V.
Le système de la curie et l'épiscopat
Un thème dominant du concile
Vatican II et de l’enseignement du pape
Jean-Paul Il a été la participation des évêques
dans le triple rôle du Christ comme prêtre,
comme roi et comme prophète15.
Ce rôle s'appelle
également le triple rôle de sanctification, de
gouvernement et d'enseignement. Dans le dialogue
sur les formes et les manières d'exercer la
primauté, on doit alors accorder une place
importante au dialogue sur la manière dont le
style et les politiques de la curie papale
affectent à la fois le ministère du pape comme
chef du collège épiscopal et le ministère collégial
des évêques en communion avec lui.
La doctrine de la collégialité
épiscopale est fermement en vigueur dans l'Église,
explicitement affirmée par le concile Vatican II
et fréquemment invoquée par le pape Jean-Paul
II. En tout dialogue réaliste sur la primauté,
on a porté quelque attention à la manière dont
la collégialité est vécue et à la manière,
non seulement en théorie, mais aussi dans la réalité,
dont la curie papale – structure administrative
– se rattache à la collégialité et favorise
celle-ci, qui est une doctrine de foi.
La curie, c'est le bras du pape.
Mais la curie court toujours le risque de se
considérer elle – même comme un tertium
quid. Quand cela se produit, au lieu de la
structure dogmatique constituée du pape et du
reste de l'épiscopat, on voit surgir
une nouvelle structure, triple: le pape, la curie
et l'épiscopat. Ce qui rend possible à la curie
de se regarder comme exerçant surveillance et
autorité sur le collège des évêques, de se
voir comme subordonnée au pape, mais supérieure
au collège des évêques. Dans la mesure où il
en est ainsi et que cela se reflète dans les
politiques et les actions de la curie, tant la
doctrine que la réalité de la collégialité épiscopale
en sont obscurcies et diminuées.
Et
pourtant, le concile du Vatican indique
explicitement que la curie est au service des évêques.
"Ceux-ci [les départements de la curie
romaine], par conséquent, accomplissent leurs tâches
en son nom et avec son autorité [i.e., au nom et
avec l'autorité du pape] pour le bien des Églises
et au service des pasteurs sacrés16."
Le
même risque se retrouve également par rapport
aux nonces papaux, qui peuvent facilement prendre
sur eux un pouvoir directif exagéré par rapport
à l'épiscopat d'une nation, affaiblissant la
collégialité authentique de cet épiscopat. Les
nonces, évidemment, peuvent aussi se révéler
une source de grande force pour les épiscopats
sous contrainte, en les encourageant et les
appuyant, lorsqu'ils prennent des positions qui dénoncent
l'injustice ou l'oppression d'une nation. Et les
nonces peuvent jouer un rôle efficace de réconciliation
dans des pays où l'épiscopat est divisé17.
15.
Voir concile Vatican II, Dogmatic
Constitution in the Church, 21.
16.
Concile Vatican II, Decree
on the Bishops' Pastoral Office in the Church,
c. I, 9.
17.
Voir ibid., n.
10.
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