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Une façon de vivre la paroisse aujourd’hui
Claude Lefebvre

 

 


En septembre de l’année 2000, j’étais nommé administrateur paroissial de la paroisse Saint-Étienne (Montréal). À peu de choses près, je redevenais curé après une pause de 30 ans durant laquelle j’avais exercé différents ministères hors paroisse. Je devais consacrer à cette fonction la moitié de mon temps de travail.

Dans les mois qui ont suivi, j’écrivais déjà des textes à l’intention des paroissiens sur le thème  « Quel avenir pour Saint-Étienne? » La question m’a habité depuis ce temps et je la porte encore aujourd’hui, en 2009! Il y a des jours où je trouve la réponse bien lente à venir, et à d’autres moments, la question continue à me passionner et me maintient intellectuellement et pastoralement vivant.

En partageant avec vous cet interminable questionnement, je ne vous propose pas un modèle. Je ne suis même pas certain de l’issue de notre recherche. Ce que je partage, c’est la démarche tâtonnante d’un petit noyau de chrétiens(nes) pour en arriver à faire Église de façon ajustée à sa mission, chez-nous et aujourd’hui. Je présume que vous saurez y trouver matière à penser.

Ma présentation se fera en trois étapes sous les chapeaux suivants :

1)   La question qui demeure « Quel avenir pour Saint-Étienne? » au sein d’une situation qui a évolué au cours des années.

2)   Les références qui ont inspiré à mi-chemin le virage à 180° et orienté la marche vers des perspectives nouvelles.

3)   Un projet de programme et une stratégie d’implantation.

1.  Quel avenir pour Saint-Étienne?

À l’automne de l’an 2000 je me liais donc à une petite communauté chrétienne traumatisée par le départ-surprise de son curé et profondément divisée par un débat tout récent concernant le maintien des équipements paroissiaux (église et presbytère) ou leur démolition. Celle-ci aurait permis la vente du terrain à un groupe de trois corporations à fins sociales, en recherche d’un espace dans le quartier, en vue d’y réaliser leurs projets respectifs. Les équipements ne s’avéraient plus adéquats depuis longtemps; la situation financière se détériorait d’année en année; mais la vente du terrain signifiait aux yeux de plusieurs la disparition de la paroisse. La majorité des paroissiens impliqués dans le débat avaient refusé l’offre jugée trop menaçante pour l’avenir, et reporté la décision à plus tard.

À mon arrivée, en remplacement du curé parti « plutôt vite », j’ai été perçu comme l’envoyé du diocèse chargé de faire la « job de bras » et de régler le problème à la façon souhaitée par les autorités.  En réalité on ne m’avait pas confié cette mission; et le Diocèse respectait la responsabilité et la liberté des paroissiens. Mais la question apparaissait quand même incontournable : « Quel avenir pour Saint-Étienne? »

Proposition en vue d’un ralliement.

Quelques mois à peine après notre arrivée (une agente de pastorale avait été engagée en même temps que moi; à mi-temps, elle aussi) après avoir soumis le projet au conseil de Fabrique nous invitions les paroissiens à se rallier sur les propositions suivantes :

1)   On distingue clairement les deux questions; celle du maintien de la paroisse et celle de la démolition des bâtiments pour la vente du terrain.

a)  On démolit, on vend et on se reloge dès que possible.

b)  On s’engage à ne pas mettre en cause le maintien de la paroisse au cours des trois prochaines années.

2)   On se branche sur le secteur pastoral de la Petite Patrie pour y apporter notre contribution à la vie de l’Église du quartier et pour tirer profit de la mise en commun des problématiques pastorales et des ressources humaines. L’avenir est dans cette direction.

Et c’est bien dans cette direction que nous nous sommes mis en route. Il faut reconnaître que durant quatre ou cinq ans une large part de notre temps s’est consumé dans les négociations diverses, la vente du terrain et du mobilier, le déménagement / aménagement dans un local temporaire pour deux ans et demi et la prise de possession de nos nouveaux espaces, et le nouvel aménagement sur le terrain de l’église antérieure. Malgré cela nous avons quand même beaucoup investi dans le développement recherché du secteur pastoral en vue d’une nouvelle forme de vie d’Église dans le quartier.

