Livres
du mois
FÉVRIER 2004
Lytta
Basset, Sainte colère.
Jacob, Job, Jésus, Genève/Paris,
Labor et Fides/Bayard, 2002, 326
pages.
Traditionnellement,
la colère a mauvaise presse dans le
christianisme. N’est-elle pas l’un des sept péchés capitaux?
Ne s’agit-il pas d’une
passion néfaste et destructrice?
Le plus récent livre de
Lytta Basset, intitulé Sainte
colère, présente une réflexion
qui dépasse de loin ces conceptions
habituelles en se fondant sur une
interprétation vivante et
vivifiante de plusieurs textes de la
Bible : l’histoire de Caïn
et Abel, le cycle de Jacob, le livre
de Job, et quelques extraits des évangiles.
Dans
la Bible, la colère n’est pas
censurée.
Chez les personnages qui
l’expriment, elle semble reliée
à la recherche et à
l’affirmation de l’identité
propre et de la vérité de l’être
de chacun.
Job
laisse monter sa colère devant
l’injustice et les souffrances
qu’il subit, et il ose se tourner
ainsi vers Dieu.
Loin de condamner les
reproches de Job à son égard, Dieu
l’encourage pratiquement à
l’invectiver plutôt que de tuer
une autre personne.
Caïn,
au contraire, n’avait pas osé
s’en prendre à Dieu d’avoir
refusé son offrande, et s’est
attaqué à son frère.
Dieu seul peut soutenir sans
en être brisé l’expression
directe de la souffrance et du
sentiment d’impuissance qui nous
habite.
Jacob
ne luttera-t-il pas toute la nuit
avec un personnage mystérieux, soit
l’ange du Seigneur, soit le
Seigneur lui-même? Au terme de cette lutte, Jacob recevra enfin son vrai nom,
exprimant une identité personnelle
défusionnée, enfin libérée des
conflits et des manipulations de ses
relations familiales.
Paradoxalement,
l’expression authentique de la colère
est nécessaire pour éviter d’en
venir à la rupture des relations
interpersonnelles.
La bénédiction de Dieu se
reçoit dans l’acceptation de son
unicité et de sa vulnérabilité (la
blessure à la cuisse de
Jacob/Israël), il n’aurait au
fond jamais eu besoin de tenter de
la dérober.
Il
y a donc une dimension saine et
salutaire à la colère. Mais qu’est-ce qu’une « sainte colère »?
« Une sainte colère
est donc AUTRE qu’une colère
humaine spontanée; elle cherche la ressemblance
avec la colère de Dieu, sans prétendre
y parvenir » (p. 247). Ceci
signifie qu’elle refuse de
s’approprier la colère de Dieu,
qui demeure un mystère aux yeux
humains.
Une
sainte colère renonce à la
victimisation et à la recherche de
boucs-émissaires.
Elle associe le courage de la
vérité au désir persistant de
maintenir ouvert l’espace de la
relation.
La sainte colère ne s’avérera
féconde qu’en vertu de l’amour
profond qui l’anime.
Sophie
Tremblay