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En septembre de l’année 2000, j’étais nommé
administrateur paroissial de la paroisse
Saint-Étienne (Montréal). À peu de choses près,
je redevenais curé après une pause de 30 ans
durant laquelle j’avais exercé différents
ministères hors paroisse. Je devais consacrer à
cette fonction la moitié de mon temps de
travail.
Dans les mois qui ont suivi, j’écrivais déjà des
textes à l’intention des paroissiens sur le
thème « Quel avenir pour Saint-Étienne? » La
question m’a habité depuis ce temps et je la
porte encore aujourd’hui, en 2009! Il y a des
jours où je trouve la réponse bien lente à
venir, et à d’autres moments, la question
continue à me passionner et me maintient
intellectuellement et pastoralement vivant.
En partageant avec vous cet interminable
questionnement, je ne vous propose pas un
modèle. Je ne suis même pas certain de l’issue
de notre recherche. Ce que je partage, c’est la
démarche tâtonnante d’un petit noyau de
chrétiens(nes) pour en arriver à faire Église de
façon ajustée à sa mission, chez-nous et
aujourd’hui. Je présume que vous saurez y
trouver matière à penser.
Ma présentation se fera en trois étapes sous les
chapeaux suivants :
1)
La question qui demeure « Quel avenir pour
Saint-Étienne? » au sein d’une situation qui a
évolué au cours des années.
2) Les
références qui ont inspiré à mi-chemin le virage
à 180° et orienté la marche vers des
perspectives nouvelles.
3)
Un projet de programme et une stratégie
d’implantation.
1. Quel
avenir pour Saint-Étienne?
À l’automne de l’an 2000 je me liais donc à une
petite communauté chrétienne traumatisée par le
départ-surprise de son curé et profondément
divisée par un débat tout récent concernant le
maintien des équipements paroissiaux (église et
presbytère) ou leur démolition. Celle-ci aurait
permis la vente du terrain à un groupe de trois
corporations à fins sociales, en recherche d’un
espace dans le quartier, en vue d’y réaliser
leurs projets respectifs. Les équipements ne
s’avéraient plus adéquats depuis longtemps; la
situation financière se détériorait d’année en
année; mais la vente du terrain signifiait aux
yeux de plusieurs la disparition de la paroisse.
La majorité des paroissiens impliqués dans le
débat avaient refusé l’offre jugée trop
menaçante pour l’avenir, et reporté la décision
à plus tard.
À mon arrivée, en remplacement du curé parti
« plutôt vite », j’ai été perçu comme l’envoyé
du diocèse chargé de faire la « job de bras » et
de régler le problème à la façon souhaitée par
les autorités. En réalité on ne m’avait pas
confié cette mission; et le Diocèse respectait
la responsabilité et la liberté des paroissiens.
Mais la question apparaissait quand même
incontournable : « Quel avenir pour
Saint-Étienne? »
Proposition en vue d’un ralliement.
Quelques mois à peine après notre arrivée (une
agente de pastorale avait été engagée en même
temps que moi; à mi-temps, elle aussi) après
avoir soumis le projet au conseil de Fabrique
nous invitions les paroissiens à se rallier sur
les propositions suivantes :
1) On
distingue clairement les deux questions; celle
du maintien de la paroisse et celle de la
démolition des bâtiments pour la vente du
terrain.
a) On
démolit, on vend et on se reloge dès que
possible.
b) On
s’engage à ne pas mettre en cause le maintien de
la paroisse au cours des trois prochaines
années.
2) On
se branche sur le secteur pastoral de la Petite
Patrie pour y apporter notre contribution à la
vie de l’Église du quartier et pour tirer profit
de la mise en commun des problématiques
pastorales et des ressources humaines. L’avenir
est dans cette direction.
Et c’est bien dans cette direction que nous nous
sommes mis en route. Il faut reconnaître que
durant quatre ou cinq ans une large part de
notre temps s’est consumé dans les négociations
diverses, la vente du terrain et du mobilier, le
déménagement / aménagement dans un local
temporaire pour deux ans et demi et la prise de
possession de nos nouveaux espaces, et le nouvel
aménagement sur le terrain de l’église
antérieure. Malgré cela nous avons quand même
beaucoup investi dans le développement recherché
du secteur pastoral en vue d’une nouvelle forme
de vie d’Église dans le quartier.
