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I.
LES SERVICES ESSENTIELS
A.
Le
service de la confiance
Que
nous souhaiter en priorité dans nos manières de
faire Église? À ce genre de question, il y a une
réponse qui me plaît énormément. C’est celle
que propose le théologien et psychothérapeute
Eugen Drewermann dans le livre La parole qui guérit
(éd. Du Cerf, 1991 : pp.107-108).
L’Église,
comme le fait remarquer Eugen Drewermann, n’a
pas à être forteresse solide – cela, c’est
à Dieu de l’être. Elle devrait plutôt
consister en une petite communauté d’hommes et
de femmes capables de se rencontrer sans angoisse,
une communauté qui ouvrirait un espace de
confiance tel que ses membres se réengendreraient
eux-mêmes dans la confiance que Dieu a déposée
dans notre cœur. Un service, me semble-t-il,
tout-à-fait essentiel : le service de la
confiance. Dans notre monde de maintenant comme
dans celui d’hier, il y a beaucoup de détresses,
de maladies cruelles et de peurs lancinantes et
terrifiantes. Ce qui a toujours existé, mais est
aujourd’hui davantage médiatisé.
Dans
ce contexte, le service de la confiance ne
devrait-il pas consister tout d’abord en une
insertion au cœur des détresses spirituelles et
autres qui nous tenaillent?
B.
Le
service de l’accompagnement
Deuxième
service essentiel : l’accompagnement des sœurs
et des frères dans la foi. Un accompagnement qui
peut prendre bien des formes. On a beaucoup parlé,
il n’y a pas si longtemps, de « direction
spirituelle ». Il y avait alors de nombreux
directeurs spirituels-prêtres disponibles. Cette
espèce est maintenant très rare, pour ne pas
dire pratiquement disparue. Ce service était
devenu ambigu. Je ne dis pas qu’il n’y a pas
eu de grands cheminements de foi et d’intériorité,
malgré un vocabulaire pas très heureux. Il y a
eu des maîtres spirituels tout-à-fait
respectueux. J’en ai fréquenté un de ce genre
au milieu des années cinquante. Mais chez Jean de
la Croix, Thérèse d’Avila et d’autres, il y
a toujours eu des inquiétudes quant au rôle joué
par certains « directeurs spirituels ».
La
personne accompagnée n’est pas d’abord un numéro
chanceux pour celle qui l’accompagne. La
perspective est plutôt d’aider, d’apprendre
à se tenir debout et de guider par la découverte
en soi d’un dynamisme par trop ignoré. Ainsi
faisait Jésus dans ses rencontres avec des
personnes angoissées, enchaînées et prisonnières
des étroitesses institutionnelles. C’est un
guide qui n’impose pas; il accompagne d’une
manière discrète qui respecte totalement la
liberté de la personne accompagnée. Tout en
criant casse-cou au moment opportun,
l’accompagnateur doit être d’une confiance
tranquille et sans air préoccupé. C’est à la
personne accompagnée de faire le tracé et de décider
du parcours.
Une
Église de l’accompagnement, c’est une Église
de cette parole et de cette présence qui ne nous
laisse jamais isolés sur les chemins de Dieu.
C’est une Église qui nous rappelle de manière
crédible que le seul compagnon qui ne nous manque
jamais, c’est le Christ lui-même. Même quand
il se fait plus absent que présent et qu’il
nous donne l’impression de dormir à l’arrière
de la barque alors qu’à l’avant nous sommes
au comble de l’agitation.
Dans
ce contexte, voici trois des enjeux que le
document Risquer l’avenir proposait à
l’église du Québec :
§
Réussir à faire grandir, chez les baptisés
pratiquants adultes une foi personnelle, vivante
et critique qui en fasse des disciples de Jésus.
§
Réussir à reproposer Jésus Christ et son
Évangile aux personnes éloignées de l’Église
mais engagées dans une recherche spirituelle.
§
Réussir à former des agents de pastorale
qui soient capables de vivre et d’encourager la
co-responsabilité et de soutenir les membres des
communautés dans leur démarche spirituelle.
C.
