|
Réf. Bibliques : 1ère lecture : Is 40,1-5.9-11
Ps 84,9ac-10.11-12.13-14
2ème lecture : 2 P 3,8-14
Évangile : Mc 1,1-8
Une Bonne Nouvelle pour aujourd’hui !
La semaine passée, on a vu que l’Avent était
toujours actuel : ce temps d’attente, ce temps
de veille, ne consiste pas à attendre quelqu’un
qui n’est pas là ou qui tarde à venir ou
attendre un événement qui n’est pas arrivé… Non!
Ce temps consiste à découvrir quelqu’un qui est
déjà là et à le reconnaître dans les événements
qui sont les nôtres, à travers les femmes et les
hommes d’aujourd’hui… Que devons-nous retenir
des textes de la Parole d’aujourd’hui?
1.
Commencement.
« Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le Fils de Dieu »
(Mc 1,1). En une phrase, l’évangéliste Marc, qui
écrit à des païens convertis, donne tout le sens
de son évangile, de sa Bonne Nouvelle. Il ne dit
pas recommencement, comme s’il s’agissait
d’une Bonne Nouvelle annoncée autrefois et qu’il
lui faut répéter pour son temps. Non! C’est
commencement, donc, une Bonne Nouvelle qui
est toujours neuve, qui doit s’ajuster et
s’actualiser au temps où elle est prononcée et
proclamée. C’est le début, non pas d’un texte,
mais d’une action de Dieu, aussi importante que
le commencement du monde : « Au commencement,
Dieu créa le ciel et la terre » (Gn 1,1) ou
le commencement de l’évangile de saint Jean :
« Au commencement était le Verbe, et le Verbe
était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu »
(Jn 1,1).
Et pour
annoncer sa Bonne Nouvelle, saint Marc n’hésite
pas à citer l’Ancien Testament, mais il le fait
librement, sans se soucier de l’exactitude de
ses citations : « Voici que j’envoie mon
messager devant toi, pour préparer ta route »
(Mc 1,2b). Marc nous dit que ça vient du
prophète Isaïe (Mc 1,2a), et pourtant, cette
citation vient d’un mélange tiré du livre de
l’Exode, version grecque (Ex 23,20) et du
prophète Malachie (Ml 3,1). Et le reste : «À
travers le désert, une voix crie : Préparez le
chemin du Seigneur, aplanissez sa route »
(Mc 1,3), nous vient du prophète Isaïe dans sa
version grecque, la Septante.
La Bonne
Nouvelle que Marc annonce concerne, non pas
Jésus de Nazareth qu’il ne connaît pas, mais
bien Jésus Christ, le Fils de Dieu, celui que
Pâques lui a révélé. Comme ce Jésus Christ est
vivant, il s’incarne dans les chrétiens de tous
les temps. Ça veut dire qu’il s’incarne encore
aujourd’hui; il n’en tient qu’à nous de le
reconnaître… C’est pourquoi, en 2011, c’est
encore le commencement d’une Bonne Nouvelle de
Jésus Christ, le Fils de Dieu vivant
aujourd’hui, chez nous.
2.
Le désert.
« Et Jean le Baptiste parut dans le désert. Il
proclamait un baptême de conversion pour le
pardon des péchés »
(Mc 1,4). Mais attention! Dans l’évangile, le mot péché n’a
pas la connotation morale qu’on lui donne
aujourd’hui. Le mot péché traduit la condition
humaine dans toute sa fragilité… condition qui
fait qu’on s’éloigne du Dieu de l’Alliance et
qu’on a besoin de conversion pour y revenir. Et
ça se passe au désert, car le désert, c’est ce
lieu de vide, de silence, de paix et de sérénité
qui permet tous les commencements. C’est là que
tout commence : la prise de conscience de ce que
nous sommes, notre besoin de conversion, notre
désir de changer la réalité et la nécessité d’y
participer. C’est là, au désert, que peut
renaître toutes les espérances. C’est aussi là
que Jean-Baptiste donne le baptême d’eau pour
signifier la conversion du cœur, et ce baptême
s’adresse à tout le monde sans exception : les
riches comme les pauvres, les dirigeants comme
le peuple, les religieux comme les exclus.
Le désert,
c’est aussi l’expérience du peuple de Dieu en
Exil à Babylone, dont fait écho la 1ère lecture
aujourd’hui. Pour revenir de Babylone à
Jérusalem, il lui faut inventer des chemins de
liberté : « Une voix proclame : ‘’Préparez à
travers le désert le chemin du Seigneur. Tracez
dans les terres arides une route aplanie pour
notre Dieu’’ » (Is 40,3). Il n’y a donc pas
de piste toute tracée. Dieu n’emprunte jamais
les itinéraires déjà balisés. Et pourquoi? Parce
que la vie ne revient jamais sur ses pas; elle
s’invente à mesure, sans cesse. Par ailleurs,
malgré l’insécurité de la route à faire,
« tout ravin sera comblé, toute montagne et
toute colline seront abaissées, les passages
tortueux deviendront droits et les escarpements
seront changés en plaines » (Is 40,4). Dieu
promet d’accompagner les défricheurs et les
marcheurs (Is 40,11).
