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Dans
l’Actualité de janvier 2009, un article du
journaliste Roch Côté s’intitule :
La Bible, une
histoire inventée?
À l’émission Je l’ai vu à la radio de
Radio Canada, samedi le 13 décembre dernier, un
prêtre et un professeur universitaire, tous les
deux exégètes, ont tenté, en quinze minutes, de
répondre au journaliste. Gros contrat pour une
question aussi complexe!
Une Parole
dans l’événement :
Si la Bible est
Parole de Dieu, comme le disent les chrétiens,
elle doit nécessairement être vraie. Comment se
fait-il qu’à chaque année, à l’approche de Noël,
il y a toujours quelqu’un qui s’interroge sur la
vérité de la Bible, lorsqu’il apprend que les
récits qui la composent ne sont pas historiques
mais théologiques? Serait-ce que la vérité
n’appartient qu’à la réalité matérielle et
historique d’un événement raconté? Dans ce cas,
que faire de la fable, du conte, de la poésie,
du roman et de la spiritualité? Disons-nous que
ces textes sont tous faux?
Il y a
plusieurs années, j’avais écrit dans une revue,
que la Parole de Dieu, avant d’être un texte,
est un événement. Elle est parole dans
l’événement, et c’est à l’événement que les
croyants, après coup, ont donné un langage; un
langage transmis d’abord oralement et qui est
devenu, beaucoup plus tard, écriture. Ce qui
veut dire que la Parole de Dieu précède le
texte; elle l’engendre, et pour dire qu’elle est
toujours vivante aujourd’hui, il faut que le
texte qui la raconte ne l’enferme pas dans des
mots qui ne peuvent l’exprimer que pour un temps
seulement. Si Dieu a parlé dans l’événement
historique et théologique qui a fondé le texte,
il continue de parler au-delà du texte par
l’Esprit qui libère la Parole dans l’expression
de foi des hommes et des femmes d’aujourd’hui
qui relisent la Bible.
Quand nous
ouvrons la Bible, sommes-nous conscients que
nous avons entre les mains une traduction d’une
copie transcrite à la main, à partir d’autres
copies qui proviennent de manuscrits originaux
que nous n’avons jamais retrouvés? Ces copies
usées par le temps, sont au nombre de 5,000 pour
le seul Nouveau Testament et chacune comporte
des variantes et des différences importantes et
appréciables qui rendent difficiles
l’établissement du texte original et
l’interprétation des auteurs. On pourrait même
dire que la Bible, à l’état pur, n’existe pas et
que nous sommes toujours à la recherche de la
meilleure version possible, écrite de la main
des auteurs eux-mêmes, sans les erreurs, les
ajouts et les transformations subies au cours
des siècles.
La vérité
biblique :
Chaque récit
possède sa vérité selon le genre littéraire
utilisé. Cependant, l’interprétation diffère;
sinon, on risque de ne rien comprendre de
l’auteur et du contenu de son œuvre. Une fable
de la Fontaine, par exemple, où l’auteur met en
scène des animaux qui se parlent entre eux,
personne ne remet en question ce style
littéraire, où l’on apprend sur les
comportements humains à partir des animaux. Il
doit en être ainsi de la Bible : on y trouve des
poèmes, comme celui de la Création, des épopées,
genre sortie d’Égypte et traversée de la mer
Rouge, des récits de naissance fantastiques,
comme ceux de Samson, Moïse et Jésus, des
discours, des textes liturgiques, des lois et
même des légendes, comme le Déluge. Quelqu’un
peut bien partir à la recherche de l’Arche de
Noé, s’il a du temps à perdre; mais lorsqu’un
scientifique dit l’avoir trouvé, ça devient
problématique et c’est plutôt loufoque.
La Bible, c’est
d’abord et avant tout l’expression croyante
d’hommes et de femmes qui ont fait l’expérience
de Dieu dans leur histoire… Et pour dire cette
expérience, ils ont utilisé un langage, des
styles, du vocabulaire, des genres littéraires
qui avaient cours à l’époque où leurs écrits ont
pris naissance. Dans certains cas, ils ont même
créé des cadres littéraires en y insérant des
paysages fictifs, des personnages, un
environnement, des situations de vie et des
événements théologiques qui correspondaient très
bien à leur expérience de foi au moment où ils
écrivaient, afin de répondre aux besoins et aux
questions de leur communauté.
La naissance
du Christ :
Que Jésus de
Nazareth ne soit pas né à Bethléem, un 25
décembre, ça ne change rien à la foi chrétienne.
Ce que les évangélistes Matthieu et Luc
racontent, ce n’est pas la naissance de Jésus,
qu’ils ignoraient sans doute, c’est la naissance
du Christ ressuscité; et celui-ci devait naître
à Bethléem, la cité de David, parce qu’il est
Messie et roi, comme David. Si l’Église du IVème
siècle récupère la fête païenne du Solis
invecti (Soleil levant), au moment du
solstice d’hiver, c’est pour affirmer que le
Christ est le Soleil des chrétiens. En même
temps, l’Église célèbre la Nativité de saint
Jean-Baptiste, le 24 juin, au moment du solstice
d’été (Soleil descendant), pour bien montrer la
supériorité du Christ sur le Baptiste. Beaucoup
plus tard, au XIIème siècle, apparaîtra la
première crèche de Noël, avec saint François
d’Assise.
La vérité des
évangiles n’est pas d'abord
historique mais théologique.
C’est pourquoi les recherches archéologiques et
les découvertes scientifiques ne mettent
aucunement à l’épreuve la foi chrétienne. Au
contraire, la science et la foi ne s’opposent
pas et ne se contredisent pas; elles s’éclairent
l’une et l’autre et sont complémentaires. La foi
interroge la science et la science épure la foi
et l’aide à mieux s’exprimer. Malheureusement,
ils sont encore trop nombreux les
fondamentalistes qui font une lecture littérale
et historicisante de la Bible. Ils discréditent
les auteurs bibliques et déforment la teneur de
leurs messages. En faisant cela, ils ne rendent
service ni à l’Église, ni aux croyants qui s’en
inspirent.
On peut donc
continuer à célébrer Noël le 25 décembre, avec
lumières, sapins, décorations et crèche. On peut
même visiter la basilique de la Nativité à
Bethléem, lieu où la tradition situe la
naissance du Christ, et nous sommes dans la
vérité. Il faut simplement savoir de quelle
naissance il s’agit et pourquoi on la célèbre.
Si Noël nous permet d’espérer en un monde
meilleur et que le Christ est toujours vivant à
travers nous, nous avons toutes les raisons de
le faire naître et de le célébrer.
Joyeux Noël!
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