Bienvenue au site web du Réseau Culture et Foi

 

 
 

Quoi de neuf ?

Nouvelles d'Églises
Textes libérateurs
Textes critiques
Convocations
Nos activités
Nos coups de cœur 
    œuvres d'art
    sites
    livres
Nos liens
Qui sommes-nous ?
Écrivez-nous
Devenir Membre
 
 

 
 
Septembre 2004
Avril 2004
Archives
 

 
   
  Réseau Culture et Foi :
Groupe Outaouais-des
Deux-Rives
 
André Naud (1925-2002)
   
  Forum André-Naud
   
  Bilans d'un pontificat /
Rêves pour le
nouveau pontificat
   
  Benoît  XVI

 

 

 

Dominus Jesus
   
  Hélène Chénier

 

 

 

La guerre comme 
riposte aux attentats 
du 11 sept.2001. 
Un temps de réflexion !

 

 

 

L'archevêque de Québec, le cardinal Marc Ouellet, contesté

 

 

 

L'eucharistie

 

 

 

L'ordination des femmes

 

 

 

Mourir dans la dignité

 

 

 

Pour du changement
dans l'Église

   
  Théologie de la libération

 

 

 

Synodes 2001: 
le rôle de l'évêque. 
Synode parallèle

 

 

 

Vatican II

   

 

Violences sexuelles 
faites à des religieuses
 par des prêtres

   

 

Vivre l'homosexualité en 
Église

   
 
  
 
 
 
 
 

Manifeste sur la
pénurie de prêtres

Autres interventions
Interventions parallèles

 

 

 

 

 

Livres du mois

 

OCTOBRE  2007
 

Jacques Grand’Maison, Pour un nouvel humanisme. Fides, Montréal, 2007, 208 pages.
 

« En ce pays, écrit Jacques Grand’Maison, ce n’est pas l’insupportable pesanteur de l’intégrisme religieux qui nous menace le plus, mais l’appauvrissement de l’âme et de sa profondeur de sens, d’intériorité, de motivation, de foi et d’espérance. » C’est moins le port du voile musulman, ajoute-t-il, que « cette déspiritualisation de la vie ».

Dans ce qu’il annonce comme peut-être le dernier livre de sa vie, le théologien et sociologue actualise ce qui a été le cœur de sa réflexion depuis des décennies. Notre Révolution tranquille, explique-t-il, a été « marquée par une dynamique d’émancipation, de libération, de redéfinition identitaire, de nouveau projet de société » et elle « a donné un nouvel élan à la liberté, à la politique, à l’histoire à faire plutôt qu’à répéter ». Grand’Maison se réjouit d’y avoir participé. Il constate à regret, toutefois, qu’elle se soit accompagnée d’une « rupture globale et abrupte de nos premières identités historiques ». En chemin, nous avons perdu nos « sources spirituelles » au point de considérer, aujourd’hui, l’expérience religieuse comme le lieu d’une irrationalité à combattre ou, ce qui n’est guère mieux, comme un refuge pour se protéger de la modernité. Or, insiste-t-il, « on ne peut faire route ensemble si les croyants minorisés se réfugient dans leur bulle religieuse privée et individuelle, et si les incroyants portent leur option comme un drapeau triomphant et nous traitent comme des “ insignifiants ” ».

Pour un nouvel humanisme part donc du constat que cette rupture impensée est la cause d’une « crise d’espérance » qui « mine notre tonus moral » et engendre l’anomie de la société québécoise actuelle. Nous valorisons la robustesse du corps, écrit Grand’Maison, mais en matière de psyché, c’est la déroute : « Plutôt le mou, le facile, la recette, le prêt-à-porter, la mode à suivre, le divertissant, le zapping, l’horoscope du jour, le tourisme comme supplément d’âme, le décrochage ennobli en “ lâcher prise ”, le studio de massage. » Le goût de l’avenir, les défis politiques, économiques, sociaux et environnementaux qui nous requièrent exigent pourtant une « transcendance collective » à même de nous faire renouer avec « cette increvable espérance qui a traversé l’histoire humaine, fait rebondir les consciences et permis de surmonter les pires épreuves ».

Cette transcendance, Grand’Maison nous invite à la retrouver dans certaines valeurs modernes, mais à condition de reconnaître que ces dernières se nourrissent de sources chrétiennes. Il ne s’agit surtout pas, pour lui, de restaurer quoi que ce soit, mais d’ancrer la modernité dans son terreau nourricier sans lequel elle s’égare dans un culte du présent privé de projet.

