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L'Église
va-t-elle mourir ? Non ! L'Église ne mourra pas.
Bien sûr la forme traditionnelle que nous lui
connaissons mourra. Nous ne sommes pas ici en
possession de structures durables, et pas non
plus pour l'Église. Le mouvement constant, le
caractère provisoire, la possibilité de
mutations devraient, bien avant d'être le signe
qui caractérise le sujet à l'époque
post-moderne, être depuis longtemps déjà le
propre des chrétiens et de leur Église. On ne
peut que formuler des suppositions sur l'aspect
que prendra l'Église de demain mais il est
possible de faire avec quelque certitude les
pronostics suivants :
1.
L'Église de demain sera moins liée à
l'État. Qu'adviendra-t-il des jours de fête et
des dimanches, nous n'en savons rien. Le nom de
Dieu figurera-t-il dans le texte de la
Constitution européenne, nous l'ignorons. L'État
apportera-t-il, comme allant de soi, son soutien
aux facultés de Théologie et à l'enseignement
religieux à l'École, ce n'est pas certain. C'est
là une chance offerte à une nouvelle liberté de
l'Église. Elle ne devra plus servir deux
maîtres, elle n'en aura plus qu'un.
2.
L'Église de demain sera plus petite et
plus pauvre. Elle ne disposera plus de ses
richesses abondantes pour financer ses édifices
religieux, ses centres culturels, et ses
institutions sociales. Voilà la chance offerte à
une nouvelle concentration de l'Église. Elle
pourra et devra nécessairement réapprendre qui
elle est et ce qu'est sa mission.
3.
L'Église de demain sera œcuménique. Elle
ne se permettra plus l'absurdité de doubler ses
structures en fonction des confessions. Il n'y
aura plus de centre paroissial catholique à côté
d'une maison de paroisse protestante ni de
résidence catholique pour personnes âgées à côté
de son semblable luthérien. Le nouveau type
d'œcuménisme nous libèrera des fausses questions
puériles dans lesquelles les confessions
d'aujourd'hui sont encore enchevêtrées.
4.
L'Église de demain sera moins dirigée par
le clergé. Elle en sera réduite aux dons que
sont les charismes des laïcs et des responsables
volontaires.
5.
L'Église de demain sera plus fortement
déterminée par des femmes. Vraisemblablement sa
théologie en deviendra plus hardie et plus
diverse. Le souci de rester fidèle à la doctrine
et d'échapper à l'erreur y joueront un rôle plus
restreint.
6.
L'Église de demain sera moins marquée par
l'eurocentrisme. D'autres formes de piété et de
liturgie y feront leur entrée. C'est à la fois
un danger et une chance.
7.
Les membres de l'Église de demain
viendront d'une société si étrangère aux
traditions qu'ils pourront à nouveau se
consacrer en toute liberté et avec moins de
préjugés à la Tradition du christianisme. Les
ruptures dans la chaîne des traditions
produisent une ouverture à la Tradition.
On peut lire
l'avenir de l'Église dans un esprit plus
critique et il est certainement plus facile d'en
décrire les difficultés. Mais si l'on veut
garder espoir et agir, il faudra se donner la
peine de discerner ce qui est possible parmi
tout ce qui ne l'est pas et de ne pas s'épuiser
dans la description des malheurs.
Extrait de « Was
wird aus dem christentum? » dans Junge Kirche,
1, 2007.
(Traduit de l'allemand par Jean Courtois, Lyon)
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