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NOVEMBRE  2006
 

Gilles Routhier, Vatican II, Herméneutique et réception, Montréal, Fides, 2006, 438p.
 

À l’occasion du traditionnel échange de vœux de n d’année avec la curie romaine, le 22 décembre 2005, le pape Benoît XVI t un exposé magistral sur le concile Vatican II et son héritage. « L'avancée opérée par le Concile vers le monde moderne relève en dénitive du problème constant existant entre foi et raison, qui se re-propose toujours sous de nouvelles formes, disait notamment Benoît XVI. Ainsi, nous pouvons aujourd'hui regarder Vatican II avec gratitude. Et si nous le lisons et que nous le recevons guidés par une juste herméneutique, il sera de plus en plus la force nécessaire au renouveau de l'Église. » C’est précisément à ce vœu du pape que répond le dernier ouvrage de Gilles Routhier, professeur à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval. Les essais présentés dans les différents chapitres de ce livre représentent la réexion que l’auteur a poursuivie au cours des trois dernières années dans le cadre de son projet de recherche sur « Vatican II et le Québec des années 60 ».

Dans ce nouvel ouvrage, l’auteur reprend, en les approfondissant, certains thèmes qu’il avait soit traités, soit esquissés. Dans un premier temps, il aborde la réception de Vatican II et dénit celle-ci comme le processus par lequel une Église locale diocésaine assimile un bien qu’elle n’a pas produit et se l’approprie. Il traite donc des agents de ce processus, des étapes de son parcours et de l’environnement dans lequel il se réalise. Pour lui, dans toute étude sur la réception de Vatican II, les attentes suscitées par le Concile sont ce qu’il y a de plus important, car la réception de l’événement est à la hauteur des attentes suscitées par l’annonce et le déroulement de l’événement.

Si les théologiens ont tendance à ne retenir d’un concile que les textes qui en sont issus, l’auteur souligne que Vatican II  fut d’abord un événement, comme l’ont souligné les historiens et un certain nombre de théologiens, et pour en avoir une représentation exacte, il faut donc examiner non seulement les documents conciliaires ainsi que les décisions et les décrets issus du concile, mais aussi les discussions de l’assemblée générale ou des commissions comme elles ont été vécues à Rome et comme elles ont été perçues dans l’univers. L’auteur montre en particulier que les médias ont été un acteur très important, sinon le plus important, de la réception de Vatican II.

 Au moment de la mise en œuvre des réformes, un grand nombre de dèles qui n’avaient pas lu les documents conciliaires avaient déjà une bonne idée de ce que proposait le Concile. L’extraordinaire médiatisation de Vatican II  et l’horizon d’attente ainsi créé ont pesé d’un grand poids sur la réception du concile. Pour établir l’horizon d’attente des catholiques du Canada, l’auteur se fonde sur les différentes consultations qui ont été menées au Canada auprès de laïcs, de prêtres, de religieux et de religieuses au cours de la phase préparatoire du Concile et pendant le déroulement de celui-ci. Pour l’auteur, la réception de Vatican II a signié beaucoup plus que des changements superciels, mais a engagé l’Église dans un mouvement de renouvellement de sa pensée, de sa conscience et de sa vie, voire dans une véritable conversion qui a entraîné des modications importantes dans la liturgie, dans la spiritualité et dans les mentalités de l’Église. 

Toutefois, si le Concile est plus qu’un ensemble de documents et a été un événement majeur du 20e siècle, il a également été une expérience exceptionnelle non seulement pour les pères du Concile, mais aussi pour les observateurs et les experts (théologiens) de même que pour ceux qui ont suivi les travaux du Concile. L’« expérience » conciliaire a transformé en profondeur la vie de beaucoup d’évêques et ceux-ci n’allaient plus jamais voir l’Église de la même façon. Les célébrations liturgiques au Concile et les débats sur la liturgie qui ont abouti à la constitution Sacrosanctum concilium ont bien montré le souci de l’Église de s’adapter aux différentes cultures et de s’afrmer comme une Église plus universelle que latine. On ne parlait pas encore d’inculturation, mais on allait vers cela.

Les travaux et la réception de Vatican II ont aussi profondément modié notre vision de l’Église. Depuis Vatican II, on décrit l’Église comme « sacrement du salut », comme peuple de Dieu, comme communion. On est passé d’une conception juridique ou canonique à une vision plus large et plus sociale, plus catholique et plus universelle. L’Église n’est pas une foule de personnes ou de dèles, c’est un peuple de Dieu en marche; ce peuple occupe le premier rang et c’est à partir de lui qu’on dénira toutes les grandes questions, comme la place des ministères et des ministres ainsi que le rôle des Églises locales. À Vatican II, la nécessité, voire l’urgence de la décentralisation du gouvernement de l’Église ont été senties et afrmées avec force, mais sa réalisation se fait attendre. L’enseignement de Vatican II sur la collégialité est important et pertinent, mais n’a pas encore été mis complètement en œuvre. Quant au mouvement marial, très orissant avant Vatican II, il a subi une éclipse importante et, dans certains cas, il s’est engagé dans la voie de la résistance aux changements.

