Déculturation
et crises de la transmission
Un
des grands chocs que j'ai eus dans la recherche que je poursuis
avec une équipe depuis près de dix ans, tient d'un phénomène
dont on parle peu, même dans les sciences humaines, à savoir
la déculturation où se logent peut-être les pauvretés les
plus profondes.
La
plupart de nos interviewés nous ont dit ceci: «Je ne comprends
plus ce qui se passe, je me sens impuissant, on ne sait même
plus quoi transmettre.» Cette conscience vive n'est pas que négative.
Elle marque des sursauts, des appels, des besoins, des
aspirations, des nouvelles quêtes de sens pour mieux
comprendre, vivre et agir personnellement et ensemble. Cela
touche les ressorts les plus décisifs de la conscience. Il y a
là une sorte de scandale intérieur qui peut être fécond,
sinon source d'une nouvelle volonté de se prendre en main
individuellement et collectivement.
Mais
on ne saurait gommer le désarroi intérieur qui tourne d'abord
autour du sens, autour du comprendre. Donc, un formidable problème
culturel qui déborde ces brouillages du présent, car il
s'accompagne d'une certaine amnésie, sinon de déstructuration
plus ou moins poussée de la mémoire des patrimoines
historiques de sens éprouvé, religieux ou autre, sans compter
les déficits graves au chapitre des nouvelles exigences
culturelles d'une société autre en devenir. Le rapport à la
source chrétienne fait partie lui aussi de ce brouillage. Il y
a ici un contexte incontournable pour repenser le christianisme,
ses sources, son histoire, sa situation présente, et aussi ses
apports originaux possibles dans cet énorme défi de
re-culturation.
Jamais
le ministère de l'intelligence n'a pris une telle importance.
Je ne suis pas sûr que les milieux d’Église s'en rendent
compte. Pourtant il s'agit là d'une des plus impératives
inscriptions pour l'avenir de la foi chrétienne et de l'Église.
Cela touche particulièrement un groupe prophétique qui se préoccupe
de foi et culture.
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