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Lettre
du 23 mars 2001
Étant
donné que j’ai travaillé étroitement avec
Maura O’Donohue et Robert Vitillo pendant de
nombreuses années, je suis tout à fait au
courant de l’information qui a été finalement
dévoilée avec la publication par le NCR
(National Catholic Reporter) de leurs rapports de
même que des notes internes.
En effet, j’ai travaillé avec eux et
avec des religieux et des religieuses, y compris
avec ceux qui occupaient des postes de commande au
Royaume-Uni, sur les implications du VIH-Sida pour
les candidats au séminaire et à la vie
religieuse, ici et à l’étranger.
Plusieurs des expériences auxquelles les
articles du NCR font allusion ont été racontées
confidentiellement au cours d’ateliers de
formation pour le clergé et les religieux animés
par Soeur Maura et le Père Vitillo dans diverses
parties de l’hémisphère sud dont l’Afrique.
À
mesure qu’une orientation se dessinait à
travers ces témoignages anecdotiques accumulés,
même si dans plusieurs cas ils étaient
difficiles à corroborer, on sentit que les
mesures à prendre face à ce problème dépassaient
les attributions des agences de développement et
d’aide. C’est
ce qui explique la décision de transmettre
l’information à des autorités compétentes, en
particulier à la Congrégation vaticane des
religieux. Ce
fut une démarche angoissante parce qu’autant
ceux qui apportaient l’information que Soeur
Maura et le Père Vitillo étaient soucieux de ne
pas utiliser la situation pour transformer en
boucs émissaires des Églises africaines ou des
religieux qui vivent et travaillent dans ces pays,
allant ainsi à l’encontre du but recherché.
J’apprends que certaines religieuses
africaines qui ont été des premières à
partager l’information ont été fâchées
d’apprendre que les rapports ont été publiés
en Amérique du Nord et utilisés d’une manière
qu’elles perçoivent comme étant
sensationnaliste et accusatrice.
Un bon nombre d’entre elles ne croient
pas que cela les a aidées dans les processus à
plus long terme où elles se sont engagées pour
tenter de régler les problèmes en question à
leur niveau local.
Il
est triste de constater que certaines réactions
aux récentes publications ont produit justement
ce qu’il fallait éviter.
J’espère que la réaction de l’IMWAC
(International Movement We Are the Church) quelle
qu’elle soit essaiera d’aller plus loin que le
détail immédiat des événements et des
circonstances et cherchera à comprendre ce
qu’ils signifient en termes de causes et de
symptômes de problèmes beaucoup plus
fondamentaux dans la vie de l’Église :
pathologies structurelles qui entraînent le
dysfonctionnement plutôt que l’intégration;
abus et mauvais usage du pouvoir et de l’autorité;
questions d’inégalité des sexes; manque
d’ouverture, peur et méfiance (cf. Commentaire
éditorial dans The Independant, Londres, 22
mars). Les déclarations réclamant punition,
vengeance, etc peuvent bien évoquer la haine et
la rage que nous ressentons tous, mais nos paroles
et notre action prophétiques doivent aller au-delà
de cela, et même, oserais-je dire, chercher à
comprendre, mais certainement pas à excuser la réalité
construite dans laquelle celles dont on a abusé
et ceux qui ont abusé évoluent.
Enfin,
j’espère que ceux d’entre nous qui
appartiennent aux Églises de l’hémisphère
nord ne déformeront pas ces questions au bénéfice
de notre propre « agenda » très
particulier.
Martin
Pendergast
Lettre
du 26 mars
[...]
Je crois que nous devons faire très
attention si nous utilisons ceci comme simple
exemple d’échec du célibat dans le contexte
africain. Un
éditorial dans la présente édition de la revue The Tablet, publiée à Londres, déclare : « Le célibat
n’est pas accepté dans la culture africaine comme
ayant valeur de signe.