L’expérience éprouvante du secteur pastoral.

Le secteur pastoral Petite Patrie était constitué depuis plusieurs années et le personnel pastoral (très majoritairement clérical) se réunissait de façon assez régulière. Mais certains participants – dont j’étais – souhaitaient lui donner un rôle beaucoup plus significatif et en faire l’artisan d’un agir pastoral commun et renouvelé

Chaque paroisse demeurait autonome dans sa gestion financière et son programme pastoral, il n’y avait pas de mise en place formelle de ce qu’on appelle une « unité pastorale ». De peine et de misère on réussit à s’entendre plus ou moins sur plusieurs initiatives pastorales. Mais ce qu’on a mis beaucoup d’effort à construire se désagrège rapidement et s’effondre.  Deux facteurs principaux me semblent expliquer cet échec : les divergences pastorales trop prononcées chez les curés, et l’absence d’un leadership institutionnel. L’échec du projet commun a même provoqué l’interruption de toute rencontre du personnel pastoral.

Malgré cela, quelques services pastoraux demeuraient « sectorisés » et Saint-Étienne conservait quelques ententes particulières avec la paroisse Saint-Édouard.

Un jour où je réfléchissais à cette situation j’ai dû constater ceci :

  • Si un jeune adulte prenait contact avec moi ou notre petit milieu communautaire, il était orienté vers le Forum pastoral des Jeunes Adultes à Saint-Édouard. Il pourrait alors « faire Église » avec des pairs.

  • Si un couple s’adressait à nous pour un baptême, c’est à l’équipe de pastorale du baptême de Saint-Édouard que je le référais. C’est là qu’il pouvait profiter d’une démarche préparatoire avec d’autres couples vivant la même situation.

  • Si des parents désiraient inscrire leur enfant à l’initiation à la vie chrétienne, on les référait à l’équipe du secteur confiée à la R.S.E. La démarche se faisait également à Saint-Édouard.

  • Comme, d’autre part, notre chapelle ne présente pas les dimensions habituellement exigées pour un mariage ou des funérailles….

Saint-Étienne m’est apparu comme un comptoir d’information pour orienter la clientèle vers le service adapté à ses besoins particuliers. Et aussi comme un lieu où des messes sont célébrées pour un petit groupe de personnes d’une même catégorie d’âge, dit l’âge d’or.

Quel avenir pour Saint-Étienne? Fallait-il imposer un avenir à Saint-Étienne? J’étais convaincu que plusieurs auraient dit : « Surtout pas! » En particulier ceux qui se voyaient utiliser à meilleur escient le produit de la vente du terrain!

Je me sentais personnellement interpellé, conscient que mon départ ou mon simple renoncement à bâtir un avenir mettrait fin au questionnement. On ne me remplacerait pas. On procéderait à la fusion / intégration de cette minuscule entité dans une paroisse voisine. Mais à mesure que l’avenir s’était assombri du côté secteur pastoral quant à la possibilité d’un renouveau, j’avais cherché plus activement une autre ouverture vers la lumière. Il m’était venu à l’esprit la communauté Saint-Albert-le-Grand (Montréal) à laquelle des chrétiens(nes)choisissaient d’appartenir à cause de ses caractéristiques propres qui leur conviennent.

En 2007 le conseil de pastorale invite Guy Lapointe, pasteur actuel de Saint-Albert, à venir nous raconter cette expérience d’Église. La rencontre s’avère stimulante. À partir de ce moment j’ai entrevu un avenir possible du côté d’une communauté qui serait à la fois territoriale et « choisie » par certains de ses membres comme répondant mieux qu’une autre à leurs aspirations. Saint-Étienne, avec son territoire restreint et le petit nombre de familles qui l’occupent, avec sa poignée de membres actifs, généralement âgés, ne peut sans doute pas générer une nouvelle expérience de vie d’Église sans un certain apport de nouveaux membres provenant de l’extérieur.