Le service de la connaissance mutuelle
Cette
connaissance mutuelle me semble d’une très
grande urgence. Car, en pastorale comme ailleurs,
on ne fait rien de vraiment valable sans
connaissance mutuelle par le cœur et non
seulement par la raison et les statistiques. Ne
conviendrait-il pas de revenir tout simplement à
ce qui est écrit du bon pasteur, au chapitre dixième
de l’Évangile selon Jean : « Je suis
le bon pasteur; je connais mes brebis et mes
brebis me connaissent. » La note de pied de
page de la Bible de Jérusalem fait remarquer ceci :
dans la Bible, la connaissance « procède
non d’une démarche purement intellectuelle,
mais d’une expérience, d’une présence ».
Donc, une écoute, une attention, un respect, un
amour.
La prise très au sérieux des
propos de l’Évangile selon Jean pourra nous
inciter à soigner davantage la rencontre
interpersonnelle ou de petits groupes, dans
laquelle le récit de la vie en joyeux cours, en débat
ou en combat sera respecté. De ces rencontres et
de la ferme décision de leur faire place,
pourront jaillir des initiatives et des qualités
de présence
que la seule gestion dite rationalisée ne
pourra jamais susciter. Que les sœurs et frères
se connaissent par le cœur et qu’ils
connaissent leur pasteur de la même manière.
Et qu’il en soit ainsi du pasteur vis-à-vis ses
frères et sœurs dans la foi. Un chemin tout
simple. Mais le plus grand et le plus prometteur.
J’avais un oncle prêtre. Il
est décédé en 1969. Il était le frère de ma mère
qui était critique quant au style de certaines
interventions de son frère en chaire. Il y
faisait des colères vibrantes dont certaines sont
restées dans les mémoires. Après la mort de mon
oncle, j’ai eu l’occasion de parler avec
quelques uns de ses anciens paroissiens de son
style d’intervention. J’ai même évoqué ses
colères; on m’a répondu ceci : « Bien
sûr que le curé Lord se fâchait en chaire. Mais
on le connaissait. Il était si bon. » Ce
qui suppose connaissance mutuelle et par le cœur.
À ce régime, on est gagnant de part et
d’autre.
D. Le service de la réflexion
Étudier
n’est pas apprendre comment être intelligent
mais comment écouter, soulignait le Maître de
l’Ordre des Dominicains. Il citait alors Simone
Weil : « la formation de la faculté
d’attention est le but véritable et presque
l’unique intérêt des études ». L’étude
ainsi conçue devient alors un volet indispensable
de la vie en Église, s’il est vrai que le rôle
de l’Église est d’être présente au monde et
à son écoute pour y reconnaître la fécondité
de la Parole d’avenir déjà à l’œuvre.
Nous
avons peut-être à nous refaire des convictions
quant au rôle de l’étude dans la vie de foi en
Église. L’étude ne peut-elle pas nourrir la
contemplation? L’étude ne peut-elle pas écarter
certaines bévues, niaiseries ou regrettables
contrefaçons causées par l’ignorance? L’étude
ne peut-elle pas contribuer à former le jugement
pratique? Est-ce que la vie en Église ne
pourrait-elle pas beaucoup changer si l’étude
devenait une dimension incontournable de la
pastorale? Est-ce que l’étude, la réflexion,
la lecture ne créent pas des solidarités qui
aident à articuler l’espérance? Toutes les
disciplines – littérature, poésie, histoire,
philosophie, théologie, psychologie, sociologie,
physique, biologie, économie, etc… peuvent être
des alliées dans notre recherche de Dieu et des
manières de vivre selon ses priorités.
L’étude :
un plaisir
Il
faut retrouver la joie de l’étude sous toutes
ses formes. « L’intelligence, écrivait
Simone Weil, ne peut être menée que par le désir.
Pour qu’il y ait désir, il faut qu’il y ait
plaisir et joie… La joie d’apprendre est aussi
indispensable aux études que la respiration aux
coureurs ». « Étudier, poursuivait
Timothy Radcliffe, devrait être une simple partie
de notre joie d’être pleinement vivants. La vérité
est l’air que nous sommes faits pour respirer…
La doctrine ne doit pas endoctriner, mais nous
rendre libres pour poursuivre notre route. »
Que
pouvons-nous faire de mieux en Église que de
partager une vie qui respire bien, une vie libérée
et la joie de poursuivre une recherche studieuse,
contemplative et fraternelle enracinée dans une
sagesse qui fait notre joie?
