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II.
Mon expérience personnelle de la papauté
Lorsqu’il me nomma délégué
pontifical pour la vie religieuse en 1983, le pape
Jean-Paul me dit qu'il avait un intérêt très
personnel pour cette question, qu'il voulait que
je me rapporte directement à lui et que je vienne
le voir souvent. Aussi suis-je allé à Rome fréquemment
et quand je le demandais, j'étais reçu immédiatement
par le pape, qui m’accordait tout le temps dont
j'avais besoin. Au cours de ces visites, j’étais
très franc avec lui sur mes propres perceptions
et convictions et je lui présentais avec précision
et clarté mes propositions d’action. En aucun
cas le pape ne rejeta mes propositions ni ne
m’imposa aucune espèce d’action prédéterminée.
Lui-même parlait souvent du travail comme d'un
acte de collégialité. Je trouvai que cette expérience
était, en fait, une collaboration fraternelle
dans laquelle le pape me confiait une
responsabilité et m'appuyait dans sa réalisation,
même dans les situations d'opposition à la fois
à la Curie et aux États-Unis.
De 1987 à 1989, alors que je
participais avec deux cardinaux américains à une
commission chargée de résoudre certains problèmes
de l'archidiocèse de Seattle, j’eus une expérience
similaire. Parfois, il y eut certaines différences
de vues entre les représentants du Saint Siège
et notre commission sur la manière d'agir. Les
points de vue divergents furent exprimés avec
franchise et candeur par tous les participants
lors de nos réunions avec le pape. Celui-ci écoutait
attentivement tous les aspects du problème mais,
à la fin, presque toujours, il endossait la
position de la commission.
Ces exemples font voir que le
pape pense dans une perspective de collaboration
et que son style personnel est marqué par une
ouverture à demander de l'aide et par une volonté
d'écouter. Et pourtant, ce ne sont pas là
tellement des exemples de collégialité que de
collaboration de la part d'évêques dans une tâche
entreprise par le pape à son initiative. Mais
dans Ut Unum Sint, il mentionne spécifiquement
la collégialité: Lorsque l'Église catholique
affirme que la charge de l'évêque de Rome
correspond à la volonté du Christ, elle ne sépare
pas cette charge de la mission confiée au corps
entier des évêques, qui sont eux aussi
"vicaires et ambassadeurs du Christ". L'évêque
de Rome est un membre du "collège" et
les évêques sont ses frères dans le ministère7.
L'unité dont le pape est le
signe et le garant se réalise d'abord et
s’exprime dans sa relation au collège des évêques.
L'unité collégiale est le paradigme fondamental
pour tous les autres modes par lesquels le pape
est le signe et le garant de l'unité. Autrement
dit, le style et "la manière d'exercer la
primauté" en relation avec le collège des
évêques détermine de façon primordiale tous
les autres moments d'unité dont le pape est le
garant et le signe. Et donc, la collaboration des
évêques avec le pape dans une tâche donnée
qu'il leur confie ne représente pas la pleine
mesure de la collégialité. La "collégialité"
est attribuée aux évêques précisément parce
que – avec le pape – ils ont reçu du Christ
une responsabilité véritable par rapport à l'Église
tout entière. De ce fait, les évêques détiennent
ainsi du Christ la responsabilité de prendre
l'initiative de mettre de l'avant les problèmes
et les possibilités relatifs à la mission de l'Église.
Il n'y a pas de collégialité dans son sens
plein, si les évêques sont simplement des récepteurs
passifs des directives et initiatives papales. Les
évêques ne sont pas que sub Petro, ils
sont aussi cum Petro.
7.
Jean-Paul II, ibid., n.
95.
[
Suite ]
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