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J’aime la magie
de Noël. J’aime les lumières dans la nuit, la
musique, les contes et les rassemblements qui
accompagnent cette fête. Ils permettent, d’une
certaine manière, de renouer avec l’esprit
d’enfance. Non pas, je précise, avec
l’infantilisme, cette immaturité de l’adulte
soumis à ses désirs, mais avec l’esprit
d’enfance, qui est la source de l’être et
s’exprime par une ouverture à la vie.
Ce qui,
toutefois, m’attache encore plus profondément à
cette fête, c’est le message radical qu’elle
nous communique, un message pour adultes qui
nous dit que nous sommes responsables du sort du
monde et de ceux qui y habitent.
On sait,
aujourd’hui, grâce aux travaux savants des
biblistes et des historiens du christianisme,
que les récits de la nativité rapportés par les
évangélistes Luc et Matthieu ne sont pas des
récits factuels, mais symboliques. Le prophète
Jésus, tous les chercheurs le reconnaissent, a
bel et bien existé, mais on ne connaît pas les
détails de sa naissance. Les récits qui traitent
de cet événement qui a changé l’histoire du
monde doivent donc être considérés comme des « théologoumènes »,
un terme savant qui désigne, selon le
journaliste Jacques Duquesne, « une sorte
d’image destinée à faire comprendre une
affirmation de foi ».
Et que cherche à
nous faire comprendre l’image de l’enfant Jésus
dans la crèche? La solidarité de Dieu avec le
monde. En envoyant son fils sur la Terre, Dieu
s’incarne, dit que l’humain a une valeur absolue
et que la chair n’est pas méprisable. Plus
encore, en choisissant de s’incarner dans un
petit enfant vulnérable d’abord accueilli par
des bergers, c’est-à-dire les sans-pouvoir de
l’époque, il nous dit que la vraie puissance,
contrairement à ce que l’on croit trop souvent,
ne vient pas d’en haut, mais d’en bas, qu’elle
s’exprime dans la solidarité avec les plus
faibles.
À Noël, Dieu,
que l’on imaginait tout-puissant, vient nous
dire que la vraie grandeur est dans la faiblesse
dont la seule puissance est celle de l’amour. Le
message de la croix, du Dieu crucifié, est
d’ailleurs le même.
Bien comprendre
ce message nous permet de corriger certaines
idées fausses entretenues au sujet du Dieu des
chrétiens. Pourquoi, entend-on parfois, Dieu
n’intervient-il pas pour empêcher les guerres,
les injustices? Comment croire en un Dieu bon
qui laisse faire le mal? Les images de l’enfant
Jésus et du Christ crucifié nous donnent une
réponse.
Elles expriment
l’impuissance de Dieu entendue en ce sens, elles
montrent un Dieu fait homme venu proposer une
alliance à des humains qu’il a créés libres
parce qu’il les aime. Or, si les humains sont
libres, Dieu ne peut être tout-puissant et leur
dicter leur conduite. La seule puissance qu’il
lui reste est celle d’inspirer l’homme. Comme
l’explique le théologien québécois Gregory Baum,
« Dieu dirige l’histoire par le seul pouvoir de
la foi, de l’espérance et de l’amour, divinement
inspirés dans le cœur des gens ».
Contre une autre
idée fausse souvent répétée, il faut donc
comprendre que Jésus n’a pas été envoyé sur
Terre par Dieu afin d’être sacrifié pour la
rémission de nos péchés. Cette image d’un père
aimant qui mène son fils à la mort est
moralement inacceptable. Jésus n’est pas venu
sur Terre pour être crucifié, mais pour livrer
un message révolutionnaire qui invitait les
humains à partager avec lui le sort du monde,
surtout celui des faibles et des exclus. Il a
accepté la mort par fidélité à son message,
insupportable pour les puissants.
Que vous soyez
croyants ou non, je souhaite que ce Noël 2007
vous permette d’entendre cet appel dont la
portée est universelle.
Joie à tous !
louisco@sympatico.ca
L'Expression (de Lanaudière), 19 décembre
2007
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