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Le manifeste « Kirche
2011, Ein notwendiger Aufbruch » (« Église
2011 : un renouveau indispensable ») a été
publié le 3 février dans le quotidien allemand
Süddeutsche
Zeitung.
Plus d'un tiers des 400 professeurs de théologie
catholique enseignant dans les universités
allemandes l'ont pour l'instant signé. Le
dernier mouvement de ce type date de 1989
(« Déclaration de Cologne »). La traduction du
manifeste proposée ici a été effectuée par le
service religion de
Témoignage Chrétien
et n'a rien d'officiel. Les notes sont également
de TC.
Cela fait maintenant un an
que des cas d'abus sexuels commis sur des
enfants et des adolescents par des prêtres et
des religieux au collège Canisius de Berlin ont
été rendus publics. L'année qui a suivi a plongé
l'Église d'Allemagne dans une crise sans
précédent. L'image qui se donne à voir
aujourd'hui est ambivalente : beaucoup a été
fait pour rendre justice aux victimes, réévaluer
le mal qui leur a été fait et remonter aux
causes qui ont conduit aux abus, au silence et
au double discours dans nos propres rangs. Après
un premier mouvement d'effroi, l'idée s'est
imposée à de nombreux chrétiennes et chrétiens
responsables, ordonnés ou non, que des réformes
de fond étaient nécessaires. Cet appel à un
dialogue ouvert sur les structures de pouvoir et
de communication, sur la forme des ministères et
la participation des fidèles à la responsabilité
ecclésiale, ainsi que sur la morale et la
sexualité, a suscité des attentes, mais aussi
des inquiétudes. Va-t-on, par attentisme et
minimisation de la crise, laisser passer ce qui
est peut-être la dernière chance de s’arracher à
la paralysie et à la résignation? Le tumulte que
peut susciter un dialogue ouvert et sans tabous
peut inquiéter certains, surtout à quelques mois
d’une visite papale
[1]. Mais l’autre solution, un silence de
mort qui serait la conséquence d’un
anéantissement de tous les espoirs, n’est pas
acceptable.
La crise profonde que
traverse notre Église exige de traiter aussi les
problèmes qui ne paraissent pas au premier abord
directement liés au scandale des abus sexuels et
à leur étouffement durant des décennies. En tant
que professeur(e)s de théologie, nous n'avons
pas le droit de nous taire plus longtemps. Nous
avons la responsabilité d’apporter notre
contribution à un véritable nouveau départ :
2011 doit être l’année du renouveau pour
l'Église. Il n'y a jamais eu autant de chrétiens
qui sont sortis de l'Église catholique que
l'année dernière
[2]; ils refusent de suivre la hiérarchie de
l’Église ou bien entendent vivent leur foi dans
la sphère privée afin de la protéger de
l'institution. L'Église doit comprendre ces
signes et s’extraire elle-même de certaines
structures sclérosées afin de regagner sa
crédibilité et une nouvelle vitalité.
La rénovation de
structures ecclésiales n’aboutira pas si
l’Église s’isole et a peur la société. La
rénovation ne pourra se faire que si l’Église a
le courage de l’autocritique et si elle accepte
d’être critiquée, même de l'extérieur. C’est une
des leçons de l'année passée : la crise des abus
sexuels n'aurait pas été traitée de manière
aussi résolue si elle n’avait pas eu un
caractère public. L'Église ne peut regagner la
confiance qu’elle a perdue que par une
communication ouverte. L’Église ne sera crédible
que si l’image qu’on a d’elle à l’extérieur ne
diverge pas trop de celle qu'elle a d’elle-même.
Nous nous adressons à tous ceux qui n'ont pas
encore abandonné l'espoir d'un nouveau départ
pour l'Église et qui s'engagent dans ce but.
Nous voulons saisir les signes de renouveau et
de dialogue qui ont été émis ces derniers mois
par quelques évêques dans des discours, des
homélies ou des interviews.
L'Église n'est pas en
elle-même un but. Elle a pour mission d'annoncer
Jésus-Christ, le Dieu libérateur et aimant, à
tous les êtres humains. Elle ne peut remplir
cette mission que si elle est elle-même un lieu
et un témoin crédible du message libérateur de
l'Évangile. Ses paroles et ses actions, ses
règles et ses structures – toute sa relation
avec les hommes à l'intérieur et à l'extérieur
de l'Église – sont soumises à l'exigence de
reconnaissance et de promotion de la liberté de
l'homme comme créature de Dieu. Le respect
inconditionnel de toute personne, l’égard pour
la liberté de conscience, l'engagement pour le
droit et la justice, la solidarité avec les
pauvres et les opprimés : ce sont là des
principes théologiques essentiels qui découlent
de l’Évangile et que l’Église doit s’obliger à
suivre. C’est à travers eux que l'amour de Dieu
et du prochain deviennent concrets.
Le rapport différencié à
la société moderne découle du message libérateur
de la Bible : sous de nombreux aspects, la
société est en avance sur l'Église, lorsqu'il
s'agit de la reconnaissance des libertés et de
la responsabilité des individus. L'Église peut
en tirer des leçons, comme l'a souligné le
concile Vatican II. Sous d’autres aspects, la
critique de cette société selon l'esprit de
l'Évangile est incontournable, par exemple
lorsque les êtres humains sont jugés selon leurs
performances, lorsque la solidarité mutuelle se
délite ou lorsque la dignité de l'homme est
méprisée.