L’expérience éprouvante du secteur pastoral.
Le secteur pastoral Petite Patrie était
constitué depuis plusieurs années et le
personnel pastoral (très majoritairement
clérical) se réunissait de façon assez
régulière. Mais certains participants – dont
j’étais – souhaitaient lui donner un rôle
beaucoup plus significatif et en faire l’artisan
d’un agir pastoral commun et renouvelé
Chaque paroisse demeurait autonome dans sa
gestion financière et son programme pastoral, il
n’y avait pas de mise en place formelle de ce
qu’on appelle une « unité pastorale ». De peine
et de misère on réussit à s’entendre plus ou
moins sur plusieurs initiatives pastorales. Mais
ce qu’on a mis beaucoup d’effort à construire se
désagrège rapidement et s’effondre. Deux
facteurs principaux me semblent expliquer cet
échec : les divergences pastorales trop
prononcées chez les curés, et l’absence d’un
leadership institutionnel. L’échec du projet
commun a même provoqué l’interruption de toute
rencontre du personnel pastoral.
Malgré cela, quelques services pastoraux
demeuraient « sectorisés » et Saint-Étienne
conservait quelques ententes particulières avec
la paroisse Saint-Édouard.
Un jour où je réfléchissais à cette situation
j’ai dû constater ceci :
-
Si un jeune adulte prenait contact avec moi
ou notre petit milieu communautaire, il
était orienté vers le Forum pastoral des
Jeunes Adultes à Saint-Édouard. Il pourrait
alors « faire Église » avec des pairs.
-
Si un couple s’adressait à nous pour un
baptême, c’est à l’équipe de pastorale du
baptême de Saint-Édouard que je le référais.
C’est là qu’il pouvait profiter d’une
démarche préparatoire avec d’autres couples
vivant la même situation.
-
Si des parents désiraient inscrire leur
enfant à l’initiation à la vie chrétienne,
on les référait à l’équipe du secteur
confiée à la R.S.E. La démarche se faisait
également à Saint-Édouard.
-
Comme, d’autre part, notre chapelle ne
présente pas les dimensions habituellement
exigées pour un mariage ou des funérailles….
Saint-Étienne m’est apparu comme un comptoir
d’information pour orienter la clientèle vers le
service adapté à ses besoins particuliers. Et
aussi comme un lieu où des messes sont célébrées
pour un petit groupe de personnes d’une même
catégorie d’âge, dit l’âge d’or.
Quel avenir pour Saint-Étienne? Fallait-il
imposer un avenir à Saint-Étienne? J’étais
convaincu que plusieurs auraient dit : « Surtout
pas! » En particulier ceux qui se voyaient
utiliser à meilleur escient le produit de la
vente du terrain!
Je me sentais personnellement interpellé,
conscient que mon départ ou mon simple
renoncement à bâtir un avenir mettrait fin au
questionnement. On ne me remplacerait pas. On
procéderait à la fusion / intégration de cette
minuscule entité dans une paroisse voisine. Mais
à mesure que l’avenir s’était assombri du côté
secteur pastoral quant à la possibilité d’un
renouveau, j’avais cherché plus activement une
autre ouverture vers la lumière. Il m’était venu
à l’esprit la communauté Saint-Albert-le-Grand
(Montréal) à laquelle des chrétiens(nes)choisissaient
d’appartenir à cause de ses caractéristiques
propres qui leur conviennent.
En 2007 le conseil de pastorale invite Guy
Lapointe, pasteur actuel de Saint-Albert, à
venir nous raconter cette expérience d’Église.
La rencontre s’avère stimulante. À partir de ce
moment j’ai entrevu un avenir possible du côté
d’une communauté qui serait à la fois
territoriale et « choisie » par certains de ses
membres comme répondant mieux qu’une autre à
leurs aspirations. Saint-Étienne, avec son
territoire restreint et le petit nombre de
familles qui l’occupent, avec sa poignée de
membres actifs, généralement âgés, ne peut sans
doute pas générer une nouvelle expérience de vie
d’Église sans un certain apport de nouveaux
membres provenant de l’extérieur.
