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La tragédie
survenue en Haïti ramène de façon brûlante la
question des injustices et du mal. Un grand
mystère! Certains ont parlé de punition ou de
volonté de Dieu, le Juge sévère et vengeur. Bien
des Églises chrétiennes nous ont parlé à satiété
du Dieu Tout-puissant, qui contrôle tout et peut
tout. C’est un concept à deux tranchants. C’est
une projection sur Dieu de nos propres désirs de
puissance, de contrôle et de vengeance, de nos
esprits tourmentés et tordus. Cela n’a rien à
voir avec le Dieu de Jésus-Christ présenté comme
un Bon Papa (Abba), tendre et miséricordieux
(Luc 15, 11-32). De sorte que les chrétiens se
font souvent demander : Où est-il ton Dieu? Ce
bon papa n’est-il pas absent de ce monde? Ne
l’a-t-il pas abandonné comme son Fils unique sur
sa croix : « Père pourquoi m’as-tu abandonné? »
a crié Jésus. La question qui tue… ou qui nous
ressuscite… Pour vous faire votre propre
opinion, allez consulter quelques pages de
l’Évangile et passez beaucoup de temps en
silence car Dieu y est présent et la réponse est
inaccessible à la raison.
Pour les
chrétiens, dont je suis (catholique), Dieu s’est
manifesté en plénitude dans la personne de Jésus
de Nazareth et malgré l’échec apparent de sa
mission, pour nous, Il est ressuscité, toujours
à l’œuvre dans notre monde. Né dans une étable,
ayant connu l’exil pour échapper au massacre
d’enfants d’un puissant jaloux de son pouvoir,
ayant mené une vie ordinaire dans un bled perdu,
étant devenu prêcheur itinérant, il a fréquenté
les pauvres, les femmes et les exclus (ce qu’un
bon rabbi n’aurait jamais fait), appelé les
riches au partage et à la justice, fustigé
durement les autorités religieuses qui se
servaient de Dieu à leurs fins et imposaient des
jougs insoutenables au peuple (Mt 23). Il en a
payé le prix en mourant exécuté sur une croix
comme un mécréant. Échec et mat! Pas très
vendeur comme visage de Dieu…
Alors,
aujourd’hui, ce Dieu Tout-Amour, donc
Tout-Vulnérable, manifesté doux et humble de
cœur en Jésus (Mt 11, 25-30), compatissant et
solidaire des exclus de la «table commune» se
retrouve sous les décombres des « injustices
naturelles », sociales et autres violences mais
surtout debout avec ceux et celles qui résistent
aux puissances de mort, qui espèrent, qui
servent leur prochain et qui se battent pour la
justice, la dignité et la liberté quitte à y
laisser leur vie. Il est toujours vivant en eux,
surtout quant à moi, dans les mères haïtiennes
et les autres «porteuses de vie» de par le
monde.
P.S. : Contemplez le tableau de Rembrandt
L’enfant prodigue…
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