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Noël pour les adultes
Louis Cornellier

 


 

J’aime la magie de Noël. J’aime les lumières dans la nuit, la musique, les contes et les rassemblements qui accompagnent cette fête. Ils permettent, d’une certaine manière, de renouer avec l’esprit d’enfance. Non pas, je précise, avec l’infantilisme, cette immaturité de l’adulte soumis à ses désirs, mais avec l’esprit d’enfance, qui est la source de l’être et s’exprime par une ouverture à la vie.

Ce qui, toutefois, m’attache encore plus profondément à cette fête, c’est le message radical qu’elle nous communique, un message pour adultes qui nous dit que nous sommes responsables du sort du monde et de ceux qui y habitent.

On sait, aujourd’hui, grâce aux travaux savants des biblistes et des historiens du christianisme, que les récits de la nativité rapportés par les évangélistes Luc et Matthieu ne sont pas des récits factuels, mais symboliques. Le prophète Jésus, tous les chercheurs le reconnaissent, a bel et bien existé, mais on ne connaît pas les détails de sa naissance. Les récits qui traitent de cet événement qui a changé l’histoire du monde doivent donc être considérés comme des « théologoumènes », un terme savant qui désigne, selon le journaliste Jacques Duquesne, « une sorte d’image destinée à faire comprendre une affirmation de foi ».

Et que cherche à nous faire comprendre l’image de l’enfant Jésus dans la crèche? La solidarité de Dieu avec le monde. En envoyant son fils sur la Terre, Dieu s’incarne, dit que l’humain a une valeur absolue et que la chair n’est pas méprisable. Plus encore, en choisissant de s’incarner dans un petit enfant vulnérable d’abord accueilli par des bergers, c’est-à-dire les sans-pouvoir de l’époque, il nous dit que la vraie puissance, contrairement à ce que l’on croit trop souvent, ne vient pas d’en haut, mais d’en bas, qu’elle s’exprime dans la solidarité avec les plus faibles.

À Noël, Dieu, que l’on imaginait tout-puissant, vient nous dire que la vraie grandeur est dans la faiblesse dont la seule puissance est celle de l’amour. Le message de la croix, du Dieu crucifié, est d’ailleurs le même.

Bien comprendre ce message nous permet de corriger certaines idées fausses entretenues au sujet du Dieu des chrétiens. Pourquoi, entend-on parfois, Dieu n’intervient-il pas pour empêcher les guerres, les injustices? Comment croire en un Dieu bon qui laisse faire le mal? Les images de l’enfant Jésus et du Christ crucifié nous donnent une réponse.

Elles expriment l’impuissance de Dieu entendue en ce sens, elles montrent un Dieu fait homme venu proposer une alliance à des humains qu’il a créés libres parce qu’il les aime. Or, si les humains sont libres, Dieu ne peut être tout-puissant et leur dicter leur conduite. La seule puissance qu’il lui reste est celle d’inspirer l’homme. Comme l’explique le théologien québécois Gregory Baum, « Dieu dirige l’histoire par le seul pouvoir de la foi, de l’espérance et de l’amour, divinement inspirés dans le cœur des gens ».

Contre une autre idée fausse souvent répétée, il faut donc comprendre que Jésus n’a pas été envoyé sur Terre par Dieu afin d’être sacrifié pour la rémission de nos péchés. Cette image d’un père aimant qui mène son fils à la mort est moralement inacceptable. Jésus n’est pas venu sur Terre pour être crucifié, mais pour livrer un message révolutionnaire qui invitait les humains à partager avec lui le sort du monde, surtout celui des faibles et des exclus. Il a accepté la mort par fidélité à son message, insupportable pour les puissants.

Que vous soyez croyants ou non, je souhaite que ce Noël 2007 vous permette d’entendre cet appel dont la portée est universelle.

Joie à tous !



louisco@sympatico.ca
L'Expression (de Lanaudière), 19 décembre 2007

 

 

 

 

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