L’étude :
passion et courage
Je
voudrais évoquer un témoin de l’étude comme
passion et courage : Marie-Joseph Lagrange,
dominicain, fondateur en 1890 de l’École
Biblique de Jérusalem. Une grande intuition. Débuts
très humbles : presque pas d’instruments
de travail, quatre professeurs, cinq étudiants.
Le but du Père Marie-Joseph Lagrange : faire
place à la modernité historique et critique dans
les études bibliques. Cette visée a été lourde
de conséquences pour le Père Lagrange :
interdictions de parler et d’écrire sur
certains sujets afin de ne pas froisser les
tenants de l’orthodoxie malgré tout, même le
bon sens! Comme le fait remarquer Gilles-Dominique
Mailhiot, dominicain, qui a étudié durant trois
années à l’École Biblique de Jérusalem, le Père
Lagrange a ouvert « des voies au renouveau
biblique dans l’Église… en acceptant de
relever le défi posé par l’exégèse
rationaliste qu’il entendait combattre en
utilisant les mêmes armes que ses adversaires.»
(L’Église canadienne, mars 1991). Le Père
Lagrange s’est battu pour l’honneur des bonnes
études dans l’Église. Pour lui, rien n’était
plus navrant que l’inculture doctrinale,
l’incompétence intellectuelle et
l’insuffisance scientifique du clergé. « Je
suis trop passionnément attaché à l’Église
romaine pour ne pas espérer que nous sortirons de
la situation d’infériorité intellectuelle où
nous sommes sur certains points. L’évidence qui
s’impose à mon esprit de nouvelles méthodes et
un ardent désir de contribuer à ce qu’on sorte
d’une stagnation peu honorable sont aussi des
forces. » (Propos du Père Lagrange, cités
par Bernard Montagnes, Le Père Lagrange,
éd. Du Cerf, 1995, p.62).
Pour
Marie-Joseph Lagrange, le vrai, issu de la révélation
biblique, ne peut être en contradiction avec le
vrai, découvert par la critique historique. Pour
lui, les « niaiseries » de certains
auteurs soi-disant orthodoxes font autant de tort
à l’Église que certaines audaces. Un savant
croyant n’a pas le droit, par esprit de parti,
de porter au pinacle les médiocres productions
plus pieuses que vraies de ceux qui croient ainsi
servir l’Église.
Le
défi
Pour
Lagrange, le défi consistait à recevoir la Bible
comme Parole de Dieu en jouant à fond le jeu de
la critique. Rigueur scientifique et visée théologale.
Au sujet de l’absence de rigueur scientifique,
le Père Lagrange, évoquant Monseigneur Merry del
Val, secrétaire d’État au Vatican, disait que
ce dernier serait plutôt porté à croire que la
baleine a été avalée par Jonas plutôt que de
laisser mettre en doute le contraire!
Le
Père Lagrange a toujours tenu très fort à ce
que l’École biblique et le couvent dominicain
St-Étienne de Jérusalem aient partie liée. L’École
devait trouver dans le couvent son cadre spirituel
et le couvent, dans l’École, son cadre
apostolique. Bref, un va et vient entre
l’oratoire et le laboratoire. L’idéal,
c’est que prière et étude, sans confondre
leurs formalités, ne fassent qu’un seul et même
vécu.
L’étude
et la vie de l’Église
Dans
l’Église du début de ce 20e siècle
comme dans celle du début du 21e siècle,
un même défi à continuer de relever :
faire place à l’étude sérieuse. Cette étude
peut revêtir tant de formes, même fort simples,
selon les besoins et les aptitudes. Cette priorité
devrait être inscrite sur le portail de l’Église
du troisième millénaire. Il se trouve de plus en
plus de croyantes et de croyants qui n’acceptent
plus et avec raison qu’on répète un certain
nombre de niaiseries au nom de la Parole de Dieu
proclamée et commentée. Les discours vides et
sans intelligence passent de moins en moins, sauf
dans les sphères obscures du fondamentalisme.
C’est dire qu’un objectif s’impose de plus
en plus clairement. Connaître et comprendre
davantage les manières de s’exprimer de la
Bible, en vue d’une prédication et de partages
plus actualisés. Une priorité passionnante. Ceux
qui craignent que Dieu y perde de la pertinence
peuvent se rassurer. La vérité n’a jamais fait
ombrage au vrai Dieu. Au contraire!
