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« Aider l’Église à réaliser la grandeur et les
merveilles de l’amour de Dieu », ce furent les
premières paroles du nouveau chef de la
Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF). Si,
au cours des prochaines années, cette attitude
imprègne toutes les sections
de la CDF, la nomination
de l’archevêque William J. Levada de San Francisco
aura été un coup de maître de la part de Benoît
XVI. Le cardinal Ratzinger, alors qu’il était le
chef de la CDF, mettait l’accent beaucoup plus sur
la discipline que sur le rôle évangélique de la
Congrégation, tout en reconnaissant que les deux
se complètent. Il est possible que les intentions
du nouveau préfet aient peine à survivre face aux
tâches confiées à la CDF, qui comportent le devoir
désagréable de discipliner les membres du clergé
qui s’égarent.
Il
est intéressant de noter que Benoît XVI a choisi
pour lui succéder une personne venant d’un monde
tout à fait à l’opposé du sien. Avant sa
nomination, Mgr Levada était pasteur, et pasteur
d’une des villes les plus à l’avant-garde à
plusieurs points de vue. De plus, en tant
qu’Américain, il possède assurément une propension
marquée pour la justice naturelle et pour le
respect des droits. Il ne peut ignorer qu’on
reproche à la CDF d’être gravement déficiente dans
ce domaine. Les théologiens interpellés pas la CDF
en sortent meurtris et enragés vu la manière
cavalière et le manque de justice dont ils ont été
l’objet. Littéralement, cette façon d’agir cause
scandale puisqu’elle contredit les efforts
déployés ailleurs par l’Église en faveur de la
justice. L’erreur de l’Église fut de ne considérer
que les opinions des théologiens et non le
théologien en tant que personne ayant des droits.
Plutôt que d’opinions, il s’agit de convictions.
Et poser un jugement sur les convictions d’une
personne attaque la personne elle-même et c’est ce
que ressent la personne accusée.
Lorsque la CDF acceptera de relâcher son contrôle
et qu’elle arrêtera de juger inacceptable, ou pour
emprunter un mot cher au nouveau pontife,
relativiste, toute nouvelle position
théologique, elle réduira le nombre de critiques à
son égard. Le dialogue avec le monde moderne
comporte certains risques mais l’Esprit Saint est
à l’œuvre dans ce monde et il n’a pas besoin de
garde du corps. Et l’orthodoxie catholique jouit
d’une grande vitalité. Les opinions
non-conventionnelles sont rarement aussi
dangereuses que le craignent les autorités
ecclésiastiques et les nouvelles idées
d’aujourd’hui deviennent souvent l’orthodoxie de
demain.
Le
défi de la CDF sera de créer un climat qui rende
possible de saines discussions théologiques dans
un esprit de liberté et de respect, où ceux qui
proposent de mauvais arguments sont contredits par
des théologiens qui offrent de solides arguments
contraires, plutôt que d’avoir à subir l’ordre de
se rétracter sous peine de sanctions. C’est ainsi
que se construira la vocation de théologien et que
la discussion théologique sera vue comme un
exercice valable pour l’Église, même lorsque le
Magistère sera l’objet de questions de fond.
Chaque fois qu’un théologien est menacé de
censure, fait l’objet d’une enquête de la CDF, le
climat de dialogue en est gravement perturbé. Même
si ce théologien est innocenté, il vivra sous la
peur. Le préfet de la CDF devrait être considéré
comme le meilleur ami de la communauté des
théologiens. Et l’amitié n’empêche pas une franche
mise en garde lorsque nécessaire.
Éditorial paru le 11 juin 2005
Texte original :
http://www.thetablet.co.uk/articles/1213/
Traduit et publié avec l’aimable autorisation de
The Tablet.
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