Et puis, autre facteur déterminant, j’ai repris de façon plus systématique la lecture d’articles pertinents par rapport à notre recherche. Je les ai communiqués à l’équipe pastorale (C.P.P.). Ils ont meublé notre réflexion, nos échanges. Ces références sont les suivantes :

  • Jacques Vermeylen, « L’essentiel et l’accessoire. Quelles priorités pour le catholicisme du XXIème siècle? » dans : Rue de la Pré-Voyance, Essais sur la pensée de Pierre de Locht, Éditions Feuilles Familiales, 2001, p.187-209.

  • Philippe Bacq, « Vers une pastorale d’engendrement » dans : Collectif, Une nouvelle chance pour l’Évangile, Lumen Vitae, Novalis, Éditions de l’Atelier, 2004, p.7-28.

  • André Charron, c.s.c., « Pour des communautés de proximité dans les réaménagements pastoraux », 1ère partie : Prêtre et Pasteur, mai 2007; 2ème partie : Prêtre et Pasteur, juin 2007.

Faute de temps pour la préparation, et faute de temps pour la communication, je m’en tiendrai avec vous à la première référence mentionnée. Mais j’y puiserai abondamment.

2.  Les références qui ont inspiré des perspectives nouvelles…

Je me permets de puiser à pleines mains dans le texte même de Jacques Vermeylen, prêtre du diocèse de Bruxelles et professeur à l’Université catholique de Lille. Sa réflexion fait partie d’un livre-hommage dédié à Pierre de Locht par un groupe d’amis à l’occasion de son 60ème anniversaire d’ordination sacerdotale.

Après avoir mentionné que dans nos régions le catholicisme semble être en voie d’épuisement et qu’il ne répond plus aux aspirations et interrogations des gens, il propose sa propre évaluation et ouvre des pistes d’avenir.

Et maintenant je le cite :

            Chacun veut faire pour le mieux, selon ses moyens… Ce qui me paraît manquer un peu partout c’est la cohérence avec le projet initial de Jésus et de ses premiers disciples… Au-delà des évolutions historiques dont le christianisme est tributaire, les catholiques doivent avoir le courage de se poser à nouveau les questions fondamentales : pour quelle cause Jésus s’est engagé au point de risquer sa vie?  Pour quel projet a-t-il rassemblé une équipe de disciples? Comment ce projet reste-t-il actuel dans un monde qui a bien changé? Qu’est-ce que cela implique pour la vie en Église aujourd’hui? (p.189-190)

Toute réforme authentique de l’Église doit être à la fois ouverture critique à la nouveauté d’un monde qui ne cesse d’évoluer et retour aux sources (p.190).

La cause de Jésus : le Règne ou le Royaume de Dieu

  • La prédication de Jésus porte essentiellement sur la venue du Règne de Dieu.  En paroles.  Et en actes, particulièrement. Pour comprendre ce que le Règne de Dieu – image du bonheur que Dieu promet et donne aux hommes, à commencer par Israël – représente pour Jésus, il faut envisager à la fois ses discours et ses actes (p.192).
  • S’il agit au nom de son Père et se retire dans la montagne pour prier, s’il fréquente la synagogue et se rend au Temple, le Jésus des Évangiles ne paraît pas très préoccupé par le culte et les usages religieux.  Sa priorité semble plutôt être la restauration de chaque personne humaine dans son intégrité et la restauration du corps social mutilé par l’exclusion de beaucoup (p.192).
  • Le Royaume se caractérise d’emblée comme étant « de Dieu ».  S’il appelle l’engagement humain, il n’en est pas le simple aboutissement, mais il se présente d’abord comme un don de Dieu… Concrètement, le Royaume s’implante là où Jésus passe, où il fait reculer le malheur et rend à ceux qu’il rencontre leur dignité d’êtres humains (p 195).

