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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Is 61,1-2a.10-11
2ème lecture : 1 Th 5,16-24
Évangile: Jn 1,6-8.19-28
Soyons dans la joie !
Le troisième dimanche de l’Avent est le dimanche de la Joie.
Toutes les lectures en font état. Mais a-t-on
raison de se réjouir? Malgré les aléas de la vie
et la précarité de nos existences, nous les
chrétiens, avons la conviction profonde que
Christ est déjà là au milieu de nous. C’est le
Jean Baptiste de l’évangéliste Jean qui nous le
redit : « Mais au milieu de vous se tient
celui que vous ne connaissez pas » (Jn
1,26b). Pour Jean l’évangéliste, il n’y a plus
aucun doute sur le rôle qu’a joué le Baptiste
pour la foi chrétienne, par rapport au rôle de
Jésus de Nazareth, devenu Christ et Seigneur au
moment de sa mort-résurrection. C’est comme si
le conflit qui prévalait au temps des
synoptiques entre les baptistes et les chrétiens
étaient enfin terminés. En Matthieu, par
exemple, Jean Baptiste fait demander à Jésus :
« Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous
en attendre un autre? » (Mt 11,3). Dans
l’évangile de saint Jean, un tel doute est
impensable. Il n’y a plus de rivalités entre les
disciples de Jean Baptiste et ceux de Jésus. Aux
prêtres et aux lévites de Jérusalem qui
demandent à Jean Baptiste : « Qui es-tu? »
(Jn 1,19), il répond : « Je ne suis pas
le Messie » (Jn 1,20b). Ils continuèrent :
« ‘’Qui es-tu donc? Es-tu le prophète Élie?’’
Il répondit : ‘’Non’’. ‘’Alors es-tu le grand
Prophète (Moïse)?’’ Il répondit : ‘’Ce n’est pas
moi’’ » (Jn 1,21).
Sur le plan historique, c’est impossible que Jean Baptiste
ait pu tenir de tels propos sur son identité et
sur celle de Jésus. Tout est théologique et
christologique, de sorte qu’on peut dire sans se
tromper que Jean Baptiste a été le premier
chrétien sans lui-même être baptisé. En effet,
saint Jean fait du Baptiste le modèle de tous
les chrétiens, qui deviennent par leur baptême,
des témoins du Christ, des prophètes de la Bonne
Nouvelle du salut et des serviteurs de la
Parole, du Verbe de Dieu qu’est le Christ de
Pâques : « Je suis la voix qui crie à travers
le désert : Aplanissez le chemin du Seigneur,
comme a dit le prophète Isaïe » (Jn 1,23).
Saint Augustin disait : « Il est difficile de
distinguer la parole de la voix, et c’est
pourquoi, on a pris Jean Baptiste pour le
Christ. On a pris la voix pour la parole; mais
la voix s’est fait connaître, afin de ne pas
faire obstacle à la parole… »
Dans l’évangile de saint Jean, à la réponse de Jean Baptiste
sur son identité, les pharisiens répliquèrent :
« Si tu n’es ni le Messie, ni Élie, ni le
grand Prophète, pourquoi baptises-tu? » (Jn
1,25). Et c’est là que Jean Baptiste devient un
témoin, un missionnaire, un serviteur de la
Parole : Il indique la lumière qu’est le Christ,
il prête sa voix au Verbe, à la Parole de Dieu
qu’est le Christ et il se met à son service,
tout en reconnaissant sa supériorité : « Je
ne suis même pas digne de défaire la courroie de
sa sandale » (Jn 1,27). Défaire la courroie
des sandales de son maître, c’était la fonction
du disciple. Un peu plus loin dans l’évangile de
saint Jean, Jean Baptiste dit : « Il faut
qu’il grandisse et que moi, je diminue » (Jn
3,30). Le baptême de Jean Baptiste est un
baptême de conversion qui nous fait devenir
disciples du Christ. Le baptême chrétien, lui,
est plus que ça : par l’Esprit de la Pentecôte,
il nous fait devenir Christ lui-même, des
Christs ressuscités.
Ce n’est pas pour rien que ce troisième dimanche de l’Avent
est appelé le dimanche de la Joie… Car, quand on
comprend bien ce qui nous arrive, comme
chrétiens, ça nous fait nécessairement éprouver
de la Joie : la Joie qui est toujours, dans
l’évangile, rattachée à Pâques, à la
Résurrection, à la Vie avec un grand V. Ça nous
fait comprendre le 3ème Isaïe, qu’on a en 1ère
lecture aujourd’hui et l’apôtre Paul, dans sa
1ère lettre aux Thessaloniciens, qu’on a en 2ème
lecture. Nous sommes des consacrés :
« L’esprit du Seigneur est sur moi parce que le
Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a
envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres,
guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux
prisonniers la délivrance, et aux captifs la
liberté » (Is 61,1). Nous sommes invités à
la Joie : « Je tressaille de joie dans le
Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu. Car il m’a
enveloppé du manteau de l’innocence, il m’a fait
revêtir les vêtements du salut, comme un jeune
époux se pare du diadème, comme une mariée met
ses bijoux » (Is 61,10). Et saint Paul
ajoute : « Soyez toujours dans la joie »
