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Enjeux de culture et de foi pour l'avenir de l'Église et de notre société (suite)
Par Jacques Grand'Maison

Certaines tentatives de réponse

Comment penser et rendre viable, dynamique l'avenir de l'Église et de la foi chrétienne et même enclencher des projets d'une Église autre sans travailler à lever ces lourdes hypothèques du présent?

Construisons quelque chose d'autre à côté, disent certains. Faisons Église autrement d'une façon anticipatrice pour l'avenir.

D'autres disent, non sans raison, qu'il y a déjà à la base, un peu partout, des expériences d’Église et de foi chrétienne porteuses de ferments prometteurs pour le présent et l'avenir. Fernand Dumont a exprimé bellement ce déjà là, en friche, ou à prospecter et cultiver. Écoutons-le:

Après bien d'autres, j'ai parlé d'une marginalisation de l'Église, Ce constat de marginalisation ne dit pas le plus important. Il n'exprime pas adéquatement les itinéraires de croyants qui, à l’intérieur ou dans les marges, ont cherché les raisons d’être de leur foi. C'est cette histoire souterraine qu'il faudrait raconter. Elle est difficile à interpréter, car elle se déroule dans l'intime des consciences, selon des entrelacs complexes. Il se pourrait que là se profilent les promesses de l’avenir. (Une foi partagée, Fides, 1996, p. 293)

En lisant ce diagnostic, je pensais à l’expérience que je vis depuis près de dix ans avec d'autres chrétiens qui ont résolu, entre autres choses, de penser l'Église de demain en se déplaçant carrément sur le terrain même que vient de décrire Dumont. Que de fois, dans les entrevues de groupe où se trouvaient des gens de divers milieux, âges et options, le partage de l’expérience humaine et de foi personnelle de chacun, chacune, débouchait en fin de piste sur cette remarque: "Et si c’était ça l’Église, ce que nous venons de vivre ensemble, d'abord ça, en tout cas comme première base pour redécouvrir ensemble l'Évangile, réinterpréter notre héritage religieux et les sacrements, réformer l'Église". Personne ne parlait d'une autre Eglise à faire, mais d'une Église autre en devenir, sans remettre les compteurs à zéro.

           C'est étonnant comment chez les Québécois, au-delà de leur Hate and Love face à l'Église, il y a une réception active, y compris sacramentelle, quand il y a à la fois pertinence culturelle et évangélique. Et que dire du respect engageant que suscitent les laïcs chrétiens, religieux et pasteurs impliqués dans des projets collectifs, communautaires en prise sur des enjeux de pauvreté, de justice, de solidarités nouvelles, d'entreprises fécondes. Et que dire du mûrissement actuel des consciences, cette histoire plus ou moins souterraine dont parlait Dumont plus haut, où bien des gens face à l'enfilade des crises présentes, sentent le besoin de revisiter les profondeurs morales et spirituelles de leur aventure personnelle et des enjeux cruciaux actuels où se logent des ressorts de rebondissement toujours étonnamment vivaces.

          Ces gens sont sensibles aux crises du croire et de l’espérance que l'on trouve derrière tant de problèmes actuels sociaux, économiques, politiques, moraux, culturels et aussi psychiques. Ces problèmes retentissent jusque dans le tréfonds des consciences. Rien ici d'un spirituel "flyé", ésotérique, magique, hors du réel. Phénomènes qui obsèdent certains milieux ecclésiaux au point d'en faire une question prioritaire. L’Évangile ferment dans la pâte nous invite à renouveler notre foi, nos missions, notre Église à même les enjeux du pays réel. La santé de l'Église, affirmait Congar, c'est le monde réel, le pays réel comme on dit ici. Il en va de même d'une inscription pertinente à la fois critique, dynamique et inspirante de l’Evangile dans la culture moderne elle-même mise au défi de se repenser, et déjà travaillée par l'Esprit. Mais encore ici, je ne saurais laisser en veilleuse le côté dramatique.

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