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« Il n’y avait pas de place pour eux ! » (Luc 2, 7)
Claude Lacaille, p.m.é.

 


 

Noël ramène cycliquement à notre attention le fait que nombre de nos concitoyennes et concitoyens vivent dans la pauvreté. En décembre, on multiplie les gestes de solidarité, de générosité, de partage avec les personnes appauvries. Cependant dès janvier, ceux et celles qui auront reçu un panier pour fêter Noël comme du monde, redeviendront des oubliés, des pas du monde. Pourtant, il y a cinq ans, dans l’esprit des fêtes, l’Assemblée nationale du Québec votait à l’unanimité une loi pour l’élimination de la pauvreté d’ici 2012. Qu’en reste-t-il? Paroles, paroles, paroles ! La lutte à la pauvreté n’est à l’agenda d’aucun parti politique en chambre !

L’évangile de Luc a marqué profondément notre imagination collective par son récit de la naissance de Jésus dans une crèche. On y lit que Marie et Joseph cherchaient un endroit pour l’accouchement, mais il n’y avait pas de place pour eux, de sorte qu’ils se virent forcés de se réfugier dans une étable. Bien pauvre logement social ! Combien d’hommes et de femmes se voient refuser leur place dans notre très riche société, qui vivent dans la rue ou mal logés, qui sont stigmatisés comme B.S ou perdent leurs emplois par milliers, qui souffrent d’un handicap physique ou mental, sans oublier les vieillards présentés comme un poids social.

Ce récit de Luc est profondément révolutionnaire. Dieu arrive dans le monde parmi les exclus. Le dirigeant de l’époque, César Auguste,  commanda un recensement mondial pour les besoins du fisc. Les conquêtes militaires romaines absorbaient des sommes colossales. Il fallait augmenter les taxes. De nombreuses émeutes et révoltes entourèrent ce fameux recensement. Même chose aujourd’hui, c’est « Tout pour l'armement, rien pour le logement ! » Des milliards pour la guerre et des miettes pour les besoins sociaux! Le gouvernement du Canada a estimé en 2005 à 150 000 le nombre de personnes sans abri. « Il est scandaleux , disait François Saillant du Frapru, que, depuis dix ans, les dépenses militaires du gouvernement fédéral aient augmenté de 69 %, alors que celles consacrées au logement n'ont connu qu'une faible hausse de 0,6 % ».

Noël nous rappelle que Jésus de Nazareth est né d’une toute jeune adolescente, mariée par ses parents quelque temps auparavant selon les coutumes, et devenue enceinte (Dieu sait comment) hors des lois strictes du mariage, ce qui la rendait passible de lapidation sur la place du village. Cette jeune fille marginalisée et déclarée impure par des lois soi-disant divines, unira sa vie à un artisan du coin qui affrontera les préjugés et épousera dignement à la face du voisinage une fiancée déjà avancée dans sa grossesse, tout en sachant que l’enfant n’est pas de lui !!!

Le premier homme et la première femme de ce Monde nouveau annoncé par l’Évangile ont vécu une situation de très grande violence sociale. Pauvres, ils accueilliront la naissance de l’enfant au moment où ils étaient forcés d’aller se faire recenser et se voyaient imposer de trop lourdes charges fiscales. Leur petit naîtra en pleine nuit, dans une grotte de bergers comme il y s’en trouve encore de nombreuses dans les montagnes de Bethléem. Les gens qui les entoureront de leur solidarité seront des gardiens d’animaux, des travailleurs méprisés, marginalisés et souvent délinquants. Les bergers étaient des maudits, des exclus de la communauté sainte d’Israël et ils travaillaient pour les grands propriétaires qui les exploitaient. Enfin, le couple devra fuir la répression militaire en pleine nuit et trouver refuge en Égypte durant de longues années. On compte par centaines de millions les familles vivant des situations encore plus extrêmes sur tous les continents.

Et nous qui cherchons l’Étoile, nous qui prétendons former la famille des disciples de Jésus, ferions bien de rejoindre au plus vite dans la rue les sans abris et rejetés de ce monde. C’est là que nous trouverons Dieu, alors que nous travaillerons solidairement à leur côté pour leur faire une place digne dans nos sociétés. « C’est à vous, citoyens, de protéger vos semblables à travers des actions fortes, communes et pacifiques » (Des Sans Gains pour les sans voix, Paris). Aujourd’hui comme hier, le Dieu libérateur vient planter sa tente avec celles des sans abris. C’est à ces personnes d’abord que la bonne nouvelle est annoncée et Dieu en fait ses ambassadeurs : un autre monde est possible, oui, paix sur terre ! Noël, c’est la tendresse et la justice de Dieu qui s’exprime par la solidarité humaine.

 

 

 

 

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