Et puis, autre facteur déterminant, j’ai repris
de façon plus systématique la lecture d’articles
pertinents par rapport à notre recherche. Je les
ai communiqués à l’équipe pastorale (C.P.P.).
Ils ont meublé notre réflexion, nos échanges.
Ces références sont les suivantes :
-
Jacques Vermeylen, « L’essentiel et
l’accessoire. Quelles priorités pour le
catholicisme du XXIème siècle? » dans : Rue de
la Pré-Voyance, Essais
sur la pensée de
Pierre de Locht, Éditions Feuilles
Familiales, 2001, p.187-209.
-
Philippe Bacq, « Vers une pastorale
d’engendrement » dans : Collectif, Une
nouvelle chance pour l’Évangile, Lumen
Vitae, Novalis, Éditions de l’Atelier, 2004,
p.7-28.
-
André Charron, c.s.c., « Pour des communautés de
proximité dans les réaménagements pastoraux »,
1ère partie : Prêtre et Pasteur, mai
2007; 2ème partie : Prêtre et Pasteur,
juin 2007.
Faute de temps pour la préparation, et faute de
temps pour la communication, je m’en tiendrai
avec vous à la première référence mentionnée.
Mais j’y puiserai abondamment.
2. Les références qui ont inspiré des
perspectives nouvelles…
Je me permets de puiser à pleines mains dans le
texte même de Jacques Vermeylen, prêtre du
diocèse de Bruxelles et professeur à
l’Université catholique de Lille. Sa réflexion
fait partie d’un livre-hommage dédié à Pierre de
Locht par un groupe d’amis à l’occasion de son
60ème anniversaire d’ordination sacerdotale.
Après avoir mentionné que dans nos régions le
catholicisme semble être en voie d’épuisement et
qu’il ne répond plus aux aspirations et
interrogations des gens, il propose sa propre
évaluation et ouvre des pistes d’avenir.
Et maintenant je le cite :
Chacun veut faire pour le mieux,
selon ses moyens… Ce qui me paraît manquer un
peu partout c’est la cohérence avec le projet
initial de Jésus et de ses premiers disciples…
Au-delà des évolutions historiques dont le
christianisme est tributaire, les catholiques
doivent avoir le courage de se poser à nouveau
les questions fondamentales : pour quelle cause
Jésus s’est engagé au point de risquer sa vie?
Pour quel projet a-t-il rassemblé une équipe de
disciples? Comment ce projet reste-t-il actuel
dans un monde qui a bien changé? Qu’est-ce que
cela implique pour la vie en Église aujourd’hui?
(p.189-190)
Toute
réforme authentique de l’Église doit être à la
fois ouverture critique à la nouveauté d’un
monde qui ne cesse d’évoluer et retour aux
sources (p.190).
La cause de Jésus : le Règne ou le Royaume de
Dieu
-
La prédication de Jésus porte
essentiellement sur la venue du Règne de
Dieu. En paroles. Et en actes,
particulièrement. Pour comprendre ce que le
Règne de Dieu – image du bonheur que Dieu
promet et donne aux hommes, à commencer par
Israël – représente pour Jésus, il faut
envisager à la fois ses discours et ses
actes (p.192).
-
S’il agit au nom de son Père et se retire
dans la montagne pour prier, s’il fréquente
la synagogue et se rend au Temple, le Jésus
des Évangiles ne paraît pas très préoccupé
par le culte et les usages religieux. Sa
priorité semble plutôt être la restauration
de chaque personne humaine dans son
intégrité et la restauration du corps social
mutilé par l’exclusion de beaucoup (p.192).
-
Le Royaume se caractérise d’emblée comme
étant « de Dieu ». S’il appelle
l’engagement humain, il n’en est pas le
simple aboutissement, mais il se présente
d’abord comme un don de Dieu… Concrètement,
le Royaume s’implante là où Jésus passe, où
il fait reculer le malheur et rend à ceux
qu’il rencontre leur dignité d’êtres humains
(p 195).
