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L’être humain est mû par deux besoins
fondamentaux: explorer et être en sécurité. Et
ces deux besoins cherchent à s’équilibrer en
lui: de son propre mouvement, il est porté à
s’ouvrir à l’inconnu; mais dès qu’il s’y risque,
le besoin d’un refuge, voire la tentation de
revenir en arrière se fait sentir. Par
tempérament et pour toutes sortes de raisons,
certains sont plus portés à l’aventure, d’autres
au repli dans la tranquillité. Chaque personne
se construit ainsi son espace vital, une bulle
dont les limites sont celles de son milieu de
vie immédiat ou celles d’un horizon plus
lointain et parfois très vaste.
Dans un livre
captivant, mais malheureusement peu remarqué,
Jean-Guy Bruneau (Un effet papillon, Montréal, Les éditions Francine Breton,
2006) raconte ainsi comment les réactions
post-traumatiques qu’il a dû surmonter 23 ans
après avoir survécu à un massacre au Congo ont
fait éclater sa bulle et l’ont obligé à élargir
sa vision du monde. Ce fut la condition
nécessaire pour retrouver son équilibre. La
personne qui n’a vécu aucun événement
traumatisant, écrit-il, «n’est pas forcée de
prendre une telle voie; elle peut demeurer dans
la bulle plus petite de son quartier. Il n’y a
aucun mal à cela sinon le risque qu’elle soit un
jour déstabilisée par les perturbations
importantes venant de l’extérieur» (page 173).
Pourquoi donc ne pas prendre les devants?
Pourquoi ne pas repérer dès maintenant en moi
les étroitesses qui me sécurisent faussement?
Cet exercice
difficile ouvre un chemin de croissance qui
rejoint d’une manière ou l’autre la recherche de
Dieu. Car Dieu est toujours autre, déroutant,
plus grand, ailleurs que dans le lieu où l’on
croit pouvoir se reposer en sa présence.
Considérons donc comme un avantage pour notre
foi de vivre les grands bouleversements de notre
époque. Certes, ceux-ci ébranlent des pans
entiers de la vie et de la pensée de l’Église
qui donnaient du sens à la foi de nos parents;
mais ils nous obligent surtout à retrouver le
goût de l’aventure passionnante de la foi. À
l’occasion de la Journée missionnaire mondiale
(cette année le 19 octobre), pensons par exemple
à la mission. L’Église vit en ce domaine une
révolution copernicienne. Les faits obligent à
reconnaître que le christianisme restera
probablement toujours une tradition religieuse
parmi les autres. Sans renier notre foi en Jésus
Christ, pourquoi ne pas reconnaître que ce
pluralisme fait aussi partie du dessein de Dieu?
Prions en Église
Éditorial du mois d’octobre 2008
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