« Parmi les grands bienfaits de la laïcité, écrit-il, il y a celui de reconnaître la liberté de croyance ou de non-croyance à tous; il y a aussi celui d’offrir un terrain commun qui permet aux diverses croyances d’y inscrire leurs propres touches d’humanité, et de délibérer démocratiquement de leur pertinence. » Pas de retour en arrière, donc, mais pas, non plus, et ce serait le principal danger qui nous guette, de table rase du passé.

« Ce serait bête de passer, au Québec, écrit Grand’Maison, d’un confessionnalisme à tout crin à un laïcisme à tout crin. » Il existe quelque chose comme une « intelligence religieuse de la condition humaine » qui donne sens à la vie, qui est irremplaçable pour beaucoup et qui a grandement défini l’Occident laïque. Aussi, le nouvel humanisme que le théologien appelle de ses vœux n’est pas, en soi, chrétien, mais il ne saurait pour autant être coupé, au Québec, de son inspiration chrétienne. « Il n’y a pas de dialogue possible, écrit Grand’Maison, quand on établit sa vérité sans reconnaître la vérité de l’autre. Dans mon itinéraire, j’en suis venu à penser que la posture de mes vis-à-vis agnostiques peut être aussi plausible que la mienne. »

L’apport de la pensée chrétienne

Mais que peut apporter, au juste, cette intelligence du religieux au dialogue moderne, afin de redonner un tonus moral à ceux qui y participent? D’abord, suggère Grand’Maison, « le langage et l’intelligence symboliques », c’est-à-dire la richesse de l’art religieux et celle du mythe, « une des médiations de l’universalité de la raison humaine, de l’identité profonde des hommes et de leurs interrogations fondamentales » qui « sauve l’individu de l’isolement en le faisant participer à un [ordre des choses] qui le dépasse mais dont l’être humain est partie prenante ».

Revisitant l’histoire de la pensée chrétienne, le théologien en retient le meilleur, apte à nourrir le nouvel humanisme dont il se fait le héraut. Le premier christianisme, illustre-t-il, était pluriel, moins obsédé par le péché que par « l’assomption de l’homme en Dieu », plus communautaire que clérical et partisan d’une approche plus interprétative que dogmatique. Son évolution subséquente a parfois trahi cet élan initial. Le modèle monacal a valorisé un certain « mépris de monde », alors que Rome a combattu le modernisme interprétatif et remis tout le pouvoir aux clercs. Grand’Maison s’en désole, mais il insiste sur le fait que le centralisme romain ne résume pas la tradition chrétienne.

Vatican II a renoué avec le meilleur de cette tradition en redonnant « à la raison et à la liberté une place majeure dans la foi chrétienne » et en rappelant que « l’Esprit travaille d’abord dans le monde, que nous sommes d’abord des êtres au monde ». Rome s’est par la suite braquée de nouveau, mais en Église et hors du temple, « une Église autre (et non une autre Église) » demeure, « au ras du sol », « au coude à coude avec tous ceux qui, croyants ou incroyants, travaillent » avec « ces tiers qui n’ont que leur condition humaine à mettre dans la balance ».

Son nouvel humanisme, Grand’Maison le trouve sur ce terrain, mais aussi dans les œuvres de Bernard Émond et d’Eric-Emmanuel Schmitt, qui évoquent, à leur manière, une transcendance nécessaire, c’est-à-dire la conviction que la bonté est plus profonde que le mal. Dans la foulée de Paul Ricoeur, Charles Taylor et Jean-Claude Guillebaud, il redit son attachement à une modernité fidèle à sa mémoire et, partant, soucieuse de l’avenir de l’homme. « Je suis de ceux, écrit Grand’Maison, qui souhaitent une nouvelle synergie du meilleur de la laïcité et du meilleur des sources historiques de la civilisation occidentale, dont le christianisme fait partie. Cela dit, dans le cadre de l’autonomie institutionnelle de ces deux sphères. » Je partage ce souhait.

 

Louis Cornellier
louisco@sympatico.ca

Le Devoir, 20 et 21octobre 2007

 

 

 

[ RETOUR ]

 

 

 © 2000-2004 - Le réseau Culture et Foi - culture_et_foi@videotron.ca