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JUIN  2005

Achiel Peelman, L’Esprit est amérindien (Quand la religion amérindienne rencontre le Christianisme), Montréal, Médiaspaul, 2004. 160 p.

Théologien, l’auteur témoigne dans ce court ouvrage de l’expérience vécue au cours d’une « excursion » prolongée dans l’univers spirituel amérindien afin d’en mieux saisir les contours et de discerner la manière d’y inculturer le message de l’Évangile.

Encouragé par Vatican II et l’exemple de la mission universelle du pape Jean-Paul II, le dialogue interreligieux recentre en quelque sorte la mission traditionnelle axée sur la conformité des nouvelles Églises au rituel et à l’enseignement théologique romains sur un objectif de respect des peuples et de leur culture pour permettre au message de Jésus de s’y acclimater et non plus de s’imposer.

Ce tournant crée pour les peuples amérindiens un énorme malaise au plan politique et religieux. Comment en effet réussir à départager dans leur appartenance à l’univers chrétien et amérindien les éléments religieux à préserver? Quel héritage assumer, puisque, aussi bien le reconnaître, le christianisme a été pour eux un facteur important de déculturation et d’abandon de leurs croyances et rituels traditionnels?

La question se pose d’autant plus sérieusement que s’est produit au cours des dernières décennies un réveil de la conscience amérindienne qui réclame dorénavant le respect des droits et territoires reconnus dans des traités comme préalable à la reprise en mains de leur destinée. Ce nouveau leadership assumé par les Premières Nations s’accompagne en certains milieux d’une critique à l’égard du passé missionnaire des Églises et d’une résurgence des spiritualités traditionnelles : recours aux Sages et aux Aînés comme guides spirituels, pratique du rituel de la quête de vision et de la tente à sudation lié à un renouveau moral et spirituel ou à la guérison.

Même limité, ce mouvement pose ouvertement la question présente dans l’esprit de plusieurs : est-il possible de ressusciter la tradition, c'est-à-dire l’enseignement religieux basé sur une vision sacrée-profane du cosmos? À l’ère des antennes paraboliques, que peut représenter la communication avec le Grand Esprit? La technologie a envahi notre monde et désacralisé notre univers. Peut-on le réenchanter? La figure du Dieu chrétien a relégué ces puissances spirituelles à l’arrière-scène, dans des rôles plus ou moins mythiques, mais encore vivants. N’est-ce pas le moment d’en tirer profit et d’exercer à leur égard un discernement théologique bienfaisant pour y voir des manifestations de l’Esprit? Le syncrétisme que Rome combat, existe de fait dans les mentalités. Pourquoi ne pas bâtir sur ces fondations et voir dans la Création, le cosmos, le « 1er don de l’Esprit  à l’humanité? » Dans ce contexte, Jésus prend alors la figure du guérisseur, du maître spirituel, qui mène au Père à partir du Milieu divin qu’il a créé et offert à tous pour mieux le connaître?

On le voit : inachevée, la mission cherche la réconciliation avec les autochtones. Les plaies seront longues à panser et le désir de fusion des deux sources de la spiritualité amérindienne doit vaincre beaucoup de méfiance. Mais le dialogue est amorcé. Au-delà des erreurs du passé, il reste une Église à remettre sur rails et un parcours spirituel à réinventer.

On ne saurait sous-estimer l’ampleur du problème moral causé chez les autochtones par les politiques assimilatrices des peuples ou gouvernements colonisateurs. Leurs luttes et leur inconfort culturel et moral en témoignent encore aujourd’hui. Le message est sur ce point fort clair. Il l’est moins à notre avis au chapitre de la religion amérindienne que l’auteur renonce à définir. Le titre et sous-titre sont alors grevés d’une certaine ambiguïté, puisque le premier évoque un parcours théologique, tandis que le second annonce un large contenu qui se limitera en fait à la présentation d’une expérience (excursion) personnelle en milieu amérindien. Quant au christianisme, la théologie de l’Esprit envisagée, axée sur l’ordre cosmique, oublie la présence du mal qui ne s’identifie pas nécessairement au péché, mais à un ordre qui nous échappe. En somme, deux parcours restent à réinventer pour que l’Esprit devienne véritablement amérindien : celui des chrétiens amérindiens vers l’Église de Vatican II et celui de l’Église vers des peuples amérindiens conscients d’eux-mêmes et attachés à leur héritage spirituel.


Raymond Légaré 

 

 

 

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