Culture et Foi > Dossiers > Homélies > Avent 2 (B) : 4 décembre 2011

Avent 2 (B) : 4 décembre 2011
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  1ère lecture :  Is 40,1-5.9-11
Ps 84,9ac-10.11-12.13-14
2ème lecture :  2 P 3,8-14
Évangile :  Mc 1,1-8

Une Bonne Nouvelle pour aujourd’hui !

La semaine passée, on a vu que l’Avent était toujours actuel : ce temps d’attente, ce temps de veille, ne consiste pas à attendre quelqu’un qui n’est pas là ou qui tarde à venir ou attendre un événement qui n’est pas arrivé… Non! Ce temps consiste à découvrir quelqu’un qui est déjà là et à le reconnaître dans les événements qui sont les nôtres, à travers les femmes et les hommes d’aujourd’hui… Que devons-nous retenir des textes de la Parole d’aujourd’hui?

1.       Commencement. « Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le Fils de Dieu » (Mc 1,1). En une phrase, l’évangéliste Marc, qui écrit à des païens convertis, donne tout le sens de son évangile, de sa Bonne Nouvelle. Il ne dit pas recommencement, comme s’il s’agissait d’une Bonne Nouvelle annoncée autrefois et qu’il lui faut répéter pour son temps. Non! C’est commencement, donc, une Bonne Nouvelle qui est toujours neuve, qui doit s’ajuster et s’actualiser au temps où elle est prononcée et proclamée. C’est le début, non pas d’un texte, mais d’une action de Dieu, aussi importante que le commencement du monde : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » (Gn 1,1) ou le commencement de l’évangile de saint Jean : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu » (Jn 1,1).

Et pour annoncer sa Bonne Nouvelle, saint Marc n’hésite pas à citer l’Ancien Testament, mais il le fait librement, sans se soucier de l’exactitude de ses citations : « Voici que  j’envoie mon messager devant toi, pour préparer ta route » (Mc 1,2b). Marc nous dit que ça vient du prophète Isaïe (Mc 1,2a), et pourtant, cette citation vient d’un mélange tiré du livre de l’Exode, version grecque (Ex 23,20) et du prophète Malachie (Ml 3,1). Et le reste : «À travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route » (Mc 1,3), nous vient du prophète Isaïe dans sa version grecque, la Septante.

La Bonne Nouvelle que Marc annonce concerne, non pas Jésus de Nazareth qu’il ne connaît pas, mais bien Jésus Christ, le Fils de Dieu, celui que Pâques lui a révélé. Comme ce Jésus Christ est vivant, il s’incarne dans les chrétiens de tous les temps. Ça veut dire qu’il s’incarne encore aujourd’hui; il n’en tient qu’à nous de le reconnaître… C’est pourquoi, en 2011, c’est encore le commencement d’une Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le Fils de Dieu vivant aujourd’hui, chez nous.

2.       Le désert. « Et Jean le Baptiste parut dans le désert. Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés » (Mc 1,4). Mais attention! Dans l’évangile, le mot péché n’a pas la connotation morale qu’on lui donne aujourd’hui. Le mot péché traduit la condition humaine dans toute sa fragilité… condition qui fait qu’on s’éloigne du Dieu de l’Alliance et qu’on a besoin de conversion pour y revenir. Et ça se passe au désert, car le désert, c’est ce lieu de vide, de silence, de paix et de sérénité qui permet tous les commencements. C’est là que tout commence : la prise de conscience de ce que nous sommes, notre besoin de conversion, notre désir de changer la réalité et la nécessité d’y participer. C’est là, au désert, que peut renaître toutes les espérances. C’est aussi là que Jean-Baptiste donne le baptême d’eau pour signifier la conversion du cœur, et ce baptême s’adresse à tout le monde sans exception : les riches comme les pauvres, les dirigeants comme le peuple, les religieux comme les exclus.

Le désert, c’est aussi l’expérience du peuple de Dieu en Exil à Babylone, dont fait écho la 1ère lecture aujourd’hui. Pour revenir de Babylone à Jérusalem, il lui faut inventer des chemins de liberté : « Une voix proclame : ‘’Préparez à travers le désert le chemin du Seigneur. Tracez dans les terres arides une route aplanie pour notre Dieu’’ » (Is 40,3). Il n’y a donc pas de piste toute tracée. Dieu n’emprunte jamais les itinéraires déjà balisés. Et pourquoi? Parce que la vie ne revient jamais sur ses pas; elle s’invente à mesure, sans cesse. Par ailleurs, malgré l’insécurité de la route à faire, « tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées, les passages tortueux deviendront droits et les escarpements seront changés en plaines » (Is 40,4). Dieu promet d’accompagner les défricheurs et les marcheurs (Is 40,11).

