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Amour et service en Église : la place des homosexuels
Michael Kelly


 

Rites et raison. Peut-on être à la fois catholique et homosexuel ? Michael Kelly, l'auteur et conférencier australien, relate son expérience.


Peut-on être à la fois catholique et homosexuel ? La plupart de ceux qui posent cette question - et ils sont nombreux - ont à l'esprit les quelques lignes qui résument l'enseignement actuel de l'Église sur cette question. En général, ils ne voient pas la réalité ordinaire des innombrables homosexuels, hommes et femmes, qui aiment et servent au sein de l'Église.

Des catholiques " gais ", il y en a. Nous sommes comme tout le monde : enseignants, préposés à l'entretien, infirmières, professeurs d'université, chauffeurs de camion, psychologues, médecins, musiciens… Oncles, cousins, sœurs, frères, nièces, beaux-pères et même pères et mères.

Sans le concours des homosexuels, l'Église que nous connaissons cesserait d'exister; sans eux, la pensée catholique, les ministères et les célébrations subiraient un appauvrissement qui les rendrait exsangues.
En général, les gens qui travaillent dans les structures de l'Église savent qui nous sommes, ou du moins ils ont des soupçons. Les homosexuels rendent des services dans tous les domaines de la vie de l'Église, et de plus en plus ils le font avec l'appui tacite de leurs supérieurs, tout en bénéficiant de la tolérance de leur communauté.

Tant que rien n'est dit à voix haute, les affaires roulent. Les homosexuels demeurent sous le coup du jugement officiel pour leurs pratiques " intrinsèquement dépravées " et " objectivement désordonnées ", et pendant ce temps l'Église profite de leur générosité, de leur travail acharné et de leur engagement, comptant sur leur invisibilité et leur silence.

J'ai souscrit à cet arrangement tacite pendant dix-sept ans. J'ai passé un certain temps avec les Franciscains; j'ai fait ma théologie, une maîtrise en spiritualité, un diplôme de pédagogie. Sur deux continents, j'ai été professeur, responsable de la liturgie et aumônier laïque dans des écoles et universités catholiques. On m'appréciait, car j'y apportais la créativité et l'ardeur de la jeunesse. Puis, en 1993, un simple aveu public - " je suis homosexuel " - a mis fin à ma carrière.

L'Église ne prend pas à son service d'homosexuels qui reconnaissent ouvertement leur orientation sexuelle, surtout pas de professeurs et d'aumôniers. Que le président du collège et mes collègues aient été au courant ne comptait pas. J'avais rompu le contrat implicite et, la doctrine officielle demeurant, il fallait que je m'en aille.

Ce triste scénario ponctue la vie de l'Église, avec son cortège de dépressions, de familles brisées et de suicides. J'avais envisagé pour ma part le coût de ma franchise, mais la ressentais comme un appel spirituel à revendiquer ma dignité et à obliger l'Église à être la communauté honnête, juste et libératrice voulue par le Christ. Il n'empêche que son rejet m'a fait mal.

J'ai eu mal aussi quand l'Eucharistie m'a été refusée pour la première fois. Depuis quatre ans, je suis le porte-parole d'un groupe de catholiques qui militent pour que l'Église opère une " conversion du cœur " et traite autrement les gais, lesbiennes, bisexuels et transsexuels. À l'occasion, nous assistons ensemble à la messe à la cathédrale Saint-Patrice, à Melbourne, arborant une écharpe aux couleurs de l'arc-en-ciel. Ce signe nous identifie comme catholiques homosexuels assumant leur sexualité et désireux de la célébrer comme un cadeau sacré. Nous faisons la queue pour communier, de la manière habituelle, dans le respect et la prière. Tous nous essuyons un refus, de même que nos parents qui nous accompagnent en portant la même écharpe.

Ma mère, qui a 78 ans, a subi ce refus trois fois. Depuis des années, les évêques d'Australie et des États-Unis s'empêtrent dans des justifications changeantes. Une seule chose est claire : la hiérarchie ne peut tolérer que la fierté gaie s'exprime à la Sainte Table. Il est évident que les évêques ont peur.
L'enseignement catholique en matière de sexualité est comme un vieil échafaudage fissuré, monté sans plan précis sur un marécage infiltré de peurs anciennes, de misogynie, de rejet du corps et de négation du plaisir. Il chancèle au point que le moindre choc sur une de ses parties est ressenti comme une menace pour le tout.

C'est pourquoi on s'acharne à dénoncer la contraception, à tenir les femmes à distance de l'autel, à exclure les divorcés remariés et à réduire les homosexuels au silence ou à leur montrer la porte.
Notre Église a désespérément besoin d'une conversion qui n'a jamais eu lieu. Le peuple de Dieu doit s'engager tout entier dans la construction d'un dialogue sur l'éventail complet des désirs sexuels humains, leur expression et leur diversité.

De façon particulière, il faut accueillir et écouter les personnes démonisées et condamnées, car c'est toujours parmi les marginaux que les mouvements de l'Esprit font germer l'inattendu.

J'ai vu l'œuvre de sa grâce dans la vie des gais et des lesbiennes. Dans les efforts que nous faisons pour bâtir nos vies et édifier des communautés sur les cendres laissées par les condamnations. Pour explorer en toute honnêteté le toucher, l'intimité et le plaisir, et démasquer le sacro-saint statu quo.

C'est aussi par sa grâce qu'il apparaît, inexorablement, que toutes les blessures dont nous souffrons sont infligées au Corps même du Christ. J'ose espérer que par elles, dans cette Église ébranlée qui nous piétine le cœur, se répandra un jour la guérison.
 


The Irish Times
Mardi, 29 janvier 2002.
Traduction RCF.

 

On peut joindre Michael Kelly par courriel à l'adresse suivante : mbkell@ozemail.com.au

 

 

 

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