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Réflexion sur le pouvoir (jeudi saint 2010)
Kristiane  Gagnon

 

 

 

Parler du pouvoir ou y réfléchir,  un jeudi saint, m’a placée dans un grand embarras, en pensant que demain, je serai au pied de la croix. Oui, cela m’ébranle.

Pour m’accompagner, j’ai fait appel à Simone Weil qui écrivait un 16 avril : « De tous les êtres autres que le Christ dont il est question dans l’Évangile, le bon larron est de loin celui que j’envie davantage. Avoir été aux côtés du Christ et dans le même état pendant la crucifixion, me paraît un privilège beaucoup plus enviable que d’être à sa droite dans la gloire. »
Mon embarras devint insupportable, incapable que je suis de saisir le sens des paroles de cette grande mystique.

Je fais alors appel à Jean le Baptiste, je lui fais part de mon désarroi et il réplique : « Je ne suis pas le Christ, moi, mais je suis envoyé avant lui. Il faut que lui grandisse et que moi, je diminue. »
Je me vois toujours devant la croix… perdue en conjectures car, à mes yeux, Il n’a pas grandi, celui à qui Jean cède sa place, il est anéanti!

Moïse accourt avant que je m’affole davantage. Il me raconte comment Dieu se révéla à lui, dans un buisson épineux, comme il est écrit dans le livre de l’Exode. « De même que ce buisson est le plus dur de tous les arbustes du monde, en sorte que tout oiseau qui y entre ne peut en sortir sain et sauf sans se déchirer les ailes, de même l’esclavage d’Israël en Égypte était plus dur que tous les esclavages du monde. » Et Dieu parla à Moïse du sein de ce buisson parce qu’il  était à la fois le plus humble de tous les arbustes du monde.

Paul vient compléter cette logique des choses, dans sa lettre aux Philippiens : « Jésus s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave et devenant semblable aux hommes,… s’humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort et à la mort sur une croix. »

Jacques Duquesne dans Le Dieu de Jésus, ajoute que Dieu s’est doublement humilié, parce que le Père n’intervient pas dans cette affaire. Non, le Père ne le fait pas. Parce qu’il partage la souffrance du Fils, qu’il est lui-même sur la croix.
Cette réflexion qui extérieurement frise l’absurde, c’est bien parce que j’ai accepté de la faire au pied de la croix, que j’ai pu sortir de la logique de mon ego qui attend encore un dieu vengeur, un dieu vainqueur et tout-puissant.
Sortir de la religion de l’homme et s’apprivoiser celle de Dieu, c’est faire le saut dans une  autre logique, celle de Jésus,  celle d’un Dieu humble, sans ego, sans pouvoir ni autorité, sans misogynie ni misanthropie, un Dieu fou d’amour pour nous, et pour qui la gloire de Dieu est l’homme vivant, rien d’autre.
L’homme vivant, la femme vivante, les deux et ensemble, qui cultivent en eux  l’image de Dieu pour qu’elle s’épanouisse comme une fleur sur sa tige.
Tiens! L’image de la croix qui réapparaît…éclatante dans sa vérité propre et nous convie, en ce jeudi saint, à célébrer, ensemble, le sens qu’elle nous confie.

 

 

 

 

 

 

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