Au service de cette cause : le groupe des disciples unis à Jésus

  • Le groupe des douze, qui représente avant tout l’Israël renouvelé par la Bonne Nouvelle, doit « être avec » Jésus et faire ce qu’il fait : annoncer l’irruption du Règne de Dieu et en donner les signes en chassant les démons, ce qui semble inclure la guérison des malades. Telle est la seule mission de la communauté des disciples, qui préfigure l’Église : témoigner par la parole et par l’action du Règne de Dieu, comme le fait Jésus (p.197).
  • Une communauté chrétienne est évangélique dans la mesure où elle permet à chacune et chacun d’être reconnu, d’avoir sa place, sans discrimination d’aucune sorte, et où elle commence à vivre des relations humaines vraies et chaleureuses, dans une solidarité effective (p.198).

Quelques conséquences pour l’Église au seuil du XXIème siècle.

Revenons à notre point de départ : quelle réforme faut-il aujourd’hui mettre en œuvre dans l’Église, pour qu’au lieu de mourir elle trouve un nouveau souffle, vive dans une fidélité plus grande à l’Évangile et soit crédible aux yeux de nos contemporains? (p.201)

1.      Puisque l’Église n’est pas le Royaume… qu’elle n’en n’est que le « sacrement »… n’est-il donc pas essentiel de commencer par ouvrir les yeux sur les germes du Royaume présents partout dans notre société? Cela revient à ne pas partir de grandes théories, mais à écouter en vérité ce que les gens disent de leur expérience humaine et spirituelle, et à savoir s’indigner avec eux ou s’émerveiller selon les cas.  Sans doute pourrons-nous bien souvent, y découvrir le travail caché de l’Esprit (p.202).

2.      Comme le Royaume est disséminé, une organisation très lourde et très centralisée est plutôt un contre-signe. Or jamais sans doute au cours de l’histoire, la centralisation de l’Église catholique n’a été aussi forte qu’aujourd’hui.  Il est urgent de renverser le mouvement à tous les niveaux (p.202).

3.      Être sacrement du Royaume implique l’engagement effectif des chrétiens et des groupes ecclésiaux dans le combat pour une humanisation de la société… Ce qui doit d’abord préoccuper l’Église, ce n’est pas son propre sort (elle n’est qu’un instrument) mais celui de l’humanité.

4.      La cohérence avec l’Évangile appelle une attention positive à ce que vivent les humains, sans jugement à priori… Se laisser instruire par l’expérience vécue, écouter avec patience ce que les gens disent de leur vie, et en particulier lorsque le témoignage ne correspond pas aux belles théories : voilà une attitude qui devrait inspirer non seulement les chrétiens « ordinaires » mais aussi les théologiens et le Magistère de l’Église (p.204).

5.      Jésus n’a pas fondé un grand mouvement structuré mais il a rassemblé une petite équipe pour vivre avec lui et partager son engagement au service du Royaume. Même s’il faut aussi de larges assemblées et convenir que des grands rassemblements exceptionnels ont leur place, c’est dans la construction de petites communautés où peuvent se rencontrer des personnes qui veulent vivre et porter ensemble la mission évangélique que l’Église commence.

Enfin, après avoir mentionné quelques autres conséquences d’une fidélité renouvelée à l’Évangile, l’auteur termine en signalant qu’en de nombreux diocèses la question à l’ordre du jour est celle du remembrement des paroisses.  Cette question s’impose, reconnaît-il, mais il faut sans aucun doute préférer les solutions qui préservent et suscitent les petites communautés locales, avec de vraies responsabilités confiées à des laïcs.

3. Un projet, des éléments de programme, une stratégie d’implantation

Pour ce qui est de la 3ème partie de ma présentation, j’ai déjà eu à la formuler par tranches à l’intention des paroissiens dans plusieurs semainiers paroissiaux. Pour dévoiler les intentions, inviter à la réflexion… provoquer les esprits et susciter d’éventuelles réactions. Je commencerai par la lecture de la dernière tranche, en date du 7 septembre 2008, dimanche des retrouvailles après la longue pause de l’été.

