Certaines
tentatives de réponse
Comment
penser et rendre viable, dynamique l'avenir de l'Église et de
la foi chrétienne et même enclencher des projets d'une Église
autre sans travailler à lever ces lourdes hypothèques du présent?
Construisons
quelque chose d'autre à côté, disent certains. Faisons Église
autrement d'une façon anticipatrice pour l'avenir.
D'autres
disent, non sans raison, qu'il y a déjà à la base, un peu
partout, des expériences d’Église et de foi chrétienne
porteuses de ferments prometteurs pour le présent et l'avenir.
Fernand Dumont a exprimé bellement ce déjà là, en friche, ou
à prospecter et cultiver. Écoutons-le:
Après
bien d'autres, j'ai parlé d'une marginalisation de l'Église,
Ce constat de marginalisation ne dit pas le plus important. Il
n'exprime pas adéquatement les itinéraires de croyants qui, à
l’intérieur ou dans les marges, ont cherché les raisons d’être
de leur foi. C'est cette histoire souterraine qu'il faudrait
raconter. Elle est difficile à interpréter, car elle se déroule
dans l'intime des consciences, selon des entrelacs complexes. Il
se pourrait que là se profilent les promesses de l’avenir. (Une
foi partagée, Fides, 1996, p. 293)
En
lisant ce diagnostic, je pensais à l’expérience que je vis
depuis près de dix ans avec d'autres chrétiens qui ont résolu,
entre autres choses, de penser l'Église de demain en se déplaçant
carrément sur le terrain même que vient de décrire Dumont.
Que de fois, dans les entrevues de groupe où se trouvaient des
gens de divers milieux, âges et options, le partage de l’expérience
humaine et de foi personnelle de chacun, chacune, débouchait en
fin de piste sur cette remarque: "Et si c’était ça l’Église,
ce que nous venons de vivre ensemble, d'abord ça, en tout cas
comme première base pour redécouvrir ensemble l'Évangile, réinterpréter
notre héritage religieux et les sacrements, réformer l'Église".
Personne ne parlait d'une autre Eglise à faire, mais d'une Église
autre en devenir, sans remettre les compteurs à zéro.
C'est étonnant comment chez les Québécois, au-delà de leur Hate
and Love face à l'Église, il y a une réception active, y
compris sacramentelle, quand il y a à la fois pertinence
culturelle et évangélique. Et que dire du respect engageant
que suscitent les laïcs chrétiens, religieux et pasteurs
impliqués dans des projets collectifs, communautaires en prise
sur des enjeux de pauvreté, de justice, de solidarités
nouvelles, d'entreprises fécondes. Et que dire du mûrissement
actuel des consciences, cette histoire plus ou moins souterraine
dont parlait Dumont plus haut, où bien des gens face à
l'enfilade des crises présentes, sentent le besoin de revisiter
les profondeurs morales et spirituelles de leur aventure
personnelle et des enjeux cruciaux actuels où se logent des
ressorts de rebondissement toujours étonnamment vivaces.
Ces gens sont sensibles aux crises du croire et de l’espérance
que l'on trouve derrière tant de problèmes actuels sociaux, économiques,
politiques, moraux, culturels et aussi psychiques. Ces problèmes
retentissent jusque dans le tréfonds des consciences. Rien ici
d'un spirituel "flyé", ésotérique, magique, hors du
réel. Phénomènes qui obsèdent certains milieux ecclésiaux
au point d'en faire une question prioritaire. L’Évangile ferment
dans la pâte nous invite à renouveler notre foi, nos
missions, notre Église à même les enjeux du pays réel. La
santé de l'Église, affirmait Congar, c'est le monde réel, le pays
réel comme on dit ici. Il en va de même d'une inscription
pertinente à la fois critique, dynamique et inspirante de
l’Evangile dans la culture moderne elle-même mise au défi de
se repenser, et déjà travaillée par l'Esprit. Mais encore
ici, je ne saurais laisser en veilleuse le côté dramatique.
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