Au service de cette cause : le groupe des
disciples unis à Jésus
-
Le groupe des douze, qui représente avant
tout l’Israël renouvelé par la Bonne
Nouvelle, doit « être avec » Jésus et faire
ce qu’il fait : annoncer l’irruption du
Règne de Dieu et en donner les signes en
chassant les démons, ce qui semble inclure
la guérison des malades. Telle est la seule
mission de la communauté des disciples, qui
préfigure l’Église : témoigner par la parole
et par l’action du Règne de Dieu, comme le
fait Jésus (p.197).
-
Une communauté chrétienne est évangélique
dans la mesure où elle permet à chacune et
chacun d’être reconnu, d’avoir sa place,
sans discrimination d’aucune sorte, et où
elle commence à vivre des relations humaines
vraies et chaleureuses, dans une solidarité
effective (p.198).
Quelques conséquences pour l’Église au seuil du
XXIème siècle.
Revenons à notre point de départ : quelle
réforme faut-il aujourd’hui mettre en œuvre dans
l’Église, pour qu’au lieu de mourir elle trouve
un nouveau souffle, vive dans une fidélité plus
grande à l’Évangile et soit crédible aux yeux de
nos contemporains? (p.201)
1.
Puisque l’Église n’est pas le Royaume… qu’elle
n’en n’est que le « sacrement »… n’est-il donc
pas essentiel de commencer par ouvrir les yeux
sur les germes du Royaume présents partout dans
notre société? Cela revient à ne pas partir de
grandes théories, mais à écouter en vérité ce
que les gens disent de leur expérience humaine
et spirituelle, et à savoir s’indigner avec eux
ou s’émerveiller selon les cas. Sans doute
pourrons-nous bien souvent, y découvrir le
travail caché de l’Esprit (p.202).
2.
Comme le Royaume est disséminé, une organisation
très lourde et très centralisée est plutôt un
contre-signe. Or jamais sans doute au cours de
l’histoire, la centralisation de l’Église
catholique n’a été aussi forte qu’aujourd’hui.
Il est urgent de renverser le mouvement à tous
les niveaux (p.202).
3.
Être sacrement du Royaume implique l’engagement
effectif des chrétiens et des groupes ecclésiaux
dans le combat pour une humanisation de la
société… Ce qui doit d’abord préoccuper
l’Église, ce n’est pas son propre sort (elle
n’est qu’un instrument) mais celui de
l’humanité.
4.
La cohérence avec l’Évangile appelle une
attention positive à ce que vivent les humains,
sans jugement à priori… Se laisser instruire par
l’expérience vécue, écouter avec patience ce que
les gens disent de leur vie, et en particulier
lorsque le témoignage ne correspond pas aux
belles théories : voilà une attitude qui devrait
inspirer non seulement les chrétiens
« ordinaires » mais aussi les théologiens et le
Magistère de l’Église (p.204).
5.
Jésus n’a pas fondé un grand mouvement structuré
mais il a rassemblé une petite équipe pour vivre
avec lui et partager son engagement au service
du Royaume. Même s’il faut aussi de larges
assemblées et convenir que des grands
rassemblements exceptionnels ont leur place,
c’est dans la construction de petites
communautés où peuvent se rencontrer des
personnes qui veulent vivre et porter ensemble
la mission évangélique que l’Église commence.
Enfin, après avoir mentionné quelques autres
conséquences d’une fidélité renouvelée à
l’Évangile, l’auteur termine en signalant qu’en
de nombreux diocèses la question à l’ordre du
jour est celle du remembrement des paroisses.
Cette question s’impose, reconnaît-il, mais il
faut sans aucun doute préférer les solutions qui
préservent et suscitent les petites communautés
locales, avec de vraies responsabilités confiées
à des laïcs.
3. Un projet, des éléments de programme, une
stratégie d’implantation
Pour ce qui est de la 3ème partie de ma
présentation, j’ai déjà eu à la formuler par
tranches à l’intention des paroissiens dans
plusieurs semainiers paroissiaux. Pour dévoiler
les intentions, inviter à la réflexion…
provoquer les esprits et susciter d’éventuelles
réactions. Je
commencerai par la lecture de la dernière
tranche, en date du 7 septembre 2008, dimanche
des retrouvailles après la longue pause de
l’été.