Le 7 septembre 2008 :

Aujourd'hui à Saint-Étienne, nous faisons un pas considérable en passant d'une QUESTION à un PROJET. Cette proposition pour l'avenir, c'est moi qui l'ai mise en forme, mais elle ne vient pas de surgir de mon imagination. Je pense sincèrement qu'elle provient de l'expérience que nous avons vécue ensemble, de notre réflexion commune, de nos échanges depuis mon arrivée à Saint-Étienne, tout au long de ce parcours que je viens d'évoquer rapidement. Pendant plusieurs années nous avons pu profiter d'un conseil de pastorale (C.P.P.) bien vivant. C'est particulièrement au sein de ce groupe que nous avons souvent envisagé la question de l'avenir.

Ce projet, je l'ai soumis dans les grandes lignes à notre vicaire épiscopal (pour la Région-Nord du diocèse) Mgr Pierre Blanchard. Il a écouté attentivement et j'aurai à lui en reparler. Je suis en droit de penser qu'il nous accorde un appui.

Dans trois semainiers paroissiaux de juin dernier, avant la pause de l'été, je vous ai communiqué les grandes lignes  de ce projet. Au cours des prochaines semaines je vais reprendre cela avec vous, sur papier et de vive voix. Il me paraît important de vous donner la parole et d'entrer en dialogue avec l'ensemble de notre petite communauté.

Un trait important du projet tient au fait que la paroisse Saint- Étienne ne serait plus simplement territoriale mais qu'elle se ferait connaître auprès de chrétiennes et chrétiens qui n'habitent pas son territoire mais qui choisiraient Saint-Étienne à cause de ses caractéristiques particulières. Je vous disais quelles seraient ces caractéristiques et aussi pourquoi il semblait nécessaire d'élargir la communauté. Je souhaite reprendre cela avec vous dans un échange.

Je termine cette introduction en vous signalant deux facteurs (parmi d'autres) qui rendent possible l'engagement dans un tel projet.

1) Grâce à la vente de notre terrain d'autrefois nous avons pu « placer » une certaine réserve dont les intérêts nous procurent un minimum vital, une autonomie financière.

2) Nous avons trouvé une agente de pastorale disposée à s'engager dans le projet pour un temps indéterminé. Il n'était ni souhaitable, ni possible que je m'engage moi-même comme seul membre du personnel dans un tel projet. Nous serons donc deux personnes engagées à mi-temps. Nos communautés devront de plus en plus compter sur du personnel laïque.

Le1er juin 2008 :

Qu'en est-il de ce projet pastoral soumis l'an dernier à notre vicaire épiscopal? Eh bien, voici !

Tout en demeurant une paroisse territoriale qui doit répondre aux besoins des catholiques habitant à l'intérieur des limites convenues depuis la fondation de Saint-Étienne, notre communauté deviendrait également paroisse «élective». C'est-à-dire une paroisse que des gens choisissent de fréquenter et à la vie de laquelle ils veulent participer parce qu'elle répond plus que d'autres à leurs besoins et à leur mode de vie chrétienne. De plus en plus, celles et ceux que l'on appelle «les pratiquants» fréquentent une église de leur choix, qu'ils considèrent leur convenir davantage. Ainsi, certains paroissiens de Saint-Étienne ont choisi de fréquenter une autre communauté lorsque notre église a été démolie et que nous nous sommes mis à célébrer la messe autour d'une table. Ils préféraient aller dans une «vraie église». D'autres chrétiens, au contraire, viennent chez nous parce que c'est plus facile d'y fraterniser et que le style, de même que le langage, leur conviennent mieux.