La réexion de Gilles Routhier sur l’interprétation du concile est fascinante et fait entrer les jeunes générations dans un autre monde. Dès sa convocation par Jean XXIII, en 1959, le Concile avait suscité des attentes immenses non seulement chez les catholiques, mais aussi chez les chrétiens des autres confessions et même dans le monde non chrétien ou athée. Les quatre sessions et les décisions du Concile ont suscité un grand enthousiasme et ont été vécues dans une sorte d’emballement généralisé. Mais quarante ans plus tard, la magie de Vatican II, dont on avait parlé comme une nouvelle Pentecôte ou un nouveau printemps, ne semble plus jouer. Malgré le Concile, la déchristianisation se poursuivait à un rythme accéléré avec une baisse effarante de la pratique religieuse et du nombre des vocations sacerdotales et religieuses. Dans certains milieux, on n’a pas mis de temps à tenir le Concile responsable de cette situation. L’opposition, marginale et minoritaire jusque là, a vite pris de l’ampleur. Même dans les milieux les plus favorables à Vatican II, on se demandait s’il ne fallait pas ralentir la mise en œuvre des orientations et décisions du concile, puisque le Concile semblait être la source de tous  problèmes de l’Église.

Ce que j’admire dans cet ouvrage, c’est que l’auteur  fait  une présentation complète, très bien documentée et fort nuancée de tous les travaux de Vatican II. Il semble faire siens les principes herméneutiques de Vatican II qui ont été proposés par le théologien Walter Kasper (maintenant cardinal). Il met en garde contre le danger d’isoler certains textes et certains aspects, mais ajoute qu’il faut plutôt les considérer dans leur intégralité et dans la délité à la lettre et à l’esprit du Concile. Enn, Vatican II doit, comme tous les autres conciles, être compris à la lumière de la tradition globable de l’Église. Cet ouvrage brille par la qualité de sa documentation non seulement pour les travaux du Concile à Rome, mais aussi pour tout ce qui touche la préparation et le déroulement du Concile et sa réception dans les diocèses du Québec depuis la convocation du Concile jusqu’à maintenant. L’auteur souligne que Vatican II a été un grand moment dans la vie de l’Église et que ses retombées sont importantes, mais il note que certains thèmes conciliaires majeurs, comme la collégialité épiscopale, les conférences épiscopales, l’Église locale, la décentralisation du gouvernement de l’Église, les rapports entre l’Église catholique et les autres Églises chrétiennes, n’ont pas été complètement oubliés, mais ne suscitent plus le même intérêt que pendant le Concile.

Dès la fin du Concile, la Curie a retrouvé son pouvoir et il semble que Paul VI a manqué de courage pour la réformer comme cela avait été demandé au Concile. Et, au moment de l’élection de son successeur, Jean-Paul II a finalement été un choix de compromis entre les pro et les anti-Concile, et ses proches collaborateurs, à commencer par le cardinal Ratzinger, l’ont mis en garde contre les excès du Concile et contre les risques de la collégialité, comme cela est apparu clairement lors du Synode de 1985.

Vatican II a modié en profondeur la vie de l’Église et façonné les mentalités et les spiritualités, il a touché l’ensemble du peuple chrétien et permis l’émergence d’une gure nouvelle du catholicisme, mais son héritage demeure fragile et constamment menacé. Vatican II n’a pas réglé tous les problèmes, mais il a bien saisi la diversité culturelle de notre monde et en a tiré les conséquences pour l’expression du mystère chrétien et l’annonce de l’Évangile.

Avec ce livre, qui s’ajoute à beaucoup d’ouvrages et de nombreux articles sur Vatican II, l’auteur fait la preuve une fois de plus qu’il est le plus grand spécialiste de ce concile au Canada et un des plus grands experts dans le monde.

Réjean Plamondon


Gilles Routhier (dir.), Cahiers de recherche sur Vatican II, no 4, Évêques, théologiens et médias : acteurs canadiens à la deuxième période. Québec, Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval, 2006, 114p.

Ce numéro des Cahiers de recherche sur Vatican II est largement consacré à la seconde fondation de la Conférence épiscopale canadienne et comprend une Introduction et trois études.

Dans l’Introduction, Gilles Routhier raconte comment, au début de 1963, les évêques canadiens avaient mis au travail une vingtaine de théologiens canadiens chargés d’analyser les nouveaux schémas du Concile, de formuler des observations et de proposer des amendements éventuels. Pendant le Concile, une équipe de théologiens consulteurs sera au service des évêques.

La première étude, de Massimo Faggioli, montre, à partir des analyses de ces théologiens de l’Épiscopat canadien, que ces travaux donnent de bonnes indications sur l’état de la théologie au Canada à ce moment-là, même s’ils ne sont pas nécessairement représentatifs de l’ensemble de la production théologique canadienne. La collaboration exemplaire entre les évêques et les théologiens canadiens se poursuivra pendant tout le Concile et s’étendra même sur une quarantaine d’années.

Le second article du Cahier, dont l’auteur est Gabriel Lévesque et qui est extrait de son mémoire de maîtrise, porte sur « la conscience conciliaire chez Mgr Maurice Baudoux et au sein de l’Église de Saint-Boniface ». Il montre le dynamisme exceptionnel de Mgr Baudoux dont l’activité débordante pendant ces années permit aux évêques canadiens de jouer un rôle important à Vatican II. Mais Mgr Baudoux ne s’est pas seulement occupé de ses confrères évêques, il s’est employé à communiquer régulièrement avec les membres de son diocèse pour les renseigner adéquatement sur les débats et les décision du Concile et ainsi les  mettre « en état de concile ».

La troisième étude du Cahier, signée par Charles-Étienne Guillemette, analyse les représentations véhiculée par les quatre quotidiens francophones du Québec (La Presse, Le Devoir, Le Soleil et L’Action catholique) et montre que le Concile a été lu et compris à partir des représentations alors disponibles au Québec qui vivait sa révolution tranquille, c’est-à-dire celle d’une modernisation de la gure et du fonctionnement d’une grande institution publique.

Ce Cahier fait la preuve, une fois de plus, de la qualité du travail de recherche que la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval a entrepris et poursuit sur Vatican II. 

 Réjean Plamondon

 

 

 

 

 

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