Le 7 septembre 2008 :
Aujourd'hui à Saint-Étienne, nous faisons un pas
considérable en passant d'une QUESTION à un
PROJET. Cette proposition pour l'avenir, c'est
moi qui l'ai mise en forme, mais elle ne vient
pas de surgir de mon imagination. Je pense
sincèrement qu'elle provient de l'expérience que
nous avons vécue ensemble, de notre réflexion
commune, de nos échanges depuis mon arrivée à
Saint-Étienne, tout au long de ce parcours que
je viens d'évoquer rapidement. Pendant plusieurs
années nous avons pu profiter d'un conseil de
pastorale (C.P.P.) bien vivant. C'est
particulièrement au sein de ce groupe que nous
avons souvent envisagé la question de l'avenir.
Ce projet, je l'ai soumis dans les grandes lignes à notre
vicaire épiscopal (pour la Région-Nord du
diocèse) Mgr Pierre Blanchard. Il a écouté
attentivement et j'aurai à lui en reparler. Je
suis en droit de penser qu'il nous accorde un
appui.
Dans trois semainiers paroissiaux de juin dernier, avant
la pause de l'été, je vous ai communiqué les
grandes lignes de ce projet. Au cours des
prochaines semaines je vais reprendre cela avec
vous, sur papier et de vive voix. Il me paraît
important de vous donner la parole et d'entrer
en dialogue avec l'ensemble de notre petite
communauté.
Un trait important du projet tient au fait que la paroisse
Saint- Étienne ne serait plus simplement
territoriale mais qu'elle se ferait connaître
auprès de chrétiennes et chrétiens qui
n'habitent pas son territoire mais qui
choisiraient Saint-Étienne à cause de ses
caractéristiques particulières. Je vous disais
quelles seraient ces caractéristiques et aussi
pourquoi il semblait nécessaire d'élargir la
communauté. Je souhaite reprendre cela avec vous
dans un échange.
Je termine cette introduction en vous signalant deux
facteurs (parmi d'autres) qui rendent possible
l'engagement dans un tel projet.
1) Grâce à la vente de notre terrain d'autrefois nous
avons pu « placer » une certaine réserve dont
les intérêts nous procurent un minimum vital,
une autonomie financière.
2) Nous avons trouvé une agente de pastorale disposée à
s'engager dans le projet pour un temps
indéterminé. Il n'était ni souhaitable, ni
possible que je m'engage moi-même comme seul
membre du personnel dans un tel projet. Nous
serons donc deux personnes engagées à mi-temps.
Nos communautés devront de plus en plus compter
sur du personnel laïque.
Le1er juin 2008 :
Qu'en est-il de ce projet pastoral soumis l'an dernier à
notre vicaire épiscopal? Eh bien, voici !
Tout en demeurant une paroisse territoriale qui doit
répondre aux besoins des catholiques habitant à
l'intérieur des limites convenues depuis la
fondation de Saint-Étienne, notre communauté
deviendrait également paroisse «élective».
C'est-à-dire une paroisse que des gens
choisissent de fréquenter et à la vie de
laquelle ils veulent participer parce qu'elle
répond plus que d'autres à leurs besoins et à
leur mode de vie chrétienne. De plus en plus,
celles et ceux que l'on appelle «les
pratiquants» fréquentent une église de leur
choix, qu'ils considèrent leur convenir
davantage. Ainsi, certains paroissiens de
Saint-Étienne ont choisi de fréquenter une autre
communauté lorsque notre église a été démolie et
que nous nous sommes mis à célébrer la messe
autour d'une table. Ils préféraient aller dans
une «vraie église». D'autres chrétiens, au
contraire, viennent chez nous parce que c'est
plus facile d'y fraterniser et que le style, de
même que le langage, leur conviennent mieux.
Pourquoi donc des gens choisiraient-ils de fréquenter
Saint-Étienne alors qu’ils n'habitent pas son
territoire? Cela peut se produire si nous
développons une personnalité particulière comme
le font de plus en plus les écoles. L'une se
caractérise par son enseignement de la musique,
une autre par l'art dramatique ou encore par la
pratique des sports. Notre spécificité à nous
serait le souci missionnaire au sein de notre
société, C.-à-d. la préoccupation des 90 % de la
population qui ne fréquentent aucune église.