1 Th 5,16).
En même temps, saint Paul nous interpelle. Nous les
chrétiens, nous avons pour mission de libérer
les gens, de les soulager, de les soigner, de
les faire espérer : « N’éteignez pas
l’Esprit » (1 Th 5,19), « ne repoussez
pas les prophètes » (1 Th 5,20), « mais
discernez la valeur de toute chose » (1 Th
5,21). Ainsi, à travers nous, Dieu peut faire
germer sa Justice (Is 61,11). Ces
recommandations sont pour tous les chrétiens qui
travaillent pour la Justice, à la promotion et à
la dignité humaine, à la naissance de
l’espérance, à la naissance du Christ…
aujourd’hui… Les chrétiens doivent être de vrais
prophètes. Selon Isaïe, le vrai prophète est
celui qui restaure la Justice de Dieu en faveur
des pauvres, des petits, des exclus et des
blessés de la vie. Selon saint Jean, le vrai
prophète est aussi celui qui est le
porte-parole, le porte-voix de Dieu, un témoin
de la Lumière. En parlant de Jean Baptiste,
l’évangéliste Jean écrit : « Il était venu
comme témoin, pour rendre témoignage à la
lumière, afin que tous croient par lui » (Jn
1,7).
Aujourd’hui, dans notre Église, de quelle sorte de prophètes
avons-nous besoin? Dans un monde de plus en plus
sécularisé, le prophète d’aujourd’hui peut-il
encore révéler la présence de Dieu et annoncer
son Règne de Justice et de vérité? Je pense que
oui! Mais, il faut d’abord reconnaître que
personne ne détient la vérité et que l’Esprit
Saint agit à travers les femmes et les hommes de
notre temps, et non pas seulement à travers la
hiérarchie de l’Église. Ce qui choque et qui
éloigne la majorité des croyants actuels, c’est
l’appropriation de la vérité par certains
dirigeants qui méprisent la modernité et qui
excluent toutes celles et tous ceux qui
cherchent à actualiser le message évangélique
aux réalités et aux situations de notre temps.
Le prophète d’aujourd’hui, qui veut annoncer le Christ
libérateur, doit lutter, non seulement contre
l’intégrisme laïque qui l’empêche de parler,
mais aussi contre l’intégrisme religieux qui lui
refuse d’être porte-voix ou porte-parole du
Christ ressuscité, jusqu’à l’exclure de
l’Église, s’il persiste à en témoigner. Si nous
faisons une lecture fondamentaliste des textes
bibliques, nous risquons de faire dire aux
auteurs bibliques le contraire de ce qu’ils ont
voulu dire et nous faisons de la Parole de Dieu
un fardeau à porter, plutôt qu’une parole qui
libère… C’est aussi la preuve que nous n’avons
rien compris de ce qu’est la Parole de Dieu.
Dans son dernier livre Mon Dieu… pourquoi?,
l’abbé Pierre, 93 ans, un grand prophète de
notre temps, critique l’Église catholique, sur
des sujets d’actualité : la sexualité, l’égalité
homme-femme, l’homosexualité, l’homoparentalité,
le mariage des prêtres, etc. Il fait une
critique sévère des croyants qui lisent la Bible
d’une façon littérale et matérialiste. Souvent,
ces croyants sont encouragés par des dirigeants
de l’Église qui en font autant. Et pourtant,
l’abbé Pierre cite un Père de l’Église, saint
Augustin, qui dénonçait, en son temps, au 4ème
siècle, les abus d’une lecture littérale et
historique des récits de la Genèse, concernant
Adam et Ève et le péché originel. Saint Augustin
écrit : « Il est une chose plus honteuse,
chose pernicieuse et extrêmement redoutable,
c’est qu’un non-fidèle puisse entendre un
chrétien parler comme de choses parlant des
Saintes Écritures, alors qu’il annonce des
folies au point que l’infidèle a peine à se
retenir de rire. Et lorsqu’il a entendu dire que
cela serait tiré des Saintes Écritures, comment
pourrait-il se fier aux Saintes Écritures, en ce
qui touche la résurrection des morts, l’espoir
de la vie éternelle et le royaume des cieux? »
En d’autres mots, ce que veut dire saint Augustin, c’est que
si je dis qu’Adam et Ève ont été le premier
homme et la première femme de l’humanité,
historiquement et matériellement parlant, ou
encore que le monde a été créé en six jours avec
de la terre et de l’eau (la théorie
créationniste de l’ex-président américain Bush)…
si je dis des niaiseries de la sorte, en
affirmant que ça vient de la Bible, ça fait rire
les incroyants, la Bible perd toute sa
crédibilité et moi aussi. Après cela, comment
devenir crédible, lorsqu’il s’agit de parler de
choses plus importantes, comme la résurrection,
l’espérance du salut et la Vie éternelle? Il y a
quelques années, à l’occasion de Noël, le pape
Jean-Paul II avait dit que l’enfant Jésus
n’avait jamais désobéi à sa mère… C’est
exactement ce que saint Augustin dénonçait à son
époque.
En terminant, nous devons être attentifs aux signes des
temps. Le théologien Marcel Metzger écrit :
« Les prophètes sont encore nécessaires! Nous ne
sommes que dans les temps intermédiaires : entre
ce Jour de Dieu, où la mort a été vaincue par la
Résurrection, et ce Jour de Dieu, encore à
venir, qui manifestera le ciel nouveau et la
terre nouvelle… L’Esprit du Seigneur est sur
nous, il nous envoie annoncer l’Évangile, avec
son message de Joie, mais aussi ses mises en
garde, lorsque le salut est mis en échec ou
lorsque le bonheur est confisqué par une
minorité qui se croit supérieure et propriétaire
de la vérité sur Dieu et sur le monde. L’Esprit
nous envoie : aplanissez le chemin du
Seigneur! »
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