Culture et Foi > Nouvelles d'Églises > Et le devenir de l'Église ?

Et le devenir de l’Église?
Clermont Rainville

 

 


Beaucoup de personnes, au Saguenay-Lac-St-Jean comme ailleurs au Québec et dans le monde,  ont été choquées et scandalisées, suite au geste de condamnation et d’excommunication posé par un évêque du Brésil pour l’avortement d’une fillette de 9 ans.

Et moi aussi, comme croyant et comme prêtre, je suis choqué, scandalisé, et d’une grande tristesse… Quel est donc le « regard évangélique » d’un tel évêque? À part quelques exceptions, où est la parole du pape et des évêques éclairée par l’Évangile?

Non, les condamnations et les excommunications ne sont pas évangéliques…  Et, moi aussi, je trouve important de croire à la vie et de la protéger, en cherchant le meilleur, tout au long de l’existence humaine.  Mais, à la suite  de la situation si dramatique de cette fillette de 9 ans et de sa mère, c’est à « une présence, à la compassion, à la bonté, à la tendresse, au soutien et à l’aide », selon nos possibilités,  que l’Évangile nous invite. Peut-être, alors, qu’une telle attitude, une telle parole, et de tels gestes, loin du scandale, feraient vivre davantage,  et donneraient le goût de croire un peu plus…

Oui, comme croyant et comme prêtre, membre de l’Église catholique, je suis ainsi blessé et inquiet du devenir de l’Église qui doit porter l’Évangile de Jésus. Pourquoi les évêques, chez nous et à travers le monde, et pourquoi le pape, tous des gens en responsabilité, ne prennent-ils pas la parole pour dire l’Évangile, pour cette fillette et sa mère, et pour les personnes concernées par ce viol et ce drame d’être enceinte à 9 ans, alors que l’utérus n’est pas encore pleinement formé? Pourquoi est-il si difficile de faire l’Évangile, aujourd’hui, dans la suite des pas de Jésus de Nazareth  sur les chemins de l’humanité?

Quand je regarde et j’entends les interventions et la parole de celui qui est le chef de l’Église, le pape Benoît XVI, comme sur une condamnation radicale de l’avortement, peu importe la situation vécue, comme sur une réintégration d’intégristes, peu importe qu’ils renient le Concile Vatican II, comme sur la stigmatisation, la condamnation et le rejet des personnes homosexuelles, en disant qu’elles sont une menace pour la planète, comme, encore, la condamnation de l’utilisation de moyens contraceptifs pour la limitation des naissances, à l’encontre de la responsabilité d’un couple, comme aussi la parole, en Allemagne, sur les musulmans, ou celle à l’égard des protestants en disant que l’Église catholique est « la seule Église », et encore et encore, force nous est de constater que l’Église, à laquelle j’appartiens, recule, qu’elle peut être, parfois, anti-évangélique, qu’elle est, comme « institution », conservatrice, et même intégriste, loin des enjeux de notre société, et, encore, aussi, qu’elle devient  même « sectaire »…

Et voilà que je crois, malgré tout, à une dimension communautaire de la foi chrétienne… Heureusement que Vatican II et le pape Jean XXIII ont réaffirmé la « place première » de la « conscience personnelle » et une Église « peuple de Dieu », préoccupée des réalités du monde contemporain… Au Saguenay-Lac-St-Jean et ailleurs, il y a des croyants et une petite Église de la base qui vit au quotidien, près des gens, et dans la réalité du monde qui est le nôtre.  L’avenir et le devenir  de l’Église passent par là : de petits gestes, une libre parole, et, oui, des gestes et une parole dans l’Esprit de l’Évangile de Jésus.  J’y crois et, avec d’autres, je veux continuer d’y croire!

Chicoutimi
Le 17 mars 2009

 

 

 

 

 

 

[ RETOUR ]

© 2000-2001 - Le réseau Culture et Foi - culture_et_foi@videotron.ca