Cela implique une grande attention à la vie
concrète et les défis qu'elle présente. Et
aussi, comme autre caractéristique : le souci de
la justice dans la société et dans l'Église.
Pourquoi chercher à élargir la communauté Saint-Étienne?
Parce que nous ne sommes pas assez nombreux pour
assurer un degré satisfaisant de vitalité. Étant
un trop petit nombre, les membres qui se
reconnaissent responsables de la communauté et
de sa mission risquent gros de vivre tout cela
comme un fardeau. Chacun risque de se sentir
«nécessaire» au point de ne plus éprouver de
liberté dans sa contribution et son engagement -
«Si je n'y vais pas ... ça va s'écraser» -
Pourtant, la vie a besoin de liberté pour bien
respirer!
Le 8 juin 2008 :
Je poursuis pour vous ma réflexion quant à l'avenir
immédiat de Saint-Étienne. Du moins, l'avenir
auquel je cherche à contribuer, pour passer du
projet à la réalité.
Je vous disais dans le dernier semainier que notre
spécificité à nous pourrait être, en premier
lieu, « le souci missionnaire au sein de notre
société, c.-à-d. la préoccupation des 90 % de la
population qui ne fréquentent aucune église ».
Précisons ce point. À ma connaissance, il n'y a pas, au
sein de notre communauté, de femmes
monoparentales. Cependant, dans notre quartier,
il y en a sûrement un bon nombre. Savons-nous ce
que ça représente de vivre cette situation? Les
difficultés particulières qui s'y rattachent?
Les ressources qui peuvent aider à porter le
fardeau et à vivre malgré tout?
Dans le quartier, il y a plein d'hommes et de femmes qui
ont échoué dans un premier mariage, qui en ont
vu de toutes les couleurs et qui ont essayé de
se refaire une vie avec un€ autre conjoint€.
Avons-nous déjà écouté avec respect et
sympathie, et sans porter de jugement, ce que
produit l'échec d'un amour qu'on voulait pour la
vie et qui a généré des enfants? Il y a la
colère, l'humiliation, la culpabilité, la perte
de confiance en soi, la Souffrance que cela peut
injecter dans l'existence d'une femme, d'un
homme. Comment peut-on parvenir à se relever?
Autour de nous, il y a beaucoup de gens qui « sont sur le
Bien-Être », comme on dit. Comment ça se passe
une vie « sur le B. S.» Quels en sont les
tracas particuliers? Comment arrive-t-on à vivre
ou à survivre?
Dans notre voisinage, il y a de plus en plus d'immigrants;
des gens qui viennent d'ailleurs, qui sont
différents de nous et pour lesquels nous sommes
des étrangers. Comment ça se vit l'adaptation à
un autre monde que le sien? Qu'est-ce qui aide
et encourage? Qu'est-ce qui blesse et décourage?
Dans la Petite Patrie il existe un réseau de groupes
communautaires engagés dans les différentes
problématiques sociales : le logement, la santé
mentale, la condition féminine, l'insécurité
alimentaire et autres ... Connaissons-nous des
personnes qui se dévouent et se débattent dans
l'un ou l'autre de ces groupes ou organismes
pour améliorer le sort des moins nantis, pour
construire un monde plus juste et plus humain où
chacun et chacune jouissent d'une place au
soleil?
Et je pourrais poursuivre en nommant d'autres situations
sources de souffrance ou de joie. Il ne s'agit
pas de porter le monde sur notre dos. Nous ne
pouvons pas non plus « régler les problèmes des
autres ». Mais nous sommes appelés à aimer le
monde... comme Dieu nous aime. Si nous croyons
vraiment que Dieu nous aime. C'est là, en tout
cas, le cœur du message chrétien : Dieu nous a
aimés le premier.
Un des documents les plus importants du Concile Vatican II
commence par cette phrase: « Les joies et les
espoirs, les tristesses et les angoisses des
hommes de ce temps, des pauvres surtout et de
tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et
les espoirs, les tristesses et les angoisses des
disciples du Christ, et il n'est rien de
vraiment humain qui ne trouve écho dans leur
cœur » (L’Église dans le monde de ce temps).