II.
À LA FAVEUR DE LA PÉNURIE D'OBJECTIFS
A . Retrouver la
fonction de l’assemblée
Après
une période d’endeuillement, voire de
frustration, les membres des communautés chrétiennes,
maintenant privées de la présence régulière du
pasteur-prêtre traditionnel, auront à réfléchir
au sens des assemblées qu’ils entendent tenir.
Souhaitons qu’on en vienne à cette conviction
tout à fait traditionnelle que la priorité chrétienne
dominicale pourrait être moins identifiée à la
messe dominicale.. Ce qui est une situation que la
pénurie de prêtres peut contribuer à corriger.
Sans faire l’apologie de la pénurie, elle peut
être occasion de revenir à la fonction plus
globale de l’Assemblée du dimanche.
« Ne
déchirez pas l’Église de Dieu en ne nous
rassemblant pas »
Ainsi
était formulée dès le troisième siècle dans
un texte de la didascalie des Apôtres,
l’invitation insistante à participer régulièrement
à l’assemblée dominicale. C’était pour le
bien d’une Église à garder vivante,
vitalisante et agissante qu’on misait sur la présence
des frères et sœurs dans la foi. Du reste, la
première tâche de l’évêque, auquel le
document de la Didascalie s’adressait, était de
voir à ce que des assemblées aient lieu, afin de
rassembler l’Église. Le principal objectif du
rassemblement n’était pas individuel mais
communautaire : construire l’Église
quelque part et la rendre, en ce lieu, agissante
à la manière de Jésus. D’où la nécessité
de se rassembler afin d’entrer davantage dans la
mentalité de Jésus. Premier souci, par conséquent :
faire exister l’Église, ici et maintenant. En
un lieu précis. Dans une conjoncture déterminée.
Pour réaliser cela, on s’invitait avec
empressement à ne pas se priver de la parole
annoncée, de la prière commune et de
l’eucharistie. Cette dernière, tout sommet
qu’elle soit, n’était pas l’élément qui
retenait toute l’attention : il y avait
aussi, à ne pas oublier, d’autres éléments
qui contribuaient à donner à l’assemblée une
fonction plus globale répondant aux nécessités
de la vie chrétienne en plein monde et
fournissant en retour à la dimension
eucharistique une meilleure surface portante.
La
fonction globale de l’assemblée dominicale
Le
chapitre 2ème du Livre des Actes des
Apôtres fournit comme une sorte de sommaire de la
vie en Église. Deux faits y sont à noter.
D’abord, le relief du rassemblement des sœurs
et des frères qui semblent se retrouver fréquemment
au même lieu. Deuxième fait : l’assemblée
est, selon une expression du jésuite Joseph
Gelineau, artisan du mouvement liturgique, une
instance englobante, c’est-à-dire qu’y est
offert ce qui est essentiel à la vie en Église :
un enseignement, une entraide fraternelle, une
eucharistie, de la prière, de la mise en commun
des biens et un envoi en mission. Quelque chose
d’assez différent de ce que nous avons expérimenté
et qui est plus fragmenté : l’eucharistie
avec un service de la parole en ration congrue et
certaines insistances, selon les dimanches et les
besoins, sur la dimension caritative, catéchétique,
fraternelle et missionnaire.
La
globalité de la fonction de l’assemblée
dominicale nous est quelque chose d’étranger,
pour ne pas dire d’étrange et de non avenu, ne
serait-ce qu’en raison du temps que cela
prendrait peut-être. Nous touchons là un point
concret, à une habitude qui devra sans doute
changer si nous voulons investir dans la tenue
d’assemblées significatives. Peut-être
sommes-nous appelés à expérimenter qu’un
certain « temps perdu » dans la
gratuité peut devenir du « temps gagné »
et du sens partagé pour un meilleur bonheur!
Grâce
à une qualité d’animation et de présence peut
se réaliser ce miracle du temps qui paraît
court, parce qu’arrimé à notre vie. Alors que
certaines rencontres de quarante minutes peuvent
être si lassantes!
Une
assemblée dominicale sans messe n’est-elle
qu’un pis-aller?