Pourquoi donc des gens choisiraient-ils de fréquenter Saint-Étienne alors qu’ils n'habitent pas son territoire? Cela peut se produire si nous développons une personnalité particulière comme le font de plus en plus les écoles. L'une se caractérise par son enseignement de la musique, une autre par l'art dramatique ou encore par la pratique des sports. Notre spécificité à nous serait le souci missionnaire au sein de notre société, C.-à-d. la préoccupation des 90 % de la population qui ne fréquentent aucune église. Cela implique une grande attention à la vie concrète et les défis qu'elle présente. Et aussi, comme autre caractéristique : le souci de la justice dans la société et dans l'Église.

Pourquoi chercher à élargir la communauté Saint-Étienne? Parce que nous ne sommes pas assez nombreux pour assurer un degré satisfaisant de vitalité. Étant un trop petit nombre, les membres qui se reconnaissent responsables de la communauté et de sa mission risquent gros de vivre tout cela comme un fardeau. Chacun risque de se sentir «nécessaire» au point de ne plus éprouver de liberté dans sa contribution et son engagement - «Si je n'y vais pas ... ça va s'écraser» - Pourtant, la vie a besoin de liberté pour bien respirer!

Le 8 juin 2008 :

Je poursuis pour vous ma réflexion quant à l'avenir immédiat de Saint-Étienne. Du moins, l'avenir auquel je cherche à contribuer, pour passer du projet à la réalité.

Je vous disais dans le dernier semainier que notre spécificité à nous pourrait être, en premier lieu, « le souci missionnaire au sein de notre société, c.-à-d. la préoccupation des 90 % de la population qui ne fréquentent aucune église ».

Précisons ce point. À ma connaissance, il n'y a pas, au sein de notre communauté, de femmes monoparentales. Cependant, dans notre quartier, il y en a sûrement un bon nombre. Savons-nous ce que ça représente de vivre cette situation? Les difficultés particulières qui s'y rattachent? Les ressources qui peuvent aider à porter le fardeau et à vivre malgré tout?

Dans le quartier, il y a plein d'hommes et de femmes qui ont échoué dans un premier mariage, qui en ont vu de toutes les couleurs et qui ont essayé de se refaire une vie avec un€ autre conjoint€. Avons-nous déjà écouté avec respect et sympathie, et sans porter de jugement, ce que produit l'échec d'un amour qu'on voulait pour la vie et qui a généré des enfants? Il y a la colère, l'humiliation, la culpabilité, la perte de confiance en soi, la Souffrance que cela peut injecter dans l'existence d'une femme, d'un homme. Comment peut-on parvenir à se relever?

Autour de nous, il y a beaucoup de gens qui « sont sur le Bien-Être », comme on dit. Comment ça se passe une vie « sur le B. S.» Quels en sont  les tracas particuliers? Comment arrive-t-on à vivre ou à survivre?

Dans notre voisinage, il y a de plus en plus d'immigrants; des gens qui viennent d'ailleurs, qui sont différents de nous et pour lesquels nous sommes des étrangers. Comment ça se vit l'adaptation à un autre monde que le sien? Qu'est-ce qui aide et encourage? Qu'est-ce qui blesse et décourage?

Dans la Petite Patrie il existe un réseau de groupes communautaires engagés dans les différentes problématiques sociales : le logement, la santé mentale, la condition féminine, l'insécurité alimentaire et autres ... Connaissons-nous des personnes qui se dévouent et se débattent dans l'un ou l'autre de ces groupes ou organismes pour améliorer le sort des moins nantis, pour construire un monde plus juste et plus humain où chacun et chacune jouissent d'une place au soleil?

Et je pourrais poursuivre en nommant d'autres situations sources de souffrance ou de joie. Il ne s'agit pas de porter le monde sur notre dos. Nous ne pouvons pas non plus « régler les problèmes des autres ». Mais nous sommes appelés à aimer le monde... comme Dieu nous aime. Si nous croyons vraiment que Dieu nous aime. C'est là, en tout cas, le cœur du message chrétien : Dieu nous a aimés le premier.

Un des documents les plus importants du Concile Vatican II commence par cette phrase: « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur » (L’Église dans le monde de ce temps).