Dans son
évangile, saint Marc récupère le baptême de
Jean-Baptiste pour annoncer un autre baptême :
le baptême chrétien, le baptême dans l’Esprit
Saint, qui nous fait devenir fils et filles de
Dieu, frères et sœurs du Christ de Pâques :
« Moi, je vous ai baptisés dans l’eau; lui vous
baptisera dans l’Esprit Saint » (Mc 1,8).
Dans son aventure chrétienne, l’Église ne peut
emprunter, elle non plus, des chemins tracés
d’avance. La route est aussi à inventer. Malgré
l’insécurité qui nous guette, il nous faut
ouvrir de nouveaux sentiers, et n’ayons pas
peur, le Christ nous accompagne.
3.
La Justice.
La première valeur de toute la Bible, c’est la
Justice. Elle vient même avant l’Amour,
car comment peut-on aimer quelqu’un si on est
injuste envers lui? Le Psaume 84 de ce dimanche,
le dit explicitement : « Amour et vérité se
rencontrent, Justice et paix s’embrassent; la
vérité germera de la terre et du ciel se
penchera la Justice. Le Seigneur donnera ses
bienfaits et notre terre donnera son fruit. La
Justice marchera devant lui, et ses pas
traceront le chemin ». Ce qui signifie que
sur les chemins que nous inventons dans notre
aventure chrétienne, le Christ nous accompagne;
il nous précède, mais, en même temps, la Justice
marche devant lui, d’où l’importance de
travailler à la restaurer.
Aujourd’hui, à quoi devons-nous nous convertir?
La plus grande conversion qui est demandée à
l’Église, à ses dirigeants et à tous ses
membres, c’est d’accueillir, d’accepter, de
s’ouvrir aux réalités nouvelles des femmes et
des hommes de notre temps. C’est à travers elles
et eux que le Christ vit et qu’il peut apporter
un message d’espérance dans ce monde nouveau
commencé il y a plus de 2000 ans. Nous avons
toutes et tous pour mission d’y travailler. Le
monde actuel a ses beautés, ses avancées, mais
aussi ses reculs, ses limites et ses fragilités.
Que l’Église reconnaisse les beautés du monde et
qu’elle fasse preuve de compassion, d’indulgence
et de pardon, pour ses limites et ses pauvretés.
C’est la seule façon de faire naître l’espérance
aujourd’hui.
C’est
tellement vrai, qu’aux questionnements des
premières communautés chrétiennes, sur le retour
du Christ, l’auteur de la 2ème lettre de Pierre,
écrite vers l’an 125 de notre ère, dont nous
avons un extrait aujourd’hui, tente de nous
rassurer. Quand on s’interroge sur notre avenir
et qu’on se demande quand ce monde de
souffrances, d’intolérance, de divisions, de
guerres et de mort va-t-il finir, l’auteur de
cette lettre de Pierre nous dit de ne pas faire
comme les fondamentalistes bibliques qui
cherchent une réponse au Quand?, mais de
chercher plutôt une réponse au Quoi faire en
attendant?. Il écrit : « Le Seigneur
n’est pas en retard pour tenir sa promesse,
comme le pensent certaines personnes; c’est pour
vous qu’il patiente : car il n’accepte pas d’en
laisser quelques-uns se perdre; mais il veut que
tous aient le temps de se convertir » (2 P
3,9). Et il ajoute : « Il y a une chose que
vous ne devez pas oublier : pour le Seigneur, un
seul jour est comme mille ans, et mille ans sont
comme un seul jour » (2 P 3,8). Ce qui veut
dire : arrêtez de chercher la date de la fin du
monde ou du retour du Christ; levez vos manches
et travaillez en attendant, car la fin dépend de
nous. Le salut n’est pas que personnel ou
individuel; il est aussi collectif et
communautaire, d’où l’importance de nous engager
à faire de notre monde, un monde plus juste et
plus fraternel : « Car ce que nous attendons,
selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel
nouveau et une terre nouvelle où résidera la
Justice » (2 P 3,13). Il nous appartient de
les faire advenir.
En terminant, je voudrais vous citer l’exégète français
Édouard Cothenet qui nous dit qu’une promesse ne
peut être faite que si on s’engage à la
réaliser : « S’il vous plaît, ne faites pas
de promesses! Ne promettez rien ni à ceux qui
sont exilés sous le regard lâche des nations
réfugiées derrière le devoir de non-ingérence,
ni à ceux qui se racornissent de faim sur leurs
terres craquelées de mort, ni à ceux qui ne
voient arriver aucune raison d’espérer encore,
ni à ceux qui tendent le cœur pour mendier des
quignons d’amour, ni à ceux qui se sentent
définitivement cimentés à la misère, ni à ceux
qu’on a exclus de la communauté… Ne promettez
rien ou alors mettez-vous au travail avec
Celui-là qui s’est avancé pendant sa vie et
payant de son sang pour tenir la Promesse qu’il
avait faite : « Je viens pour vous sauver ».
Les promesses n’ont de sens que si on les
réalise! »
[
RETOUR ]
|