Il
faut dire d’emblée que nous ne favorisons pas
toujours par certains discours réducteurs la création
d’une appréciation honnête des assemblées
d’Église autres que la messe. Par exemple,
quand on écrit et répète sans cesse que
l’eucharistie est un sommet, que la messe est la
forme la plus parfaite de l’expérience chrétienne
et liturgique, ne risque-t-on pas, ce faisant, de
prôner l’acceptation à n’importe quelle
condition d’une messe célébrée tant bien que
mal? Et du même coup, ne dévalorise-t-on pas
tout effort qui concourt à donner davantage de
sens à nos assemblées? Est-ce qu’un tel effort
ne pourrait pas donner à l’Eucharistie,
lorsqu’elle pourra être célébrée, une portée
plus intense?
Tout
faire pour se trouver un prêtre malgré tout et
l’user jusqu’à la corde, est-ce un bon
discernement? Ce n’en est même pas du tout. On
ne se préoccupe guère alors de l’état de santé
et de surmenage de ce pasteur-prêtre pour la
circonstance ni de sa capacité de s’investir
dans une homélie signifiante. Il y a pourtant une
éventualité qui ne semble pas réversible. Dans
dix ans ou moins, il se peut que bien des
communautés se trouvent soudainement dans le désarroi
parce qu’elles n’auront pas développé
d’autres manières de se rassembler que de faire
eucharistie. Même si certaines célébrations
eucharistiques laissaient sur l’appétit et le désir
inassouvi. Le débat à tenir, et le vrai,
pourrait donc se formuler ainsi : faut-il à
tout prix et n’importe où participer à une
messe plutôt qu’à un rassemblement de sa
communauté locale? La réponse de la grande
tradition, c’est la participation au
rassemblement de sa communauté, car c’est là
que la Bonne Nouvelle peut prendre corps dans un
milieu concret de première et quotidienne
appartenance.
B .
Favoriser la créativité :
Le
bon usage de pénurie
Les
assemblées d’Église animées par des baptisé(e)
non-prêtres seront peut-être difficiles à
accepter par certains. Sans doute faut-il prendre
acte de la nécessité de vivre, à cet égard, un
certain deuil. Or, on sait que le deuil se vit
selon certaines étapes de l’ordre du refus, de
la colère, de la frustration, du marchandage, de
la dépression et finalement d’une acceptation
qui ouvre à une croissance dans une situation
donnée. Mais rien de tout cela n’est magique.
Je connais une communauté chrétienne où nous étions
présents, les dominicains, depuis un certain
nombre d’années. Quand nous avons décidé de
nous retirer, faute d’effectifs, les
responsables de la communauté ont vécu avec les
membres les étapes de ce deuil, ce qui leur a
permis de nommer ce qu’ils vivaient et de le
porter dans une prière et un partage créateur
non seulement de réconfort mais de nouvelle
imagination.
Le
bon usage de la soi-disant pénurie de prêtres,
s’il comporte des limites et des manques, est
aussi porteur de lignes de force. On apprend
aussi, dans la pénurie, et parfois des choses déterminantes.
J’en mentionne quelques unes :
§
Le motif du rassemblement selon des modalités
plus « naturelles », comme on se reçoit
dans la vraie vie. Cela, il peut être fort
bienfaisant de l’expérimenter en se donnant du
temps, surtout dans les débuts.
§
La possibilité de réinventer la prière
tant dans ses contenus que dans ses formulations.
Il y a d’ailleurs de belles suggestions qui nous
sont faites dans cette direction.
§
Le partage de la Parole selon des manières
adaptées au format du groupe et à son
cheminement. Là aussi, prendre ce temps du
partage de la Parole pourra s’avérer une expérience
positive.
§
La possibilité de cultiver une mentalité
de louange et d’action de grâce nourrie d’un
sens de l’émerveillement selon l’invitation
de l’apôtre Paul : « soyez
eucharistiques » et dans la vie et à même
la vie. Ce qui pourra être fort précieux pour
redonner à l’Eucharistie, quand elle sera célébrée,
un envol à même une prise sur le réel, la découverte
de beaux dons et charismes chez des membres de la
communauté. Et de là, la possibilité
d’appeler des ministres à remplir les fonctions
nécessaires à la vie d’une église locale
heureuse et présente à son milieu à travers des
membres impliqués et transparents.
Richard
Guimond, o.p.
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