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L'exercice de la primauté
Le prix à payer pour l'unité des chrétiens (suite)
Mgr John R. Quinn

III. Réforme morale ou réforme structurelle?

Poser la question des manières nouvelles d'exercer la primauté "ouverte à une situation nouvelle", c'est soulever le problème de la réforme de la papauté. Yves Congar, le distingué théologien nommé cardinal à la fin de sa vie, a fait ressortir le caractère inadéquat d'une réforme purement "morale”, par laquelle je comprends qu'il veut dire une réforme des attitudes. Il est d'avis que toute réforme véritable et effective doit rejoindre les structures. Il continue en notant cette leçon de l'histoire selon laquelle la sainteté personnelle en elle-même ne suffit pas à apporter quelque changement et qu’une grande sainteté a pu exister au sein même de situations qui avaient terriblement besoin de changement. Mais il en vient à un défi fondamental et inévitable, lorsqu'il soulève la question de savoir pourquoi )es hommes et les femmes préoccupés de réformes du Moyen Âge ont, en fait, manqué le rendez-vous avec l'occasion qui leur était fournie. Pour quoi si peu de chose s'est-il produit, alors qu'il y avait une telle soif générale de réforme? Entre autres choses, il cite la tendance de ces gens à mettre l'accent sur tel ou tel abus spécifique, comme le concubinage, la carence de règles pour accomplir leurs obligations de chanter l'Office en choeur, le défaut notoire, chez les évêques, de vivre dans leur diocèse ou même de les visiter.

La plupart de ceux qui désiraient une réforme, dit-il, étaient prisonniers du système, incapables de réformer les structures elles-mêmes en retrouvant la vision originelle, incapables de poser les nouvelles questions soulevées par une situation nouvelle. La réforme signifiait simplement pour eux de mettre de l'ordre dans les structures existantes. Jamais on ne posa les questions suivantes, plus profondes, à 1ong terme8. Leur vision n'allait pas au-delà de la rive. Le moment passa et l'Église souffrit une incomparable tragédie.

Ce sont ces questions plus profondes, plus globales, relatives à l'exercice de la primauté, qu'il faut soulever dans la recherche de l'unité: Qu'est-ce qu'un désir réaliste d'unité exige comme changements dans la structure, la politique et les procédures de la curie? Qu'est-ce que les signes des temps, le désir d'unité, la doctrine de la collégialité épiscopale, la diversité culturelle de l'Église, la nouvelle ère technologique réclament comme réforme de la curie et comme adaptation à ce que le pape appelle "une situation nouvelle"? Qu’est-ce que tout cela demande du pape lui-même?

8. Voir Y. Congar, Vraie et fausse réforme dans l'Église, Éditions du Cerf, Paris, 1950, c. 2 et 3.

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