Culture et Foi > Dossiers > Homélies > Pâques (B) : 12 avril 2009

Pâques (B) : 12 avril 2009
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :   Évangiles : Veillée pascale : Mc 16,1-8
Pâques : Jn 20,1-9

Dans toutes les églises du monde, on proclame que Christ est ressuscité! Qu’est-ce à dire? Avons-nous des preuves de la Résurrection? À quels signes reconnaissons-nous le Christ? Depuis 2,000 ans les mêmes questions se posent et les réponses ne sont pas toujours satisfaisantes. Que nous disent les évangiles?

Que ce soit l’évangile de Marc qu’on avait hier soir à la Veillée pascale ou celui de Jean qu’on a ce matin, les preuves sont plutôt ténues : saint Marc nous dit que des femmes sont allées au cimetière pour voir un mort et elles ont rencontré un homme en blanc qui leur a dit qu’il était vivant. Et saint Jean, lui, nous dit que Marie-Madeleine se rend au tombeau et voyant que la pierre avait été enlevée, elle n’entre pas mais elle court dire à Pierre et au disciple que Jésus aimait qu’on a enlevé le Seigneur Jésus.

Comme preuve de Résurrection, ce n’est pas fort…Et il y  a pire : l’évangile de Marc qui est pourtant le 1er évangile à avoir été écrit, nous dit que l’homme en blanc donne un message aux femmes, celui d’aller dire aux disciples et à Pierre que le Christ est ressuscité. Il leur dit : « Il vous précède en Galilée; c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit » (Mc 1,7). Et au verset suivant, saint Marc ajoute : « Les femmes sortirent et s’enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées; et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur » (Mc 1,8). Et l’évangile finit comme ça : sur la peur…C’était tellement insoutenable qu’un lecteur, disciple du 2ème siècle, a ajouté une apparition à l’évangile, parce qu’il trouvait que ça finissait trop mal.

Personnellement, je préfère la finale de Marc, car la peur des femmes c’est la même peur qui décrit bien la réalité du 1er siècle et la nôtre. Vous savez : Croire en la Résurrection, ce n’est pas évident. Croire que Christ est vivant aujourd’hui, ce n’est pas évident non plus. C’est pourtant le fondement de notre foi. La peur des femmes chez Marc et l’incompréhension de Marie-Madeleine chez Jean, c’est la peur et l’incompréhension des chrétiens d’aujourd’hui. De sorte que, on a beaucoup de misère à dire haut et fort que Christ est vivant à travers les hommes et les femmes de notre temps.

L’exégète français F. Tricard, dans les Dossiers de la Bible # 27 écrit : « Il n’y a qu’une réalité historiquement constatable : une communauté de disciples se forme après la mort de Jésus et s’en va annoncer à un monde de plus en plus large et lointain la nouvelle stupéfiante : cet homme de Nazareth, Dieu l’a ressuscité et fait Seigneur et Christ. Il n’y a pas d’autre preuve que cette communauté des commencements qui vit, de lui et par lui, d’une vie nouvelle, et qui a grandi comme l’arbre issu du grain de sénevé, selon la parabole du Maître. La meilleure preuve aujourd’hui encore, si pauvre soit-elle, ce sont les chrétiens ».

On a beau savoir ça, mais lorsque arrive des événements qui sortent de l’ordinaire, on a peur et on ne veut pas reconnaître le Christ dans les personnes qui osent sortir des sentiers battus pour ouvrir de nouveaux chemins. Exemple : le pape actuel n’arrête pas de condamner, d’exclure et d’excommunier des chrétiens qui essaient de traduire l’évangile au monde d’aujourd’hui : les théologiens de la libération en Amérique du Sud et dans les pays du Tiers-Monde, où l’injustice faite aux pauvres est criante, les prêtres, les évêques et les missionnaires qui travaillent à l’égalité homme-femme dans l’Église : le père Bourgeois aux États-Unis subit actuellement les foudres du Vatican. Et pourtant, ce même pape accueille 4 évêques intégristes qui refusent Vatican II (il y en a même un qui nie l’holocauste), et il les accueille sous prétexte de faire l’unité de l’Église… Cherchez l’erreur!

L’excommunication de l’entourage de cette jeune brésilienne de 9 ans qui a subi un avortement à la suite d’un viol répétitif de son beau-père a scandalisé, partout dans le monde, des croyants qui comprennent difficilement le peu de compassion de certains dirigeants d’Église. Et pour mettre la cerise sur le sundae, le pape dit dans l’avion qui le transportait en Afrique que le condom aggravait l’épidémie du sida. Faut le faire : dans un pays où plus de 30 millions de personnes sont infectées par le VIH, il me semble qu’il faut essayer tout ce qu’on peut pour enrayer la maladie. C’est évident que le condom n’est pas la solution au problème du sida...il faut humaniser la sexualité et se responsabiliser… Mais lorsque le feu est pris, ce n’est pas le temps de faire une réunion pour savoir de quelle façon on va l’éteindre : on prend les boyaux et on arrose… Après, on se réunira pour prévenir le feu.

Dans toutes ces situations, il y a des peurs : peur de la modernité, peur de la nouveauté, peur de l’inconnu, de l’étranger, du non croyant. Il y a aussi de la méfiance : méfiance de la science et de la médecine, méfiance des chrétiens de la base. L’Église a peur de la liberté… comme si les hommes et les femmes d’aujourd’hui étaient tous et toutes des irresponsables.

Et de l’autre côté, il y a les chrétiens de la base qui ont peur d’affirmer leur foi au Christ : la peur de la solidarité, peur de se tenir debout, peur de se battre et d’aller au bout de leur foi. Ces chrétiens démissionnent, baissent les bras, apostasient et sortent de l’Église. Et pourtant, la peur des uns n’est pas moins pire que celle des autres. La peur nous paralyse et nous empêche de reconnaître le Christ vivant, le Christ ressuscité.

Même Pierre dans l’évangile de saint Jean qu’on a aujourd’hui, lorsqu’il arrive au tombeau et voit qu’il est vide et que le linceul est là à sa place, il ne veut pas croire; il lui en faut plus que ça. Seul le disciple que Jésus aimait voit et croit… et pourquoi? Parce qu’il aime plus que Pierre. Ce qui veut dire que l’amour nous fait croire et nous fait reconnaître le Christ vivant… à travers l’autre, tous les autres.

Au lieu d’avoir peur; prenons le risque de la foi, le risque de l’engendrement dans la foi, où le résultat ne nous appartient pas, mais où l’espérance est à son meilleur. Charles Péguy ne disait-il pas que l’espérance était la foi à son meilleur, parce que l’espérance nous fait croire que demain ça ira mieux quand aujourd’hui ça va mal.

Arrêtons de juger, de condamner, d’excommunier, d’exclure… Portons plutôt le message d’amour et d’espérance du Christ de l’Évangile… Et comme l’Église catholique n’est pas réservée à une élite, mais qu’elle appartient à tous ceux et celles qui veulent bien y croire, aimons en toute gratuité comme le Christ…soyons témoins de sa Résurrection. C’est la seule façon de témoigner de sa Présence au monde et de le reconnaître vivant aujourd’hui.


Joyeuses Pâques 2009!

 

 

 

 

 

 

 

[ RETOUR]

 

 

© 2000-2001 - Le réseau Culture et Foi - culture_et_foi@videotron.ca