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Réf. Bibliques : Évangiles : Veillée pascale :
Mc 16,1-8
Pâques : Jn 20,1-9
Dans toutes les églises du monde, on proclame que Christ est
ressuscité! Qu’est-ce à dire? Avons-nous des
preuves de
la Résurrection? À quels signes reconnaissons-nous le Christ? Depuis 2,000 ans les mêmes
questions se posent et les réponses ne sont pas
toujours satisfaisantes. Que nous disent les
évangiles?
Que ce soit l’évangile de Marc qu’on avait hier soir à la
Veillée pascale ou celui de Jean qu’on a ce
matin, les preuves sont plutôt ténues : saint
Marc nous dit que des femmes sont allées au
cimetière pour voir un mort et elles ont
rencontré un homme en blanc qui leur a dit qu’il
était vivant. Et saint Jean, lui, nous dit que
Marie-Madeleine se rend au tombeau et voyant que
la pierre avait été enlevée, elle n’entre pas
mais elle court dire à Pierre et au disciple que
Jésus aimait qu’on a enlevé le Seigneur Jésus.
Comme preuve de Résurrection, ce n’est pas fort…Et il y a
pire : l’évangile de Marc qui est pourtant le
1er évangile à avoir été écrit, nous dit que
l’homme en blanc donne un message aux femmes,
celui d’aller dire aux disciples et à Pierre que
le Christ est ressuscité. Il leur dit : « Il
vous précède en Galilée; c’est là que vous le
verrez, comme il vous l’a dit » (Mc 1,7). Et
au verset suivant, saint Marc ajoute : « Les
femmes sortirent et s’enfuirent loin du tombeau,
car elles étaient toutes tremblantes et
bouleversées; et elles ne dirent rien à
personne, car elles avaient peur » (Mc 1,8).
Et l’évangile finit comme ça : sur la
peur…C’était tellement insoutenable qu’un
lecteur, disciple du 2ème siècle, a ajouté une
apparition à l’évangile, parce qu’il trouvait
que ça finissait trop mal.
Personnellement, je préfère la finale de Marc, car la peur
des femmes c’est la même peur qui décrit bien la
réalité du 1er siècle et la nôtre. Vous savez :
Croire en
la Résurrection, ce n’est pas évident. Croire que Christ est vivant aujourd’hui, ce
n’est pas évident non plus. C’est pourtant le
fondement de notre foi. La peur des femmes chez
Marc et l’incompréhension de Marie-Madeleine
chez Jean, c’est la peur et l’incompréhension
des chrétiens d’aujourd’hui. De sorte que, on a
beaucoup de misère à dire haut et fort que
Christ est vivant à travers les hommes et les
femmes de notre temps.
L’exégète français F. Tricard, dans les Dossiers de
la Bible # 27 écrit : « Il n’y a qu’une
réalité historiquement constatable : une
communauté de disciples se forme après la mort
de Jésus et s’en va annoncer à un monde de plus
en plus large et lointain la nouvelle
stupéfiante : cet homme de Nazareth, Dieu l’a
ressuscité et fait Seigneur et Christ. Il n’y a
pas d’autre preuve que cette communauté des
commencements qui vit, de lui et par lui, d’une
vie nouvelle, et qui a grandi comme l’arbre issu
du grain de sénevé, selon la parabole du Maître.
La meilleure preuve aujourd’hui encore, si
pauvre soit-elle, ce sont les chrétiens ».
On a beau savoir ça, mais lorsque arrive des événements qui
sortent de l’ordinaire, on a peur et on ne veut
pas reconnaître le Christ dans les personnes qui
osent sortir des sentiers battus pour ouvrir de
nouveaux chemins. Exemple : le pape actuel
n’arrête pas de condamner, d’exclure et
d’excommunier des chrétiens qui essaient de
traduire l’évangile au monde d’aujourd’hui : les
théologiens de la libération en Amérique du Sud
et dans les pays du Tiers-Monde, où l’injustice
faite aux pauvres est criante, les prêtres, les
évêques et les missionnaires qui travaillent à
l’égalité homme-femme dans l’Église : le père
Bourgeois aux États-Unis subit actuellement les
foudres du Vatican. Et pourtant, ce même pape
accueille 4 évêques intégristes qui refusent
Vatican II (il y en a même un qui nie
l’holocauste), et il les accueille sous prétexte
de faire l’unité de l’Église… Cherchez l’erreur!
L’excommunication de l’entourage de cette jeune brésilienne
de 9 ans qui a subi un avortement à la suite
d’un viol répétitif de son beau-père a
scandalisé, partout dans le monde, des croyants
qui comprennent difficilement le peu de
compassion de certains dirigeants d’Église. Et
pour mettre la cerise sur le sundae, le pape dit
dans l’avion qui le transportait en Afrique que
le condom aggravait l’épidémie du sida. Faut le
faire : dans un pays où plus de 30 millions de
personnes sont infectées par le VIH, il me
semble qu’il faut essayer tout ce qu’on peut
pour enrayer la maladie. C’est évident que le
condom n’est pas la solution au problème
du sida...il faut humaniser la sexualité et se
responsabiliser… Mais lorsque le feu est pris,
ce n’est pas le temps de faire une réunion pour
savoir de quelle façon on va l’éteindre : on
prend les boyaux et on arrose… Après, on se
réunira pour prévenir le feu.
Dans toutes ces situations, il y a des peurs : peur de la
modernité, peur de la nouveauté, peur de
l’inconnu, de l’étranger, du non croyant. Il y a
aussi de la méfiance : méfiance de la science et
de la médecine, méfiance des chrétiens de la
base. L’Église a peur de la liberté… comme si
les hommes et les femmes d’aujourd’hui étaient
tous et toutes des irresponsables.
Et de l’autre côté, il y a les chrétiens de la base qui ont
peur d’affirmer leur foi au Christ : la peur de
la solidarité, peur de se tenir debout, peur de
se battre et d’aller au bout de leur foi. Ces
chrétiens démissionnent, baissent les bras,
apostasient et sortent de l’Église. Et pourtant,
la peur des uns n’est pas moins pire que celle
des autres. La peur nous paralyse et nous
empêche de reconnaître le Christ vivant, le
Christ ressuscité.
Même Pierre dans l’évangile de saint Jean qu’on a
aujourd’hui, lorsqu’il arrive au tombeau et voit
qu’il est vide et que le linceul est là à sa
place, il ne veut pas croire; il lui en faut
plus que ça. Seul le disciple que Jésus aimait
voit et croit… et pourquoi? Parce qu’il
aime plus que Pierre. Ce qui veut dire que
l’amour nous fait croire et nous fait
reconnaître le Christ vivant… à travers l’autre,
tous les autres.
Au lieu d’avoir peur; prenons le risque de la foi, le risque
de l’engendrement dans la foi, où le résultat ne
nous appartient pas, mais où l’espérance est à
son meilleur. Charles Péguy ne disait-il pas que
l’espérance était la foi à son meilleur, parce
que l’espérance nous fait croire que demain ça
ira mieux quand aujourd’hui ça va mal.
Arrêtons de juger, de condamner, d’excommunier, d’exclure…
Portons plutôt le message d’amour et d’espérance
du Christ de l’Évangile… Et comme l’Église
catholique n’est pas réservée à une élite, mais
qu’elle appartient à tous ceux et celles qui
veulent bien y croire, aimons en toute gratuité
comme le Christ…soyons témoins de sa
Résurrection. C’est la seule façon de témoigner
de sa Présence au monde et de le reconnaître
vivant aujourd’hui.
Joyeuses Pâques 2009!
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