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Noël : entre la trêve et l'inédit
Guy Paiement

 

 

 

Le piège de la trêve

Chaque année, la fête de Noël revient couper le temps d'hiver, comme une sorte de trêve dans le temps enneigé, la course au travail et les petites magouilles politiques. Qui dit trêve dit arrêt, temps pour souffler. Elle n'implique cependant pas de changement d'orientation. Un peu comme ce film sur Noël où l'on voit les soldats des armées adverses arrêter le combat quelques heures sur le coup de minuit, chanter ensemble et fraterniser, pour, à l'aube, reprendre de plus belle le combat, décidé par les meneurs des différents camps.

De façon similaire, la trêve de Noël constitue souvent un arrêt dans notre parcours quotidien, mais il ne comporte guère de temps de renouveau ni même la moindre réflexion, sinon celles qui ont trait aux invitations possibles et à la liste des cadeaux à faire, le tout avec un portefeuille qui s'amincit malgré les entourloupettes des gouvernements.

C'est ainsi que nous risquons fort de continuer, après Noël, à croire que rien ne peut changer dans le monde de la finance. Les inégalités iront toujours croissant, les oubliés devant se contenter des guignolées l'espace d'un court moment. L'affaissement du sens de la responsabilité, que l'on découvre dans toutes les sphères de pouvoir, ira se noyer dans le fond des verres et confirmer le cynisme ambiant.

L'inédit fait partie de la fête

Heureusement que le visage ébloui des enfants comblés de cadeaux et les rencontres réinventées demeureront une sorte d'incantation nous amenant à croire que d'autres choses peuvent se produire. À titre d'exemple: pour la première fois de notre courte histoire humaine, une conscience universelle est en train de se forger au sujet du réchauffement de la planète. Le débat demeure vif entre les différentes puissances, mais le fait demeure qu'une conscience planétaire est en train de se développer.

Or la particularité de ce sursaut de la conscience, si relatif soit-il, lui vient d'une nouvelle lucidité relativement à l'avenir de la planète. Comme si une responsabilité plus large et exigeante était en train de se découvrir et que cette dernière nous venait de l'avenir. Un avenir dont il faut répondre, même si beaucoup d'entre nous ne le verront pas de leur vivant. Même si la solidarité entre les peuples est encore à construire, quelque chose bouge qu'il est important de souligner.

J'en veux pour signe cette poignée de médecins de Sept-Îles qui n'hésitent pas à mettre leur avenir en jeu pour dénoncer un mode de développement qu'ils jugent néfaste pour toute la population. Ou encore tous ces manifestants, dans les pays les plus divers, qui descendent dans la rue pour exiger des résultats significatifs de la part des dirigeants. Plus près de nous, je pense à tous ces gens qui inventent leurs propres cadeaux et font appel à leur créativité.

«Voilà le pays que j'aime, dirait le grand Gilles. Il n'a ni président ni roi et est présent au plus profond de toi!»

Une complicité avec le premier Noël

La promesse que cette maturation universelle vient d'ouvrir me rejoint encore plus en ce temps de Noël. J'y vois des complicités avec les vieux textes évangéliques qui affirmaient que, alors même que les responsables du temps ne pensaient qu'à gonfler leurs revenus, un enfant venait de naître dans le dénuement, mais libre comme l'air et porteur d'une libération des consciences et du sens de la vie.

Plusieurs ont compris à son contact, quelque trente ans après sa naissance, que le monde ancien s'achevait pour laisser place à un autre, issu celui-là de l'avenir, comme une promesse de bonheur pour tout le monde. Un avenir déjà présent et agissant, lourd d'un souffle créateur au coeur de chacun et de chacune.

L'avenir qui est déjà là

Dans cette perspective, il nous faut donc partir non plus du passé ou du souffle court du présent, mais de l'avenir pour discerner les tâches qui nous attendent. Si cela vaut pour la vitalité de la planète, comme on le redécouvre péniblement, la chose est encore plus vraie pour l'avenir de notre humanité, de toutes ces populations qui cherchent une terre où vivre un peu mieux.

Cela vaut aussi pour les conditions à mettre en place pour qu'un vouloir-vivre-ensemble soit possible. Ne jamais séparer ces diverses tâches devient aujourd'hui la façon de se comprendre et de répondre à l'appel à la coopération qui est lancé au coeur de notre conscience et au coeur de notre histoire par cette Présence, lancinante comme une musique, qui veut tellement que notre aventure collective aboutisse.

Non, la fête de Noël n'est pas une simple trêve. Elle est un déplacement. Un peu comme Joseph qui, prenant avec lui l'enfant et sa mère, s'est déplacé pour éviter que le roi Hérode ne récupère l'événement à son avantage et ne tue cet enfant dont la naissance venait gêner ses plans.

 

 

 

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