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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Jb 7,1-4.6-7
2ème lecture : 1 Co 9,16-19.22-23
Évangile: Mc 1,29-39
Nous sommes des accoucheurs !
L’évangile d’aujourd’hui est la suite de
l’évangile de dimanche passé, où on voyait Jésus
libérer un dirigeant de la synagogue, un curé du
temps, qui s’opposait à l’enseignement nouveau
et dérangeant du Christ ressuscité, le prophète
par excellence, reconnu comme tel, par les
premiers chrétiens. Aujourd’hui, on le voit
quitter la synagogue pour se rendre dans la
maison de Pierre, l’Église, afin de libérer la
belle-mère de Pierre, les chrétiens, qui sont
aux prises avec de la fièvre et qui ont besoin
de libération, de guérison, de résurrection.
L’évangéliste Marc souligne que « la ville
entière se pressait à la porte » (Mc 1,33)
et que le Christ ressuscité « guérit toutes
sortes de malades et chasse beaucoup d’esprits
mauvais » (Mc 1,34). Saint Marc ajoute :
« Tout le monde le cherche » (Mc 1,37), mais
seuls Simon et ses compagnons le trouvent (Mc
1,36). Pourquoi? Sans doute, parce que la
plupart des gens cherchent un guérisseur, un
magicien, un thaumaturge… mais il n’en est rien;
le Christ n’est pas un magicien qui fait
disparaître la maladie, la souffrance et la
mort, mais quelqu’un qui accompagne, qui
soulage, qui réconforte, qui libère et qui
ressuscite. Cette mission d’accompagnateur, de
libérateur, le Christ la confie à ses disciples
partout où ils se trouvent… Il leur dit :
« Partons ailleurs, dans les villages voisins,
afin que là aussi je proclame la Bonne Nouvelle;
car c’est pour cela que je suis sorti » (Mc
1,38).
1.
Pourquoi la souffrance?
De tous les temps, les humains souffrent et ont
essayé de comprendre et d’expliquer la
souffrance humaine. Est-ce que Dieu a créé la
souffrance? Est-ce qu’il la veut? La souffrance
est-elle une punition de Dieu? Y a-t-il un lien
à faire entre le mal et la souffrance? Ce sont
là des questions qu’on se pose depuis la nuit
des temps, et nos réponses demeurent souvent
incomplètes et ne sont pas toujours
satisfaisantes. Et pourtant, une brève formule
d’Évely disait : « Dieu n’envoie pas la
maladie, il envoie le médecin ». Alors,
pourquoi la souffrance? Tout simplement parce
que celle-ci fait partie de notre condition
humaine dans toute sa fragilité. La violence, la
maladie, le mal, la souffrance et la mort font
partie de notre réalité humaine. Il faut les
combattre, bien sûr, mais aussi les assumer.
On a un bel
exemple de ça en 1ère lecture aujourd’hui, au
livre de Job. C’est la réflexion d’un auteur
biblique qui a voulu personnifier la souffrance
humaine à travers son personnage, Job, à qui
arrivent tous les malheurs de l’existence. C’est
un conte philosophique qui s’inspire de la
littérature de l’Ancien Orient. Dans ce livre,
dont on a malheureusement qu’un court extrait,
l’auteur veut faire réfléchir sur la souffrance,
ses causes, les responsabilités de celui qui
souffre et son attitude devant la souffrance.
Job est un
homme bon et riche à qui tout réussit. Mais
voilà qu’un bon jour, Dieu comme un roi,
convoque sa cour qui est composée d’anges et de
démons. Parmi ces démons, il y a Satan à qui
Dieu demande : « As-tu remarqué mon serviteur
Job? Il n’a pas son pareil sur terre. C’est un
homme intègre et droit qui craint Dieu et
s’écarte du mal » (Jb 1,8). Satan réplique :
« Est-ce pour rien que Job craint Dieu? Ne
l’as-tu pas protégé d’un enclos, lui, sa maison
et tout ce qu’il possède? Tu as béni ses
entreprises, et ses troupeaux pullulent dans le
pays. Mais veuille étendre ta main et touche à
tout ce qu’il possède. Je parie qu’il te maudira
en face! » (Jb 1,9-11). Dieu accepte le pari
de Satan : « Eh bien, soit! Tous ses biens
sont en ton pouvoir. Évite seulement de porter
la main sur lui (Jb 1,12) et respecte sa
vie » (Jb 2,6).
Comme le
pari est accepté, voilà que le malheur s’abat
sur Job (on ne dit pas pauvre comme Job pour
rien : c’est catastrophe par-dessus catastrophe.
Job perd tous ses biens, ses troupeaux, ses
serviteurs; ses fils sont tous tués dans
l’écroulement de leurs maisons. Et comble de
malheur, la maladie s’abat sur lui. Il est
couvert d’ulcères qui le font souffrir
énormément. Le pauvre Job se retrouve seul sur
son fumier. Même sa femme vient se moquer de lui
en disant : « Vas-tu persister dans ton
intégrité? Maudis Dieu et meurs! » (Jb 2,9).
Job lui dit : « Tu parles comme une folle.
Nous acceptons le bonheur comme un don de Dieu.
Et le malheur, pourquoi ne l’accepterions-nous
pas aussi? » (Jb 2,10). Mais attention! Ce
n’est pas de la résignation niaiseuse… de sorte
que, à ses amis théologiens qui viennent le voir
pour lui expliquer ce qui lui arrive, Job
proteste de son innocence et refuse de telles
interprétations. 1) Il y en a un qui dit :
« Je crois que s’il t’arrive autant de malheurs,
c’est que tu as commis un gros péché et aussi
longtemps que tu ne l’auras pas avoué, Dieu va
te punir… ». 2) Un autre théologien lui
dit : « Qu’est-ce que tu veux? C’est ça la
vie! Il faut te résigner et souffrir en silence!
