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Rendre grâce, savoir dire merci, avoir le coeur plein de reconnaissance
et l’exprimer. Dans la société et l’époque où je
vis, la pensée dominante me dit qu’il faut
travailler fort et mériter ce qu’on a, que la
vie ne fait pas de cadeau. Au plus fort la
poche; au plus performant les honneurs; au plus
gentil et serviable l’amour de ses parents et
des autres. J’ai cru ça longtemps, et il doit
m’en rester encore en moi. Je me suis retrouvé à
penser que j’étais bien meilleur que tous les
autres... qui sont paresseux, égoïstes, pas
aussi intelligents, croyants, engagés
socialement et bons que moi, comme le dit le
smart dans l’histoire qu’on nous rapporte
dans l’évangile, celle du pharisien en prière
« en avant de tous ». Son action de grâce était
alambiquée, tordue : « Je te rends
grâce,Seigneur, de ce que je ne suis pas comme
les autres ». Mais avec le temps,
avec le recul, j’ai bien vu que j’étais humain
comme les autres – nous sommes tous faits de la
même pâte fragile et faillible, avec les mêmes
limites, craintes, blessures, tentations et
idées tordues – et que je ne pouvais « guérir »
sans sa miséricorde. Grand merci pour le temps
donné et ta patience avec moi, Seigneur; cela
m’a permis d’ouvrir les yeux sur moi-même, de
mûrir et de m’ouvrir à ta Sagesse et aux
autres...
Au fil des années, je réalise davantage tout ce que j’ai reçu de la vie,
comme autant de bénédictions, comme des cadeaux,
en commençant par la vie elle-même. Tu m’as
accompagné tous les jours, tu as veillé sur moi,
tu m’as empêché de faire bien des bêtises et tu
t’es servi de celles que j’ai faites pour me
former avec patience et tendresse, pour me
rapprocher de toi. Ma fragilité, mes échecs et
mes deuils m’ont rendu plus humain et fraternel.
Heureusement! D’ailleurs, tu as mis sur mon
chemin toute une caravane d’amis, de frères et
de soeurs, de compagnes et compagnons de marche
qui m’ont aidé à traverser le grand désert de la
vie, à revenir de l’exil de moi-même et à me
relier aux autres en toute solidarité. Tu m’as
fait connaître les joies et les douleurs de
l’amour, de la paternité et de l’enfantement. Tu
m’as donc « comblé de grâces ». Merci!
C’est aussi devenu évident pour moi que nous avons besoin les uns des
autres pour vivre et s’épanouir. Du pain et des
fruits sur la table à l’eau qu’on boit, en
passant par l’air qu’on respire, la pluie et le
soleil et tous les services mis en commun, nous
recevons beaucoup. Merci! Chacun et chacune
apporte sa contribution au vivre-ensemble, à la
qualité de vie et à la justice sociale dans
notre société. Nous sommes vraiment membres les
uns des autres. Tu nous aimes tellement et tu
nous fais confiance sans mesure. Tu crois en
moi, en nous. Tu te fais connaître à visage
découvert en Jésus, tu nous partages tes
pensées, tes paroles, tes manières de faire et
d’aimer. Tu nous fais entrer dans ton intimité
relationnelle avec l’Être qui est en toi, ce
mystère insondable d’Amour, et tu vas jusqu’à te
donner à nous, corps et âme, comme font les
amoureux. Tu nous invites à ta table et tu
t’agenouilles pour nous servir. La communauté
rassemblée est ton corps qui, comme toi, met le
tablier pour servir le monde d’aujourd’hui, avec
compassion et confiance, les opprimés et les
exclus en premier. Il y a tellement d’amour et
de beauté dans notre monde...
Un silence de respect et de profonde reconnaissance, ruisselant de joie
et de paix, me tient lieud’action de grâce.
Paru dans Sentiersdefoi.info
Vol. 7 no 2, 5 octobre 2011
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