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Enjeux de culture et de foi pour l'avenir de l'Église et de notre société (suite)
Par Jacques Grand'Maison

Même nos sources chrétiennes à réinterpréter

Allons plus loin, au cours de ces derniers dix ans dans cette recherche sur le terrain de conscience et d’expérience de gens de divers milieux et groupes d'âge, j'ai eu un deuxième choc aussi brûlant que celui que je viens d’évoquer. Ce n'est pas seulement l'Église qui est objet de contentieux, mais les sources chrétiennes elles-mêmes, Voyons cela de plus près, parce que là aussi il y a des indicateurs pour l'Église d'aujourd'hui et de demain, et surtout des requêtes de profondes réinterprétations du christianisme et de la tradition judéo-chrétienne. Je sais que j'aborde ici des questions graves et complexes. Questions que nous refoulons nous-mêmes tellement elles sont insécurisantes pour notre foi. nous-mêmes nous avons à revoir nos rapports à la Bible et aux Évangiles et à risquer des relectures et des réinterprétations exigeantes jusqu’à celle de remettre en cause l’adéquation entre la Bible et la Parole de Dieu.

Il est difficile, par exemple, d'admettre que dans la mesure où Dieu a créé d'autres êtres libres comme Lui, Il consentait une histoire où Lui-même allait avancer à tâtons sans maquette toute définie de cheminement avec nous, y compris dans Sa propre Révélation de lui-même. Il s’est livré à nous à travers d'incessantes réinterprétations des croyants sur eux-mêmes, leur culture, leur foi, leurs visages de Dieu. Vous me direz que vous-mêmes, depuis longtemps, vous avez cessé de lire les sources chrétiennes comme un corps de doctrine fixé, pour ne pas dire figé, comme une certaine dogmatique de l'Église. Moi je ne suis pas sûr que nous ayons vraiment défétichisé la Bible et les Évangiles et bien pris le mesure des errances qui s'y trouvent et l'exigeante poursuite des traces du vrai visage de Dieu et du nôtre selon sa révélation dont nous sommes aussi partie prenante. Pour ressaisir cet enjeu, je reviens au choc que m'ont donné un certain nombre d’interviewés.

            Bien au-delà de certains discours pastoraux et diktats officiels de l'Église, ce sont bien des textes liturgiques, des bouts d’Évangile et de Bible - pour reprendre l'expression de nos interviewés - qui suscitent chez eux incompréhension ou rejet. Voyons un premier exemple.

«Ce n'est pas seulement l'Église, mais aussi la Bible qui nous traite comme des enfants à qui on demanderait une obéissance totale, sans mot dire. On y parle tellement de la volonté de Dieu qu'on croirait que sa principale préoccupation, c'est de régenter notre vie au détail. Ça marche pas avec mes valeurs, les valeurs d'aujourd'hui, puis avec le Dieu auquel je crois.» 

Ce propos est moins simpliste qu'il n'en a l'air. Dieu veut-il d'abord et avant tout qu'on lui obéisse ou bien veut-il contribuer à ce que l’être humain atteigne sa pleine majorité d'adulte dans une alliance où l’être humain est sujet, interprète, décideur et acteur au sein de cette Alliance, dans une histoire à faire, y compris l'histoire du salut. Vous-mêmes, vous avez connu sur votre route des chrétiens instruits, très adultes dans la gestion de leur vie, mais parfois avec une foi infantile désarmante. Cette foi, hier, pouvait tenir, dans une culture où l’autorité était indiscutable. Mais aujourd'hui, cette foi inutile est un repoussoir dans une culture aussi critique que la nôtre. C'est une illusion de penser que nous allons facilement bâtir une Église autre que celle qui depuis plusieurs siècles a infantilisé bien des catholiques jusque dans leurs structures mentales, leur culture religieuse et leur foi chrétienne elle-même

L'incroyable poussée magique de crédulité à tout vent chez nous au Québec, n'est pas sans rapport avec cet héritage religieux infantile. La psychanalyse nous a assez alertés sur les transmissions culturelles et religieuses souterraines d'une génération à l'autre pour écarter trop vite l’hypothèse que je viens de formuler. Encore ici, à tort ou à raison, je trouve que le parent pauvre de nos théologies savantes ou ordinaires est l'analyse culturelle des assises humaines de notre foi chrétienne, de nos rapports aux Évangiles et à la Bible.

Au-delà de nos critiques de l'Église, nous ne pouvons présupposer acquise la capacité de penser, de vivre, de transmettre avec pertinence culturellement sa foi, et celle de penser chrétiennement sa culture avec pertinence. Il y a là tout un chantier à peine amorcé. Au début d'un de mes cours de théologie sur foi et culture, je demandais à chacun, chacune de me dire quel rapport il voyait entre leur foi et leur culture. Voici la trame de ce qui s'est passé.  

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