienne de toute intrusion dans la gestion interne de ce dernier qui doit pouvoir jouir d'une autonomie entière et retrouver son fonctionnement démocratique, mis à mal ces derniers temps.

Nous souhaitons rappeler que, dans les textes fondateurs de DP en 1967, les évêques invitaient les catholiques d'ici à partager avec les peuples du Sud en appuyant les groupes engagés à contrer l'injustice et à favoriser la prise en charge des populations opprimées, quelle que soit leur appartenance religieuse. DP n'a jamais été conçue comme entreprise missionnaire.

Nous craignons fort pour les peuples du Sud. En effet, quand on décide d'obliger chaque partenaire à obtenir une lettre d'appui de l'évêque local pour pouvoir recevoir l'aide financière de DP, on risque de priver de cet argent qui leur est nécessaire certains partenaires faisant un travail exemplaire en faveur de ces mêmes peuples chez qui, très souvent encore, les droits humains sont bafoués, les femmes sont victimes de violences et d'injustice, les citoyens et les citoyennes ne peuvent s'exprimer librement. D'autre part, sans compter que plusieurs de ces partenaires œuvrent dans des pays où l'Église catholique est fort minoritaire, ou encore sont des mouvements populaires laïcs sans lien structurel avec cette même Église.

Nous rappelons que, depuis Vatican II,  la collaboration de catholiques avec des personnes ou groupes ne partageant pas toutes ses valeurs est possible et souhaitable dans le cadre de cette ouverture de l'Église en fidélité au texte fondamental où il est affirmé : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur ».


Montréal, 17 mai 2011

 

 

 

 

 

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