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Parler du
pouvoir ou y réfléchir, un jeudi saint, m’a
placée dans un grand embarras, en pensant que
demain, je serai au pied de la croix. Oui, cela
m’ébranle.
Pour
m’accompagner, j’ai fait appel à Simone Weil qui
écrivait un 16 avril : « De tous les êtres
autres que le Christ dont il est question dans
l’Évangile, le bon larron est de loin celui que
j’envie davantage. Avoir été aux côtés du Christ
et dans le même état pendant la crucifixion, me
paraît un privilège beaucoup plus enviable que
d’être à sa droite dans la gloire. »
Mon embarras devint insupportable, incapable que
je suis de saisir le sens des paroles de cette
grande mystique.
Je fais alors
appel à Jean le Baptiste, je lui fais part de
mon désarroi et il réplique : « Je ne suis pas
le Christ, moi, mais je suis envoyé avant lui.
Il faut que lui grandisse et que moi, je
diminue. »
Je me vois toujours devant la croix… perdue en
conjectures car, à mes yeux, Il n’a pas grandi,
celui à qui Jean cède sa place, il est anéanti!
Moïse accourt
avant que je m’affole davantage. Il me raconte
comment Dieu se révéla à lui, dans un buisson
épineux, comme il est écrit dans le livre de
l’Exode. « De même que ce buisson est le plus
dur de tous les arbustes du monde, en sorte que
tout oiseau qui y entre ne peut en sortir sain
et sauf sans se déchirer les ailes, de même
l’esclavage d’Israël en Égypte était plus dur
que tous les esclavages du monde. » Et Dieu
parla à Moïse du sein de ce buisson parce qu’il
était à la fois le plus humble de tous les
arbustes du monde.
Paul vient
compléter cette logique des choses, dans sa
lettre aux Philippiens : « Jésus s’anéantit
lui-même, prenant condition d’esclave et
devenant semblable aux hommes,… s’humilia plus
encore, obéissant jusqu'à la mort et à la mort
sur une croix. »
Jacques Duquesne
dans Le Dieu de Jésus, ajoute que Dieu
s’est doublement humilié, parce que le Père
n’intervient pas dans cette affaire. Non, le
Père ne le fait pas. Parce qu’il partage la
souffrance du Fils, qu’il est lui-même sur la
croix.
Cette réflexion qui extérieurement frise
l’absurde, c’est bien parce que j’ai accepté de
la faire au pied de la croix, que j’ai pu sortir
de la logique de mon ego qui attend encore un
dieu vengeur, un dieu vainqueur et
tout-puissant.
Sortir de la religion de l’homme et
s’apprivoiser celle de Dieu, c’est faire le saut
dans une autre logique, celle de Jésus, celle
d’un Dieu humble, sans ego, sans pouvoir ni
autorité, sans misogynie ni misanthropie, un
Dieu fou d’amour pour nous, et pour qui la
gloire de Dieu est l’homme vivant, rien d’autre.
L’homme vivant, la femme vivante, les deux et
ensemble, qui cultivent en eux l’image de Dieu
pour qu’elle s’épanouisse comme une fleur sur sa
tige.
Tiens! L’image de la croix qui
réapparaît…éclatante dans sa vérité propre et
nous convie, en ce jeudi saint, à célébrer,
ensemble, le sens qu’elle nous confie.
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