|
Noël ramène
cycliquement à notre attention le fait que
nombre de nos concitoyennes et concitoyens
vivent dans la pauvreté. En décembre, on
multiplie les gestes de solidarité, de
générosité, de partage avec les personnes
appauvries. Cependant dès janvier, ceux et
celles qui auront reçu un panier pour fêter Noël
comme du monde, redeviendront des
oubliés, des pas du monde. Pourtant, il y
a cinq ans, dans l’esprit des fêtes, l’Assemblée
nationale du Québec votait à l’unanimité une loi
pour l’élimination de la pauvreté d’ici 2012.
Qu’en reste-t-il? Paroles, paroles, paroles ! La
lutte à la pauvreté n’est à l’agenda d’aucun
parti politique en chambre !
L’évangile de
Luc a marqué profondément notre imagination
collective par son récit de la naissance de
Jésus dans une crèche. On y lit que Marie et
Joseph cherchaient un endroit pour
l’accouchement, mais il n’y avait pas de
place pour eux, de sorte qu’ils se virent
forcés de se réfugier dans une étable. Bien
pauvre logement social ! Combien d’hommes et de
femmes se voient refuser leur place dans notre
très riche société, qui vivent dans la rue ou
mal logés, qui sont stigmatisés comme B.S ou
perdent leurs emplois par milliers, qui
souffrent d’un handicap physique ou mental, sans
oublier les vieillards présentés comme un poids
social.
Ce récit de Luc
est profondément révolutionnaire. Dieu arrive
dans le monde parmi les exclus. Le dirigeant de
l’époque, César Auguste, commanda un
recensement mondial pour les besoins du fisc.
Les conquêtes militaires romaines absorbaient
des sommes colossales. Il fallait augmenter les
taxes. De nombreuses émeutes et révoltes
entourèrent ce fameux recensement. Même chose
aujourd’hui, c’est « Tout pour l'armement,
rien pour le logement ! » Des
milliards pour la guerre et des miettes pour les
besoins sociaux! Le gouvernement du
Canada a estimé en 2005 à 150 000 le nombre de
personnes sans abri. « Il est scandaleux
, disait François Saillant du Frapru, que,
depuis dix ans, les dépenses militaires du
gouvernement fédéral aient augmenté de 69 %,
alors que celles consacrées au logement n'ont
connu qu'une faible hausse de 0,6 % ».
Noël nous
rappelle que Jésus de Nazareth est né d’une
toute jeune adolescente, mariée par ses parents
quelque temps auparavant selon les coutumes, et
devenue enceinte (Dieu sait comment) hors des
lois strictes du mariage, ce qui la rendait
passible de lapidation sur la place du village.
Cette jeune fille marginalisée et déclarée
impure par des lois soi-disant divines, unira sa
vie à un artisan du coin qui affrontera les
préjugés et épousera dignement à la face du
voisinage une fiancée déjà avancée dans sa
grossesse, tout en sachant que l’enfant n’est
pas de lui !!!
Le premier homme
et la première femme de ce Monde nouveau annoncé
par l’Évangile ont vécu une situation de très
grande violence sociale. Pauvres, ils
accueilliront la naissance de l’enfant au moment
où ils étaient forcés d’aller se faire recenser
et se voyaient imposer de trop lourdes charges
fiscales. Leur petit naîtra en pleine nuit, dans
une grotte de bergers comme il y s’en trouve
encore de nombreuses dans les montagnes de
Bethléem. Les gens qui les entoureront de leur
solidarité seront des gardiens d’animaux, des
travailleurs méprisés, marginalisés et souvent
délinquants. Les bergers étaient des maudits,
des exclus de la communauté sainte
d’Israël et ils travaillaient pour les grands
propriétaires qui les exploitaient. Enfin, le
couple devra fuir la répression militaire en
pleine nuit et trouver refuge en Égypte durant
de longues années. On compte par centaines de
millions les familles vivant des situations
encore plus extrêmes sur tous les continents.
Et nous qui
cherchons l’Étoile, nous qui prétendons former
la famille des disciples de Jésus, ferions bien
de rejoindre au plus vite dans la rue les sans
abris et rejetés de ce monde. C’est là que nous
trouverons Dieu, alors que nous travaillerons
solidairement à leur côté pour leur faire une
place digne dans nos sociétés. « C’est à
vous, citoyens, de protéger vos semblables à
travers des actions fortes, communes et
pacifiques » (Des Sans Gains pour les sans
voix, Paris). Aujourd’hui comme hier, le Dieu
libérateur vient planter sa tente avec celles
des sans abris. C’est à ces personnes d’abord
que la bonne nouvelle est annoncée et Dieu en
fait ses ambassadeurs : un autre monde est
possible, oui, paix sur terre ! Noël, c’est la
tendresse et la justice de Dieu qui s’exprime
par la solidarité humaine.
[ RETOUR ]
|