Mais dans tous les cas,
c’est le message libérateur de l'Évangile qui
constitue le critère d'une Église crédible, de
son action, et de sa présence dans la société.
Les défis concrets que doit relever l'Église ne
sont pas nouveaux. Pourtant, on a du mal à voir
advenir les réformes préparant l’avenir. Le
dialogue ouvert à propos de ces réformes doit
être mené dans les domaines d’action suivants :
1. Structures participatives
Dans tous les champs de la
vie ecclésiale, la participation des fidèles est
une pierre de touche de la crédibilité du
message libérateur de l'Évangile. Selon un vieux
principe juridique,
« ce qui
concerne tout le monde doit être décidé par tout
le monde » :
il faut donc plus de structures
synodales à tous les niveaux de l'Église. Les
fidèles doivent participer aux nominations des
principaux ministres (évêque, curé). Ce qui peut
être décidé localement doit être décidé
localement. Et les décisions doivent être
transparentes.
2. Paroisse
Les paroisses chrétiennes
doivent être des lieux dans lesquels l’on
partage des biens matériels et spirituels. Mais
la vie paroissiale est en train de s’éroder.
Sous la pression du manque de prêtres, on met en
place des unités administratives de plus en plus
grandes – des paroisses XXL
– dans lesquelles la
proximité et l'appartenance peuvent à peine être
ressenties. Les identités historiques et les
réseaux de sociabilité construits au cours du
temps sont abandonnés. Les prêtres sont
« envoyés au casse-pipe » et s’épuisent. Si on
ne leur fait pas confiance, les fidèles ne se
décident pas à participer aux responsabilités et
à prendre leur place au sein de structures plus
démocratiques de direction de leur communauté.
Le ministère ecclésial doit servir la vie de la
paroisse, et pas l'inverse. L'Église a aussi
besoin d’hommes mariés et de femmes aux
ministères ecclésiaux.
3. Culture du droit
La reconnaissance de la
dignité et de la liberté de chacun se manifeste
particulièrement lorsque des conflits sont gérés
de manière juste et dans le respect réciproque.
Le droit de l’Église ne mérite d’être appelé
«droit» que si les fidèles peuvent effectivement
faire valoir les leurs. La protection des droits
et la culture du droit dans l'Église doivent
être améliorés d’urgence. Un premier pas en ce
sens est l’établissement d'un système
juridictionnel administratif.
4. Liberté de conscience
Respecter la conscience
individuelle, cela veut dire croire à la
capacité de l’homme à être responsable et à
décider lui-même. Soutenir cette faculté est un
des devoirs de l'Église; mais ce soutien ne doit
pas se transformer en paternalisme. Cette
question devient très concrète lorsqu’on aborde
les grands choix de vie des personnes et leurs
modes de vie. La haute considération dans
laquelle l'Église tient le mariage et le célibat
n’est pas en question. Mais cette considération
ne doit pas avoir pour conséquence d’exclure
ceux qui vivent de manière responsable l'amour,
la fidélité et l’attention réciproque au sein
d’un couple de même sexe ou divorcé-remarié.
5. Réconciliation
La solidarité avec les
pécheurs suppose de prendre au sérieux le péché
qui existe aussi dans nos propres rangs. Le
rigorisme moral péremptoire ne sied pas à
l'Église. L'Église ne peut pas prêcher la
réconciliation avec Dieu si elle ne fait pas
elle-même en sorte de créer les conditions d'une
réconciliation avec ceux envers qui elle s'est
rendue coupable par la violence, par le refus du
droit, et par le renversement du message
libérateur de la Bible en une morale rigoriste
et impitoyable.
6. Le culte
La liturgie vit de la
participation active de tous les fidèles. Les
expériences et les formes d'expression
contemporaines doivent y trouver leur place. Le
culte ne doit pas se figer en traditionalisme.
La diversité culturelle enrichit la vie
cultuelle et cette diversité n’est pas
compatible avec la tendance au centralisme
unificateur. Le message porté par l’Église ne
touchera les gens que si la fête de la foi prend
en compte la vie concrète des fidèles.
Le processus de dialogue
qui s’ouvre aujourd’hui dans l’Église peut
conduire à la libération et au renouveau si tous
les participants sont prêts à traiter ces
questions pressantes. Il s'agit, par l'échange
libre et honnête d'arguments, de rechercher des
solutions qui tirent l'Église de cette obsession
d’elle-même qui la paralyse. Il n’est pas
question que le calme suive la tempête de
l’année dernière! Dans la situation actuelle, ce
calme pourrait être mortel. La peur n'a jamais
été bonne conseillère en temps de crise.
L'Évangile invite les chrétien(ne)s à affronter
l'avenir avec courage en gardant à l’esprit les
paroles de Jésus lorsque Pierre a été invité à
marcher sur l’eau : «Homme de peu de foi,
pourquoi doutes-tu ?»
(Traduction française : Jérôme Anciberro
pour
temoignagechretien.fr)
http://www.memorandum-freiheit.de/
[1] Une visite officielle de Benoît XVI en
Allemagne est prévue pour le mois de septembre.
[2] En Allemagne, l'administration fiscale
exige que les résidents sur le sol national
déclarent leur affiliation à telle ou telle
religion, ce qui permet de redistribuer aux
institutions religieuses reconnues l'impôt
religieux collecté par l'État auprès des
particuliers. On peut donc aussi déclarer
officiellement ne plus faire partie de telle ou
telle Église.
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