Ainsi, comment, par quels moyens, par quelles initiatives pourrions-nous inscrire ces paroles dans la pratique de notre vie chrétienne personnelle et communautaire et faire ainsi la volonté de Dieu, ce qu'il attend de nous, lui être agréable et y trouver notre propre bonheur?

Depuis septembre 2008, deux pas en avant, dans la bonne direction

D’une part, nous faisons l’expérience de nos « samedis thématiques ». Trois rencontres sont déjà réalisées et une quatrième devrait se tenir en juin (le 13). Ces mini-colloques représentent un élément important de notre programme. Ils se déroulent le samedi, de 9h30 à 12h30 et sont précédés d’un petit déjeuner, à partir de 8h30 pour favoriser une prise de contact informelle. La participation s’est avérée la même d’une fois à l’autre, soit 19-20 personnes. Le premier thème abordé fut celui de l’harmonie sociale dans un quartier marqué par la multi-ethnicité. Cela s’inscrivait dans le prolongement des événements tragiques survenus dans le quartier Montréal-Nord. Le deuxième thème fut celui de la conciliation : homosexualité et appartenance à une communauté chrétienne. Le troisième fut inspiré par les autobus londoniens qui avaient rejoint les nôtres avec leur publicité : « Dieu n’existe probablement pas ».  Nous avons fait appel au témoignage de « recommençants » sur le thème de Dieu. « Pourquoi fait-il encore question? » Le prochain portera sur l’engagement social. Qu’est-ce qu’on y cherche? Nous tenterons d’intéresser à la démarche, et des chrétiens motivés et des agnostiques qui « n’ont pas besoin de Dieu » pour se préoccuper du monde et de la justice.

Par ailleurs, notre prise de parole, notre partage après l’écoute de l’Évangile, lors de la célébration dominicale éprouvait un certain creux. Nous avions perdu quelques participants et intervenants habituels qui depuis longtemps alimentaient très positivement ce partage.  Nous cherchions un second souffle. Notre nouvelle agente de pastorale (qui est à la veille d’obtenir son baccalauréat à l’Institut de Pastorale des Dominicains) a recouru à l’aide d’une de ses professeurs d’études bibliques. Celle-ci est venue rencontrer  la communauté. Elle reviendra. Elle assure un suivi auprès de Danièle, et c’est cette dernière qui de façon habituelle met en œuvre une pédagogie pour favoriser l’expression d’un plus grand nombre et pousse plus loin le partage.

Notre stratégie d’implantation…

On pourrait dire que pour le moment nous n’avons pas de stratégie d’implantation bien déterminée. Ayant planté plusieurs petits arbres depuis un certain temps, nous surveillons les fleurs et les fruits pour faire la cueillette quand ça nous semble mûr. Le C.P.P. qui avait connu plusieurs bonnes années a été décimé soit par des maladies qui se prolongent soit par d’autres facteurs variables selon les personnes. Le petit noyau dur de la communauté est tombé en miettes. Mais pas dans la discorde, Dieu merci! L’amitié est toujours là. On peut dire que pour le moment, ce sont les deux membres du personnel pastoral, (à mi-temps) qui portons le projet global. Quelques autres personnes bien sûr assument certaines tâches particulières ou ponctuelles au sein de la communauté.

Comment allons-nous procéder pour que tous ceux et celles qui le désirent puissent s’exprimer sur l’évolution du projet? C’est à réfléchir et à mettre au point.

En mettant un point final à mon intervention de ce matin, je reprends conscience une fois de plus que nous ne sommes pas en mesure de donner la foi. Il s’agit là d’un don de Dieu. Nous n’avons pas non plus de pouvoir sur la décision de croire… qui relève de la liberté de chaque personne.

Au chapitre 2 des Actes des Apôtres, à propos de la 1ère communauté chrétienne on peut lire ceci :

«  Le Seigneur amenait de jour en jour à l’Église,
ceux qu’il voulait sauver »

 

 

 

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