Les jeunes prêtres, souvent sans mentors
plus âgés ou sans directeurs spirituels, doivent
tenter de composer avec une société devenue
immorale à mesure que le clan d’autrefois et les
structures tribales s’écroulaient et que les gens
quittaient la campagne pour venir dans les villes.»
La
lettre que j’ai écrite à la revue The
Tablet en
réponse aux propos qui précèdent a été rejetée
et mes commentaires ont été qualifiés par l’Éditeur
« d’outrageux ».
Ce que j’ai dit en partie au sujet de la
liste d’IMWAC et que je répète ici c’est que
nous ne devons pas considérer ces situations
uniquement dans une perspective euro-nord-américaine.
Connaissant Maura O’Donohue et Bob Vitillo,
je sais que ce n’est pas de cette façon qu’ils
regardent la situation.
Le problème est complexe.
Je m’opposerais à l’idée que le célibat,
per se, n’a pas valeur de signe en Afrique.
Au contraire, dans nombre de contextes
tribaux et communautaires, que ce soit dans des rôles
de type « shaman » ou dans d’autres
fonctions rituelles, le célibat a son propre sens
culturel indigène.
Là où il diffère des modèles chrétiens
de célibat de conception européenne, c’est dans
son association avec les positions du leadership
communautaire.
Tant qu’une personne ordonnée continue
d’être perçue dans un rôle de leader plutôt
que dans un rôle de serviteur dans son ministère,
dans de nombreux contextes africains, cette autorité
ne sera pas « reçue » à moins d’être
appuyée par un mariage réussi.
Les marques d’un tel succès reposent
souvent sur une ou plusieurs épouses convenables,
présentables et compétentes ainsi que sur une
puissance sexuelle manifestée par de nombreux
enfants.
J’ai
entendu, en confidence, les commentaires de
personnages haut-placés dans l’Église quand on
leur reprochait de continuer de nommer des
missionnaires étrangers à des postes épiscopaux
clés ou à d’autres postes, parfois même à
Rome, disant : « Mais que pouvons-nous
faire? il n’y a personne localement qui n’a pas
femme ou enfants! » Parfois même, en se voyant offrir une assignation à l’étranger
en sabbatique ou pour poursuivre des études avancées,
des membres du clergé indigène ont dit :
« J’adorerais cela mais qui
veillerait sur ma femme et mes enfants en mon
absence? »
C’est
un affront aux communautés africaines que de relier
des perceptions différentes et le refus des modèles
occidentaux de célibat à une allégation
d’immoralité accrue.
La définition d’immoralité est ouverte à
autant de conceptions culturelles et de sens que
celle de célibat.
L’activité sexuelle avec de multiples
partenaires, souvent liée aux modèles de la
main-d’œuvre itinérante se déplaçant de la côte
est africaine à la côte ouest et du nord au sud du
continent, peut en effet être une voie très
importante pour la transmission du VIH : cela
ne peut justifier des commentaires comme ceux qui
sont parus dans l’éditorial de The
Tablet.
Comme
je l’ai déjà mentionné, l’une des raisons
expliquant pourquoi la source de l’information
contenue dans les récents rapports n’a pas été
rendue publique plus tôt, et cela remonte à 7 ou 8
ans, était le risque couru par les Africains et par
le clergé et les religieux africains de se voir
davantage stigmatisés comme porteurs du VIH et de
devenir des boucs émissaires.
Il est triste que certaines réactions à ces
rapports, dans la presse et dans d’autres réseaux
catholiques, adoptent ce ton, bien
qu’involontairement, et incitent au genre de démentis
et de jugements que craignaient le plus ceux qui ont
d’abord découvert le tout.
J’espère
que ceci contribuera à mettre mes commentaires dans
un contexte plus clair parce que je ne me suis pas
senti à l’aise avec certaines des opinions que
j’ai lues ou reçues personnellement des listes de
IMWAC.
Meilleurs
souhaits.
Martin
Pendergast
Traduction
de Pauline Ouellet
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