Dans son évangile, saint Marc récupère le baptême de Jean-Baptiste pour annoncer un autre baptême : le baptême chrétien, le baptême dans l’Esprit Saint, qui nous fait devenir fils et filles de Dieu, frères et sœurs du Christ de Pâques : « Moi, je vous ai baptisés dans l’eau; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint » (Mc 1,8). Dans son aventure chrétienne, l’Église ne peut emprunter, elle non plus, des chemins tracés d’avance. La route est aussi à inventer. Malgré l’insécurité qui nous guette, il nous faut ouvrir de nouveaux sentiers, et n’ayons pas peur, le Christ nous accompagne.

3.       La Justice. La première valeur de toute la Bible, c’est la Justice. Elle vient même avant l’Amour, car comment peut-on aimer quelqu’un si on est injuste envers lui? Le Psaume 84 de ce dimanche, le dit explicitement : « Amour et vérité se rencontrent, Justice et paix s’embrassent; la vérité germera de la terre et du ciel se penchera la Justice. Le Seigneur donnera ses bienfaits et notre terre donnera son fruit. La Justice marchera devant lui, et ses pas traceront le chemin ». Ce qui signifie que sur les chemins que nous inventons dans notre aventure chrétienne, le Christ nous accompagne; il nous précède, mais, en même temps, la Justice marche devant lui, d’où l’importance de travailler à la restaurer.

Aujourd’hui, à quoi devons-nous nous convertir? La plus grande conversion qui est demandée à l’Église, à ses dirigeants et à tous ses membres, c’est d’accueillir, d’accepter, de s’ouvrir aux réalités nouvelles des femmes et des hommes de notre temps. C’est à travers elles et eux que le Christ vit et qu’il peut apporter un message d’espérance dans ce monde nouveau commencé il y a plus de 2000 ans. Nous avons toutes et tous pour mission d’y travailler. Le monde actuel a ses beautés, ses avancées, mais aussi ses reculs, ses limites et ses fragilités. Que l’Église reconnaisse les beautés du monde et qu’elle fasse preuve de compassion, d’indulgence et de pardon, pour ses limites et ses pauvretés. C’est la seule façon de faire naître l’espérance aujourd’hui.

C’est tellement vrai, qu’aux questionnements des premières communautés chrétiennes, sur le retour du Christ, l’auteur de la 2ème lettre de Pierre, écrite vers l’an 125 de notre ère, dont nous avons un extrait aujourd’hui, tente de nous rassurer. Quand on s’interroge sur notre avenir et qu’on se demande quand ce monde de souffrances, d’intolérance, de divisions, de guerres et de mort va-t-il finir, l’auteur de cette lettre de Pierre nous dit de ne pas faire comme les fondamentalistes bibliques qui cherchent une réponse au Quand?, mais de chercher plutôt une réponse au Quoi faire en attendant?. Il écrit : « Le Seigneur n’est pas en retard pour tenir sa promesse, comme le pensent certaines personnes; c’est pour vous qu’il patiente : car il n’accepte pas d’en laisser quelques-uns se perdre; mais il veut que tous aient le temps de se convertir » (2 P 3,9). Et il ajoute : « Il y a une chose que vous ne devez pas oublier : pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour » (2 P 3,8). Ce qui veut dire : arrêtez de chercher la date de la fin du monde ou du retour du Christ; levez vos manches et travaillez en attendant, car la fin dépend de nous. Le salut n’est pas que personnel ou individuel; il est aussi collectif et communautaire, d’où l’importance de nous engager à faire de notre monde, un monde plus juste et plus fraternel : « Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la Justice » (2 P 3,13). Il nous appartient de les faire advenir.

En terminant, je voudrais vous citer l’exégète français Édouard Cothenet qui nous dit qu’une promesse ne peut être faite que si on s’engage à la réaliser : « S’il vous plaît, ne faites pas de promesses! Ne promettez rien ni à ceux qui sont exilés sous le regard lâche des nations réfugiées derrière le devoir de non-ingérence, ni à ceux qui se racornissent de faim sur leurs terres craquelées de mort, ni à ceux qui ne voient arriver aucune raison d’espérer encore, ni à ceux qui tendent le cœur pour mendier des quignons d’amour, ni à ceux qui se sentent définitivement cimentés à la misère, ni à ceux qu’on a exclus de la communauté… Ne promettez rien ou alors mettez-vous au travail avec Celui-là qui s’est avancé pendant sa vie et payant de son sang pour tenir la Promesse qu’il avait faite : « Je viens pour vous sauver ». Les promesses n’ont de sens que si on les réalise! »

 

 

 

 

[ RETOUR ]

 

 

 


 

 

© 2000-2001 - Le réseau Culture et Foi - culture_et_foi@videotron.ca