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Luis
Pérez Aguirre est mort
d'un accident le 25
janvier 2001. Jésuite, philosophe et théologien
de formation, il fut l'initiateur, en Uruguay, des
groupes Paix et Justice (SERPAJ). Actif défenseur
des droits humains, il a reçu différents prix
dont celui de l'« Éducation à la paix »
de l'UNESCO en 1987.
Expert
et membre du conseil administratif pour la coopération
technique auprès du Haut commissariat aux droits
de l'homme des Nations unies à Genève, il a
poursuivi son action pastorale auprès des enfants
de la rue et des femmes prostituées de
Montevideo.
Il
est l’auteur d’importants ouvrages dont Incroyable
Église, paru aux Éditions de l’Atelier en
1994.
Introduction
« Miriam était une jeune adolescente prostituée que je connaissais bien. Elle habitait Santa Mónica, une agglomération humaine d’environ trois kilomètres de long sur deux de large ; une ville sans fleur, sans plante, sans oiseau, sans eau potable : partout que des ordures. Son sol, saturé de salpêtre, est devenu pratiquement imperméable. Si, en saison sèche, on y vit et baigne dans la poussière, pendant la saison des pluies, on y vit et circule dans la boue. Imaginez les foyers d’infection suscités par cette poussière mêlée de détritus et de déchets organiques, ou encore par cette eau stagnante qui croupit sous un soleil tropical. Imaginez aussi les odeurs que dégage le centre ville où s’entassent, comme des troupeaux, plus de cent mille personnes qui s’y rendent chaque jour pour y travailler ou y chercher du travail. Il faut voir ces cinquante mille gosses traîner dans la boue et chercher leur nourriture dans les ordures : la rue est leur maison. Pas un seul hôpital dans toute la zone !
Sous le toit de carton de sa maison construite d’une seule pièce, Miriam, mal nourrie, commence à perdre l’appétit et à ressentir un début de fièvre. Un jour passe, puis deux. La fièvre monte : elle refuse de manger. Elle tousse et, sans raison apparente, son corps se couvre de taches d’un rouge vif. Les jours se succèdent. Survient une diarrhée : la peau se dessèche et l’éruption, en atteignant les yeux de Miriam, provoque une infection et une inflammation. Au bout de la deuxième semaine, la peau en se desquamant y laisse des plaies vives. Les quintes de toux sont persistantes et prolongées ; la diarrhée, tenace. N’absorbant plus aucune nourriture, Miriam sent s’affaiblir son organisme : il perd de l’eau et, peu à peu, des sels et des éléments nutritifs. Elle se déshydrate à un point tel que sa soif devient bientôt insupportable. Ses quintes de toux, trop faibles pour dégager ses poumons, sont pourtant encore trop fortes pour que les muscles de son cœur puissent les supporter. Peu à peu, s’éteint la vie de Miriam. »
C’est ainsi que la rougeole a tué Miriam, Pedrito, Lucía,... l’après-midi d’un mois de mars dans un bidonville de l’Amérique latine. Mondialisation ? Crime organisé ? Violation des Droits humains ? Les assassins et les tortionnaires ne s’appellent plus Général Pinochet, Videla ou Capitaine Astiz, mais rougeole, tétanos, coqueluche, diarrhée... Que ce soit hier, aujourd’hui ou demain, ils tuent chaque jour des milliers d’enfants en Amérique latine. La justice condamne les assassins, dénonce les tor-tionnaires, poursuit les auteurs de violations des Droits humains ? Mais où se cachent-ils les vrais responsables de ces violences, de ces milliers de crimes ? Qui sont les responsables des marques de mort désormais inscrites dans le code génétique de millions d’enfants de nos pays appauvris ?
[
Suite ]
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