Ainsi, comment, par quels moyens, par quelles initiatives
pourrions-nous inscrire ces paroles dans la
pratique de notre vie chrétienne personnelle et
communautaire et faire ainsi la volonté de Dieu,
ce qu'il attend de nous, lui être agréable et y
trouver notre propre bonheur?
Depuis septembre 2008, deux pas en avant, dans
la bonne direction
D’une part, nous faisons l’expérience de nos
« samedis thématiques ». Trois rencontres sont
déjà réalisées et une quatrième devrait se tenir
en juin (le 13). Ces mini-colloques représentent
un élément important de notre programme. Ils se
déroulent le samedi, de 9h30 à 12h30 et sont
précédés d’un petit déjeuner, à partir de 8h30
pour favoriser une prise de contact informelle.
La participation s’est avérée la même d’une fois
à l’autre, soit 19-20 personnes. Le premier
thème abordé fut celui de l’harmonie sociale
dans un quartier marqué par la multi-ethnicité.
Cela s’inscrivait dans le prolongement des
événements tragiques survenus dans le quartier
Montréal-Nord. Le deuxième thème fut celui de la
conciliation : homosexualité et appartenance à
une communauté chrétienne. Le troisième fut
inspiré par les autobus londoniens qui avaient
rejoint les nôtres avec leur publicité : « Dieu
n’existe probablement pas ». Nous avons fait
appel au témoignage de « recommençants » sur le
thème de Dieu. « Pourquoi fait-il encore
question? » Le prochain portera sur l’engagement
social. Qu’est-ce qu’on y cherche? Nous
tenterons d’intéresser à la démarche, et des
chrétiens motivés et des agnostiques qui « n’ont
pas besoin de Dieu » pour se préoccuper du monde
et de la justice.
Par ailleurs, notre prise de parole, notre
partage après l’écoute de l’Évangile, lors de la
célébration dominicale éprouvait un certain
creux. Nous avions perdu quelques participants
et intervenants habituels qui depuis longtemps
alimentaient très positivement ce partage. Nous
cherchions un second souffle. Notre nouvelle
agente de pastorale (qui est à la veille
d’obtenir son baccalauréat à l’Institut de
Pastorale des Dominicains) a recouru à l’aide
d’une de ses professeurs d’études bibliques.
Celle-ci est venue rencontrer la communauté.
Elle reviendra. Elle assure un suivi auprès de
Danièle, et c’est cette dernière qui de façon
habituelle met en œuvre une pédagogie pour
favoriser l’expression d’un plus grand nombre et
pousse plus loin le partage.
Notre stratégie d’implantation…
On pourrait dire que pour le moment nous n’avons
pas de stratégie d’implantation bien déterminée.
Ayant planté plusieurs petits arbres depuis un
certain temps, nous surveillons les fleurs et
les fruits pour faire la cueillette quand ça
nous semble mûr. Le C.P.P. qui avait connu
plusieurs bonnes années a été décimé soit par
des maladies qui se prolongent soit par d’autres
facteurs variables selon les personnes. Le petit
noyau dur de la communauté est tombé en miettes.
Mais pas dans la discorde, Dieu merci! L’amitié
est toujours là. On peut dire que pour le
moment, ce sont les deux membres du personnel
pastoral, (à mi-temps) qui portons le projet
global. Quelques autres personnes bien sûr
assument certaines tâches particulières ou
ponctuelles au sein de la communauté.
Comment allons-nous procéder pour que tous ceux
et celles qui le désirent puissent s’exprimer
sur l’évolution du projet? C’est à réfléchir et
à mettre au point.
En mettant un point final à mon intervention de
ce matin, je reprends conscience une fois de
plus que nous ne sommes pas en mesure de donner
la foi. Il s’agit là d’un don de Dieu. Nous
n’avons pas non plus de pouvoir sur la décision
de croire… qui relève de la liberté de chaque
personne.
Au chapitre 2 des Actes des Apôtres, à propos de
la 1ère communauté chrétienne on peut lire
ceci :
« Le Seigneur amenait de jour en jour à
l’Église,
ceux qu’il voulait sauver »
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