Dieu éprouve ceux qu’il aime! » .
C’est
épouvantable des interprétations comme celles-là
et on les entend, malheureusement, encore
aujourd’hui. Job se défend; il demande des
comptes à Dieu; il frôle le blasphème. Il dit à
ses amis théologiens : « Laissez-moi
tranquille! Dieu, je le connais autant que vous.
Je lui demande des comptes; je veux discuter
avec lui. La seule chose que je regrette, c’est
qu’il n’y ait pas d’arbitre entre Dieu et moi;
je suis convaincu que l’arbitre jugerait en ma
faveur ». À la fin du livre, Dieu félicite
Job et il dit : « C’est certain, Job est le
meilleur de tous, parce qu’il ne s’est pas
écrasé, il ne s’est pas mis à plat ventre devant
moi; il a résisté. Il a été un homme debout.
C’est lui qui a eu raison ». Et Dieu dit à
un des théologiens, Élifaz de Témân : « Ma
colère flambe contre toi et contre tes deux
amis, parce que vous n’avez pas parlé de moi
avec droiture comme l’a fait mon serviteur Job »
(Jb 42,7).
Le message,
c’est de nous dire que la souffrance, même celle
qui est inévitable, n’en demeure pas moins
inacceptable. Il faut la combattre à tout prix.
C’est ce que le Christ de l’évangile de Marc
fait aujourd’hui. Toute la journée à Capharnaüm,
il combat la souffrance et le mal. Jésus ne fait
pas de magie : il soulage, réconforte,
accompagne, guérit, ressuscite. On ne peut faire
une lecture littérale et fondamentaliste de ce
texte; sinon, on réduit le geste de Jésus à un
tour de magie, sans plus. Les mots utilisés par
l’évangéliste ont un sens beaucoup plus large et
veulent exprimer une importante réalité de
l’Église du 1er siècle et celle du 21ème siècle.
La belle-mère de Simon, c’est l’Église, c’est la
figure du chrétien, victime de la fièvre du
péché, c’est-à-dire de la limite humaine qui
nous empêche de nous tenir debout. Le Christ qui
s’approche, lui saisit la main et la fait se
lever (egeirein) qui veut dire ressusciter.
C’est un langage de Pâques pour dire que par le
baptême chrétien, le Christ nous ressuscite et
nous donne la possibilité de nous tenir debout
pour remplir notre mission première qui est de
servir. C’est ce que la belle-mère fait…
2.
La résurrection.
Il s’agit là du vrai miracle, celui de la
guérison offert à tous les chrétiens. La
souffrance persiste, bien sûr, car les chrétiens
demeurent des êtres humains, c’est-à-dire
limités, fragiles et vulnérables. Par ailleurs,
avec le Christ, ils deviennent capables de
combattre leurs souffrances et de les assumer,
pour accompagner et guérir les autres. N’est-ce
pas ce que saint Paul affirme, en 2ème lecture
aujourd’hui, lorsqu’il dit qu’il se doit
d’annoncer cette Bonne Nouvelle : « Malheur à
moi si je n’annonçais pas l’Évangile » (1 Co
9, 16b). Et pour dire que le Christ ressuscité
agit à travers lui, il ajoute : « Oui, libre
à l’égard de tous, je me suis fait le serviteur
de tous afin d’en gagner le plus grand nombre
possible. J’ai partagé la faiblesse des plus
faibles pour gagner aussi les faibles. Je me
suis fait tout à tous pour en sauver à tout prix
quelques uns » (1 Co 9,19.22).
Non pas que les autres ne sont pas sauvés… Non!
C’est qu’ils n’ont pas encore rencontré le
Christ de Pâques qui console, qui soulage, qui
guérit toutes les blessures. Ce qui veut dire
que le monde a besoin d’autres Paul et d’autres
chrétiens pour ce faire. La résurrection est
pour tous sans exception et celle-ci s’exprime
d’abord et avant tout, par la guérison de nos
blessures, de nos limites et de nos souffrances.
C’était la mission du Christ et c’est la nôtre
encore aujourd’hui. La finitude humaine, le mal
et la souffrance sont toujours là, mais ils
n’ont pas le dernier mot sur la vie humaine,
parce que Christ, en s’approchant de nous, nous
prend par la main et nous fait nous lever,
c’est-à-dire qu’il nous ressuscite et nous met
debout pour servir.
Il y a une
différence entre reconnaître notre humanité dans
toute sa fragilité et nous complaire dans cette
situation de finitude qui est la nôtre.
L’Évangile nous invite à nous accompagner, les
uns les autres, à nous guérir de nos blessures
et à nous mettre debout pour servir. C’est ce
qu’on appelle l’espérance. C’est de croire que
tout est possible à cause de notre foi au Christ
de Pâques.
En terminant, je voudrais simplement citer un
prêtre, Gabriel Ringlet, prorecteur à
l’Université de Louvain qui disait que la vie de
prêtre est une vie blessée au sens noble du
terme. Par ailleurs, ce qu’il dit du prêtre peut
s’appliquer à tous chrétiens, puisqu’il écrit :
« …La blessure, c’est d’être touché au plus
profond et jusque dans sa chair par cette Parole
à mettre au jour. Comment être prêtre? L’un des
lieux où je me sens le plus prêtre, moi, c’est
dans l’accompagnement vers la mort : on aide
quelqu’un, dans ce moment si particulier, à
accoucher de ce qu’il a de meilleur en lui. Au
fond, un prêtre, c’est un accoucheur ».
Comme tous les chrétiens sont appelés à
accompagner, à servir les autres, ne sommes-nous
pas toutes et tous, des accoucheurs?
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