III.
Réforme morale ou réforme structurelle?
Poser la
question des manières nouvelles d'exercer la
primauté "ouverte à une situation
nouvelle", c'est soulever le problème de la
réforme de la papauté. Yves Congar, le distingué
théologien nommé cardinal à la fin de sa vie, a
fait ressortir le caractère inadéquat d'une réforme
purement "morale”, par laquelle je
comprends qu'il veut dire une réforme des
attitudes. Il est d'avis que toute réforme véritable
et effective doit rejoindre les structures. Il
continue en notant cette leçon de l'histoire
selon laquelle la sainteté personnelle en elle-même
ne suffit pas à apporter quelque changement et
qu’une grande sainteté a pu exister au sein même
de situations qui avaient terriblement besoin de
changement. Mais il en vient à un défi
fondamental et inévitable, lorsqu'il soulève la
question de savoir pourquoi )es hommes et les
femmes préoccupés de réformes du Moyen Âge
ont, en fait, manqué le rendez-vous avec
l'occasion qui leur était fournie. Pour quoi si
peu de chose s'est-il produit, alors qu'il y avait
une telle soif générale de réforme? Entre
autres choses, il cite la tendance de ces gens à
mettre l'accent sur tel ou tel abus spécifique,
comme le concubinage, la carence de règles pour
accomplir leurs obligations de chanter l'Office en
choeur, le défaut notoire, chez les évêques, de
vivre dans leur diocèse ou même de les visiter.
La
plupart de ceux qui désiraient une réforme,
dit-il, étaient prisonniers du système,
incapables de réformer les structures elles-mêmes
en retrouvant la vision originelle, incapables de
poser les nouvelles questions soulevées par une
situation nouvelle. La réforme signifiait
simplement pour eux de mettre de l'ordre dans les
structures existantes. Jamais on ne posa les
questions suivantes, plus profondes, à 1ong terme8.
Leur vision n'allait
pas au-delà de la rive. Le moment passa et l'Église
souffrit une incomparable tragédie.
Ce sont
ces questions plus profondes, plus globales,
relatives à l'exercice de la primauté, qu'il
faut soulever dans la recherche de l'unité:
Qu'est-ce qu'un désir réaliste d'unité exige
comme changements dans la structure, la politique
et les procédures de la curie? Qu'est-ce que les
signes des temps, le désir d'unité, la doctrine
de la collégialité épiscopale, la diversité
culturelle de l'Église, la nouvelle ère
technologique réclament comme réforme de la
curie et comme adaptation à ce que le pape
appelle "une situation nouvelle"?
Qu’est-ce que tout cela demande du pape lui-même?
8.
Voir
Y. Congar, Vraie et fausse réforme dans l'Église,
Éditions du Cerf, Paris, 1950, c. 2 et 3.
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